‹ Satires et poèmesChapitre 7 sur 43 · IDOLE · texte numérisé non relu

IDOLE

Allons, chauffeur, allons, du charbon , de la houille

Du fer, du cuivre et de l'étain; Allons, à large pelle, à grand bras plonge et fouille

Nourris le brasier, vieux Vulcain ; Donne force pâture à ta grande fournaise ,

Car, pour mettre ses dents enjeu

VV l'idole.

Pour tordre et dévorer le métal qui lui pèse ,

Il lui faut le palais en feu.

C'est bon, voici la flamme ardente, folle, immense,

Implacable et couleur de sang , Oui tombe de la voûte , et l'assaut qui commence ;

Chaque lingot se prend au ilanc.

Ce ne sont que des bonds , que hurlemcns , délire ,

Cuivre sur plomb et plomb sur fer, Tout s'allonge, se tord, s'embrasse et se déchire

Comme trois damnés dans l'enfer.

Enfin l'œuvre est finie , enfin la flamme est morte ,

La fournaise fume et s'éteint , L'airain bouillonne à flots, chauffeur, ouvre la porte

Et laisse passer le hautain !

() fleuve impétueux, mugis et prends ta course,

Sors de ta loge, et d'un élan , D'un seul bond lance-toi comme un flot de la source

Comme une flamme d'un volcan !

La terre ouvre son sein à les vagues de lave .

Précipite en bloc ta fureur,

l'idole. 45

Dans ton moule d'acier, bronze, descends esclave, Tu vas remonter empereur.

Encor Napoléon ! encor sa grande image !

Ah ! que ce rude et dur guerrier Nous a coûté de sang et de pleurs et d'outrage

Pour quelques rameaux de laurier !

Ce fut un triste jour pour la France abattue ,

Quand du haut de son piédestal Comme un voleur honteux son antique statue

Pendit sous un chanvre brutal.

Alors on vit au pied de la haute colonne ,

Courbé sur un câble grinçant, L'étranger, au long bruit d'un houra monotone ,

Ébranler le bronze puissant; Et quand sous mille efforts , la tête la première ,

Le bloc superbe et souverain

46 i/oolk.

Précipita sa chiite et sur la froide pierre

Moula son cadavre d'airain; Lé ïïun, le Hun stupide à la peau sale el ranec,

L'œil plein d'une basse fureur, Aux rebords des ruisseaux , devant toute la France ,

Traîna le front de l'empereur.

Ah ! pour celui qui porte un cœur sous la mamelle

Ce jour pèse comme un remord ; Au front de tout Français, c'est la tache éternelle

Qui ne s'en va qu'avec la mort.

J'ai vu l'invasion à l'ombre de nos marbres.

Entasser ses lourds chariots; .ie l'ai vue arracher Fécorce de nos arbres,

Pour la jeter à ses chevaux ; J'ai vu l'homme du Nord , a la lèvre farouche ,

Jusqu'au sang nous meurtrir la chair :

Nous manger notre pain, et jusque dans la bouche

S'en venir respirer notre air; .lai vu . jeunes Français! ignobles libertines,

Nos femmes, belles d'impudeur.

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