BOUTADE
La Poésie est morte, et morte à tout jamais.
A tout jamais, c'est un long terme;
Mais nonobstant je m'en tiens ferme
A l'opinion que j'émets : La Poésie est morte. Un poëte hébraïque Qui blêmit sur saint Jean et sur ne sais combien De Job, de Jérémie et d'autres gens de bien Dont s'honore à bon droit le peuple judaïque.
Dans son style pharisaïque.
S'applaudit de l'heureux effet
Des plagiats qu'il leur a fait.
Mais que nous prouve son délire ?
C'est que l'hébreu se laisse écrira
En français et vice versa.
Ainsi l'a dit Sancho Pança,,
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Autorité bonne à connaître, Dans ce temps où son noble mettre Compte nos plus chauds novateurs ' Au premier rang de ses imitateurs.
Quand un poëte en belle famé Nous galvanise, chair et âme, Chacun d'applaudir avec feu, Tout en pensant : C'est de l'hébreu !
De r hébreu ? ce n'est pas peu dire, Plus d'un poëte de rebut Se donnerait à Belzébutb Pour pouvoir de même en écrire.
La Poésie est morte, et morte à tout jamais.
Daphné se baignait dans Peau pure D'un ruisseau bordé de verdure:
Je la vis nue, et je Paimais. . .
Quand son esclave au teint d'ébène.
L'aidant à sortir de son bain, £ssuya son corps de sirène.
Et d'une chemise de lin Le couvrit des pieds à la tète, Comme s'il eût été malsain, Ou bien qu'elle eût été mal faite.
Ainsi disparut sous ses plis
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Son beau ventre, son sein de lys, Ses blanches cuisses, ses épaules, Dont nos plus naïves paroles Ne peindraient qu'imparfaitement L^éclat et le contour charmant.
Son pied et sa jambe mignonne Se renferment dans un bas blanc, Et sous un corset peu galant Sa mince taille sVmprisonne.
Ses cheveux de couleur de jais.
Qui sur son cou flottaient épais, Sous la main de son Égérie Se nattent avec symétrie Et se relèvent en chignon ; On lui met même un caleçon , Dieu me pardonne !.. la bizarre !
Bref! on l'attife, on vous la pare Sans prendre conseil des Amours, Si bien qu^après tous ces atours.
Tous ces beaux atours que j ^admire.
Je me pris dolemment à dire :
Où donc est la belle Daphné Pour qui je me serais damné ?
La Poésie est morte, et si j'en crois nos Pères, Elle est morte sans héritières
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Depuis bien des centaines d^ans :
La Mort Paura broyée âme et corps sous ses dents. Elle est morte de mort violente, Morte d'ennui, de fièvre lente, De trop d'amour, que sais-je enfin ? Malherbe fut son médecin.
Despréaux son apothicaire.
Et notre sublime Voltaire Ne lui donna point le haut bout Dans son pauvre Temple du Goût.
L'écorce poreuse et grossière N'est ni la sève ni le cœur; Les feuilles et la tige altiére Ne sont pas Pâme de la fleur; L esprit n'est point de la matière ; La chaleur n'*est pas la lumière ; La lumière ni la chaleur N'est point l'astre qui nous éclaire Ainsi du poëte boiteux Qui se dit monté sur Pégase, Quand il entonne avec emphase Ses chants maufaits et maupiteul.
Le rhythme, la coupe et la rime N'ont rien de beau ni de sublime.
Certain proverbe nous le dit :
Le capuce au front d'un bandit
N'en fait au plus qu'un moine indigne ; Le fretin seul mord à la ligne.
Aussi ris-je de bien bon cœur Lorsqu'un fabricant de critiques Nous édifie à grand labeur Des réputations éthiques.
Nous vivons dans des temps ingrats :
Nos athlètes sont des fantômes ; Notre âge, stérile en grands hommes, N'est fécond qu'en grands scélérats.
(Fév. i836.)
ÉPIGRAMME
Certain fat, d'un air entendu :
c Ce vers-ci ne vous est point dû, Me disait-il, c est d u Racine :
Son parfum délicat trahit son origine.»
— Belle trouvaille, en vérité!
Mon ami, vous avez tété, Étant enfant, puis hors de lange Avez parlé, ri, tapage.
Pleuré parfois, dormi, mangé, Puisqu enfin chacun dort et mange, Et ce soir vous mettrez au Ut Comme eût fait un homme d'esprit.
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