‹ Satires et chantsChapitre 94 sur 148 · HYMNE A LA FAMILLE · texte numérisé non relu

HYMNE A LA FAMILLE

Plus ferme que les rocs du superbe Caucase, Et plus solide enfin que ne l'est sur sa base Le grand Himalaya, dominateur des monts.

Ah! certes, ta structure est une œuvre divine, Certainement c'est Dieu qui planta ta racine Si fort avant en terre, et c'est sa large main Qui tailla dans le vif tes pierres immortelles, Les mit l'une sur l'autre et les unit entr'elles Par un ciment plus fort que le ciment romain.

Frères , rassurons-nous ! dans la fièvre d'ivresse

Qui brûle de nos jours l'humanité maîtresse

De sa planète, il est un noble reposoir,

Un sanctuaire ombreux, un refuge tranquille

Où le calme de l'âme et le bonheur facile

Peuvent nous rafraîchir mieux que les vents du soir.

En vain, l'œil rutilant et la face rougie,

Les nymphes du plaisir, les faunes de l'orgie,

Hurleront, bondiront autour du saint autel.

Avant que son sommet ne s'écroule et ne tombe

Les pieds froids des danseurs descendront dans la tombe

Et leurs cris monstrueux se perdront sous le ciel.

En vain les charlatans de l'auguste pensée, Sophistes et rhéteurs, de leur langue insensée Viendront contre sa base appliquer le marteau, La pierre inaltérable et plus forte et plus dure Ébréchera leurs dents et de leur langue impure Mettra, comme haillon, le sophisme en lambeaux.

Oh! rapprochons-nous tous du monument sublime; D'un élan mutuel, d'un concert unanime.

Nourrissons sur son front le foyer de l'amour;

Le feu qui tant de fois sembla près de s'éteindre Doit renaître plus vif et, peut-être, se teindre D'aussi belles couleurs que les rayons du jour.

Au temps des dieux d'airain, l'inexorable père

Du sang de ses enfants osait rougir la terre;

Aujourd'hui l'amitié remplace le bourreau,

Le père également partage sa fortune

Et la mère, sans choix et d'une amour commune.

Allaite également ses enfants au berceau.

Que la blanche Concorde et la tendre Innocence, La Vénération, la sainte Obéissance, Entourent nuit et jour l'autel chéri des cieux. Et que sous le giron de ces vierges charmantes Les peuples réunis en phalanges aimantes Des fruits d'or de la paix couvrent son front pieux.

Et la flamme luira splendide, et la fumée

Qui tourbillonnera vers la voûte embaumée

Sera, comme un encens au flocon argenté,

Le parfum le plus doux qu'en sa hauteur profonde

Le Dieu conservateur de la masse du monde

Reçoive de la terre et de l'humanité.

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