‹ Satires et poèmesChapitre 6 sur 43 · L'EMEUTE · texte numérisé non relu

L'EMEUTE

Comme un vent orageux , des bruits lauques et sourds Roulent soudainement de faubourgs en faubourgs ; Les portes des maisons, les fenêtres frémissent, Les marteaux sur le bronze à grands coups retentissent, La peur frappe partout, et les vieillards tremblans, Les femmes en désordre, et les petits enfans ,

;>8 l'émeute.

D'un grand œil étonné regardant ce qui passe , Tout sous les toits voisins pêle-mêle s'entasse , Se cache , cl dans la rue un vaste isolement Remplace tout à coup ce chaos d'un momen- . Et l'Émeute paraît, l'Émeute au pied rebelle, Poussant avec la main le peuple devant elle; L'Émeute aux mille fronts, aux cris tumultueux , A chaque bond grossit ses rangs impétueux , Et le long dc^ grands quais où son flot se déroule, Slurleen battant les murs comme une femme soûle.

Où va-t-elle aujourd'hui? de ses sombres clameurs Va-t-elle épouvanter le sénat en rumeurs? Vient-elle secouer sur le front des ministres Tout le sang répandu pendant les jours sinistres? Non, l'Émeute à longs flots inondant le saint lieu , Bondit comme un torrent contre les murs de Dieu. La haine du pontifie aujourd'hui la travaille; Son front comme un bélier bal la sainte muraille;

l'émeute. :)'.)

Sur les dalles de pierre , au bas de leurs autels Roulent eonfusément les vases immortels.

Adieu, le haut parvis , adieu, les saints portiques , Adieu, les souvenirs , les croyances antiques , Tout tombe , tout s'écroule avec la grande croix , Christ est aux mains des Juifs une seconde fois.

O ma mère patrie , ô déesse plaintive , Verrons-nous donc toujours dans la ville craintive Les pâles citoyens déserter leurs foyers ! Toujours les verrons-nous, implacables guerriers , Se livrer dans la paix des guerres intestines ! Les temples verront-ils aux pieds de leurs ruines . Comme le marc impur échappé du pressoir. Des Ilots de sang chrétien couler matin et soir ! Patrie , ah ! si les cris de ta voix épi orée N'ont plus aucun pouvoir sur la foule égarer ; Si tes gémissemens ne sont plus entendus. Les mamelles au vent et les bras étendus.

ko l'émeute.

Mère désespérée', à la face publique

Viens, déchire à deux mains ta flottante tunique ,

Et montre aux glaives nus de tes fils irrités

Les flancs, les larges flancs qui les ont !ous portés!

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