A MON AMI GONST. CLERVAUX
Je me lasse enfin de chanter, Ma lyre ne sait qu'irriter
Le Dieu de l'harmonie.
Gomme je cède le terrain A l'approche du médecin...
Bonsoir la Compagnie I
Je voulais vivre indépendant , Et l'ennui naît même en chantant
Les plaisirs de la vie.
Le ciel est pur, et dans son sein Il n'est jour triste ni malsain.
Bonsoir la Compagnie !
L'étude, par son noir poison , Chaque jour trouhlait ma raison Comme un mauvais génie.
L'aûîmal vit libre de soins i N ai-je pas assez de besoins ?..
Bonsoir la Compagnie !
Bacchus et le Dieu de l'amour M'ont séduit chacun à son tour ;
Et chacun me renie.
Il est temps, pauvre troubadour, De prendre revanche en ce jour..
Bonsoir la Compagnie !
En vain j'invoquais la gaîté, Je rêve en vain la volupté
Dans ma mélancohe.
L'ennui fait naître le désir, Et la crainte fait le plaisir...
Bonsoir la Compagnie !
Quand la Déesse du départ Attèlera mon corbillard
Avec cérémonie.
En tête du petit convoi Je serai libre comme un roi.
Bonsoir la Compagnie !
Adultère!
Laure, pourquoi pleurer?., le maître T aurait-il regardée avec des yeux jaloux?
Pourquoi pleurer? quel mal te font ces noms si doux
Qu'il te donne et reçoit peut-être ?
Crains-tu, la nuit, qu'il vienne à toi, pâle et défait, Le regard menaçant et la parole émue, Te dire... Qu as-tu craint qu'il te dît?... A sa vue,
Pourquoi trembler ? que t'a-t-il fait?
« Ange venu du ciel pour m'aimer... que je t'aime ! T'a t-il dit. Mon seul bien dans ce monde, c'est toi! C'est toi mon tout, c'est toi ce Dieu tout bon pour moi
Qui m'aima d'un amour extrême!..
Et le jour à tes pieds, la nuit je ne dors pas : Je t'entends qui m'appelle... Auge, que je t'adore ! » A ses brûlants désirs que lui répondit Laure?...
Était-ce Laure dans ses bras ?
Laure, pourquoi pleurer ?... ton âme N'est-elle plus pour lui son tout, son Dieu, sa foi ?
Tes jours sont-ils mauvais? La nuit, n'est-ce pas toi
Qui l'appelles... dis, pauvre femme?
Et tes baisers d'amour sont-ils acres pour lui, Tes regards moins ardents, ta parole moins tendre. Ton silence muet?.. Sent-il, sans le comprendre, Que son Dieu lui manque aujourd'hui ?
Pourquoi pleurer?.. Sais-tu quelque pauvre âme en peine Qui, le jour sans repos et la nuit sans sommeil. S'en va cherchant dans l'ombre un rayon de soleil,
Et priant pour sa fin prochaine?
Sais-tu ce réprouvé que le destin mauvais Poursuit incessamment, sans relâche... cette âme Brûlée avant le temps de l'éternelle flamme?...
Qui t'avait dit que je souffrais ?
Sèche tes pleurs, ce n'est qu'un rêve.
Un enfant, quand la nuit se lève.
D'une ombre se fait un géant :
Laure, ne sois pas un enfant.
La vie est douce, suis sa pente.
Son cours indolent qui serpente Sur un lit de mousse et de fleur Endort dans la paix du bonheur.
Et vois que de biens, de verdure, De pampre, et de fleurs , et de fruits,
lO
De beaux jours, et de belles nuits,
Nous a prodigués la nature !
Quels cœurs, mon Dieu! seraient ingrats?
C'est peu que de Tencens, bêlas !
Pour de tels biens qu elle nous donne.
Laure y si la nature est bonne,
Ne soyons pas méconnaissans ;
La vertu seule est un encens
Digne d'&mes pures et fières :
G*est la plus noble des prières.
Prions Laure!...
— Voici la nuit.
Ne sens* tu pas vive et pressante Une Ombre toujours renaissante Qui t*agite, qui te poursuit, Qui te plaint, qui te dit : « Commande, Femme ! et tous ces biens seront à toi.
Vois combien la foule en est grande, Que de biens je possède... vois !
C*est un Eden!... Ab ! sois heureuse, O femme! ouvre-moi tout ton cœur.
La coupe est pleine et savoureuse.
Goûte à sa divine liqueur :
C'est le nectar de la jeunesse.
Femme ! bois l'amour, bois l'ivresse.
•w 147 'w C'est le bonheur ! »
— Voici la nuit.
Gesse ta suppliante prière.
Abandonne-toi tout entière A ce démon qui te poursuit.
Laure, cours les bals^ cours les fêtes :
Les fêtes, les bals, c est lonbli De nos peines les plus secrètes ; Tout notre cœur en est rempli.
Mille délirantes pensées, Belles de jeunesse et d'amour, Fuyant le vif éclat du jour, Y viennent comme balancées Dans un nuage vaporeux.
Laure, laisse tes noirs cheveux Flotter sur tes blanches épaules ; Qae l'éclat de tes girandoles S'efface à l'éclat de tes yeux^ Pare- toi de fleurs et d'ivresse, Pare-toi de tout ton bonheur .- Tes yeux se meurent de langueur, Tes lèvres brûlent de tendresse !
Ah! vois quels rêves enchanteurs, Quel délire ardent tu fais naître I Sois l'idole de tous les cœurs.
Aimée, adorée, et peut-être...
Oui !... mais, Laurc, songe à ton maître.
Quand tu seras seule avec lui,
Sa femme..., tes douces chimères
Auront des heures hien amères :
Tes rêves se mourront d'ennui;
Tes belles fleurs seront fanées,
Tes yeux mornes, ton sein muet,
Et l'heure qui tantôt volait
Durera de longues années :
Ce sera le ciel, mais en laid,
Mais le ciel des âmes damnées.
Et lorsque nue entre ses bras...
Ah ! Laure, au nom de Dieu, sois bonne !
Laure, que je n'entende pas
Le bruit des baisers qu'il te donne!...
Laure souffrait. Le jour, seule et fuyant son sort. Aux lieux les plus déserts je la trou vais rêveuse ; Et la nuit... ohl la nuit quelle était malheureuse! La nuit , jamais elle ne dort.
L'heure est sombre et religieuse, La nuit est calme, tout se tait, Et la lune prestigieuse Pai intervalle ne jetait
«vw 149 "v^ Qu'une lumière uébuleuse.
Et Laure vint à moi timide, caressante...
Laure posa sa main sur mon front qui brûlait, Et me dit: Mon amant!., sa parole tremblait... Et moi je lui dis : Mon amante!...
Je fus heureux. Le Ciel n*eût pu voir sans envie
Nos deux cœurs confondus dans une même vie ;
Mais le Ciel nous créa de rigoureuses lois :
Ces biens pour quoi Ton meurt, où se confond notre étre^
Comblent tous nos désirs, mais une seule fois!
C est un beau jour qui fuit pour ne plus reparaître.
Ce n'est point que mon cœur perde le souvenir
De celle qui m'aima du repos de sa vie.
Si je le perds jamais, puisse Dieu m'en punir!
Ton ciel, je l'ai terni ; ta paix, je l'ai ravie:
liaure, je te les dois ; je te dois tout mon cœur,
Je suis à toi, ton bien... Suis*je aussi ton bonheur ?
BOTSJ^m,
Faut-il rimer un compliment
Pour qui n'a jamais su nous plaire?
G est une affaire d'un moment,
Ce n'est qu'un choix de mots à faire
Pour faire un compliment charmant.
La rime parle en cette affaire
Et l'esprit nous vient en dormant.
Mais craindrait-on de vous déplaire?
Vous le savez, c'est un mystère :
Rien ne peint bien ce que l'on sent, Et le cœur se trouble aisément :
La rime alors aime à se taire , L'esprit n'est point du sentiment^ Ou n'en a guère.