‹ Satires et chantsChapitre 93 sur 148 · HYMNE A LA FAMILLE · texte numérisé non relu

HYMNE A LA FAMILLE

Quand tous les hauts autels honorés sur la terre Tour à tour s'en iraient jusqu'à la moindre pierre Joncher le vaste sol de leurs débris fumants , Il en est un pourtant dont la base imposante Résistera toujours à l'action constante Des passions de l'homme et du travail des ans.

C'est toi, sublime table, autel de la famille. Où la loi primitive éternellement brille D'un merveilleux éclat, d'un splendide rayon, Toi que Dieu construisit avec magnificence Le jour, le jour fameux où sa toute-puissance De l'homme et de la femme eut conçu l'union.

Hélas! depuis l'instant où la terre féconde Décrivit par les airs sa courbe vagabonde .Et roula son grand corps dans les plaines du temps,

Ta face vit passer bien de sombres orages

Et bien des coups de foudre émanés des nuages

De leurs rouges éclairs sillonnèrent tes flancs.

Souvent le noir torrent des passions infâmes Vint de ses flots troublés couvrir les pures flammes Qu'animaient sur ton front de paisibles humains; Souvent les fruits vermeils de roflfrande céleste Furent précipités de ton sommet agreste Par l'Envie implacable et ses sanglantes mains ;

Souvent l'atroce Guerre, en ses courses brutales, Frappa ton blanc pavé de ses rudes sandales, Et, prenant aux cheveux un vieillard gémissant, Courba ses faibles reins sur l'angle de ta pierre, Et sous le glaive aigu , la pique meurtrière. Comme le sang d'un bœuf fit couler son vieux sang;

Puis mille fois la Peste et sa sœur la Famine Ont tout autour de toi promené la ruine , Entassé les douleurs et les corps en monceaux, Et mille fois, hélas! les pâles multitudes Ont livré tes flancs nus , au sein des solitudes , Aux outrages sans nom des immondes pourceaux;

Enfin du globe entier la ténébreuse masse

A cliangé ses climats, renouvelé sa face ,

La terre a chancelé comme un homme insensé.

L'océan jusqu'au ciel a porté ses tempêtes,

Les nations se sont défaites et refiiites,

Les races ont péri, les dieux même ont passé,

Mais toi seul es resté, debout, inébranlable. Plus ferme qu'au milieu de leurs plaines de sable Les éternels tombeaux des puissants Pharaons,

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