VERS ÉCRITS SUR L^LBUM DE MON AMI L. W
Certain lapin comme on n'en voit plus guère,
De ces lapins du bon vieux temps Tels que de Ligne en fit parler naguère Pour l'enseignement des enfants — Des vieux enfants que je veux dire, Car pour d'autres moins vieux que nous Laissons aux Dieux le soin de les instruire,
C'est un soin dont ils sont jaloux ; Certain lapin , d'humeur tant soit peu sombre , Dans un album tout fardé d'or Rongeait, mordillait, puis encor.
De beaux feuillets , Dieu sait le nombre !
Tout son ana s'en allait en lambeaux.
Un sien parent, au sortir de l'enfance , S'approche et dit : « Quelle est votre démence De lacérer des feuillets aussi beaux, Dorés sur tranche ! Et quel tendre langage ,
Que de souhaits , de vœux touchants > Tant énigmes que prose ou chants y Vous adressaient à chaque page Vos bons et fidèles amis !
Vous les traitez en ennemis , Maître; prenez quelque relâche, Votre humeur noire s'en ira. »
Le maître , à ces mots , soupira Et pour toute réponse il poursuivit sa tâche.
Minuit!., dormez , mortels. G est Theure fortunée
Où tous nos vains désirs rentrent dans le néant.
Seule, à son triste sort mon àme abandonnée
Veille , et son deuil, la nuit, m*en apparaît plus gprand.
Tel est l'homme. Il se plaint, et ses plaintes amères
Sans l'adoucir en rien prolongent sa douleur.
Eh bien ! je suis content... s'il n'est point de bonheur ,
Mes chagrins dévorants ne sont que des chimères.
FROJETS ET DITÂfilTMS.
Si traitant un tel «rganeot , je Mette «MTeet de ceoq a l'atne, eonne on dit, oeîe ne dem estre tronrë estrange. •i on considère quel est mon «abject.
(H. EsfiKiiaB.)
J'aime l'allore poèiiqne, à aealia et h gambadât : c'est un' art, comme dlct Platon, feffiere. Toiafe, deaio-
niacle.
(M0KTU6:iB- )
Trêve de propos sérieux !
La g^ravité sied à des Dieux.
Mais la gravité n'est point faite Pour l'homme de cœur et de tète ; Car s'il en a, fût-ce un soupçon — C'est même beau pour la saison Qui n'est point le siècle d'Astrée , — Voici la guerre déclarée Entre nos deux menus États Pour la préséance du pas.
Le moyen alors d'être grave Lorsque notre cœur fait le brave, Et se prétend de droit divin Chef impeccable et souverain,
Lorsque nos deux vieilles commères. , S'armant de paroles amères , Se harcèlent de quolibets, De coups d'ongles, de coups de becs, Gomme feraient par courtoisie Deux coqs épris de jalousie ?
Le moyen , dis-je , d*être en paix Avec deux hôtes si coquets.
Si vains quand loreille leur sonne Et si jaloux de leur personne?
Point no le sais , et nul savant Ne vous en dirait plus avant.
La science est un sot qui se carre, Et l'homme un composé bizarre De pour , de contre ainsi mêlés , Qu'on s'y perd dans des défilés Sans nom , sans fin et sans issue , A chaque pas. Dieu l'a conçue , Cette machine, ainsi qu'elle est, Sans nous en dire le secret.
Tant il vit bien sur notre mine Qu'il n'avait fait qu'une machine ; Puis il y cloîtra mille esprits Dont l'un dit blanc et l'autre gris.
L'esprit blanc a-t-il la voix forte?
C'est la vérité qu il nous porte ;
Perd-il la voix? l'instant d'après , L'esprit noir en fera les frais.
C'est ainsi que va toute chose...
Ne m'en demandez pas la cause :
Car l'unique cause d'un fait.
C'est qu'il est ainsi qu'on l'a fait.
D'où je conclus que dans ce monde Ije plaisant, dessas tout, abonde.
Mais à quoi bon cet exorde? En effet , S'il me fallait vous en dire l'objet,
J'en serais , pour Dieu , bien en peine.
Je laisse aller à perdre haleine
Ma pauvre Muse, sans jamais
Lui demander de ce ton niais
Que l'usage du monde donne :
>* Où donc courez- vous , ma mignonne ?
Quel taon vous pique? je croirais ,
A vous voir ainsi tout en nage ,
Que l'ennemi vous suit de près.
Ménagez un peu plus votre âge.
C'est un devoir : vous vous devez
Aux descendants que vous avez;
Vous morte et tantôt oubliée,
Que deviendrait votre lignée?
Pauvres petits, que je les plains !