‹ Satires et poésies diversesChapitre 28 sur 29 · VA. 24.2 ^A · texte numérisé non relu

VA. 24.2 ^A

Contre un tel mal, quel remède employer?

Quel lénitiF, laxatif ou caustique?

Je ne sais quel^ dans sa prophylactique, Hippocratës n'a pu rien m'enseigner.

Aussi, du soin de tenter cette cure, Mon cher Docteur, je m'en remets à vous, Je vous la cède, et soit dit entre nous, Je crois aussi ma démarche un peu sûre.

if m'est besoin... à ce terrible mot, L'amitié souvent prend le galop Et disparait. C'est comme un coup de foudre Qui vient frapper à l'âme d'Harpagon :

Mie«x lui vaudrait de voir réduits en poudre Femme, enfants, tout et sauver sa maison.

Il m'est besoin... j'ose à peine le dire.

Pour consoler des chagrins bien amers , Qui de ma lèvre ont chassé le sourire, Et de mes jours ont terni les plus chers.

Il est bien vrai , quand le printemps se lève, Il nous promet des coteaux abondants , Tout reverdit, l'hiver n'est plus qu'un rêve Mais la moisson ne se fait au printemps ; Et si jamais l'Indigence à main forte, Comme un huissier, vient frapper à la porte

Du laboureur riche de son espoir, Il a beau dire : « Attendez jusqu'au soir, Et de mes prés je faucherai la plaine... »

Il faut ouvrir. Moi, je récolte aussi; Mais ma récolte a toujours été vaine :

Avoir pour soi , c'est n avoir qu a demi.

DH SOIR m JE RÊVAIS.

Un soir que je rêvais, — c'est rheure du délire, — Un Ange m'apparut qui chanta sur sa lyre Les hommes et les dieux que le monde encensa. Immobile d'effroi, j'écoutai cet oracle.

Mais le Ciel fut toujours avare de miracle, Et je me dis : ce n'est que ça ?

Ce n'est que ça, bon Dieu!., le tonnerre qui crève, L'Autan qui plonge au fond de la mer qu'il soulève, Le silence d'horreur, et , comme un linceul noir, Le ciel qui touche à l'eau de sa masse profonde Et ne laisse entre eux deux qu'une caverne au monde, N'est-ce pas plus sublime à voir ?

Terre, Terre, écoutez ! je suis vain comme un autre ; J'ai vécu sous un ciel qui n'était pas le vôtre, Je l'ai trouvé sublime. Et quand mon ame en feu , Délirante, en voulut révéler quelque chose.

Ce n'était qu'un chaos, un cadavre qui n'ose Lever la tétc devant Dieu :

Gomprends-ta maintenant, comprends-tu que ce monde Est grand depuis le ciel jusqu'au reptile immonde, Que Dieu commande en maître et qu'il dit au néant : Lève-toi de labîme ! Et le néant se lève, Se fait homme, grandit, chancelle et comme un rêve Disparaît au soleil levant.

a<s^s9Q mta vssbaAvabS'.

BALLADE

Sous les tilleuls. — L'heure? — Huit heures.

— Je t'attendrai !

Quel est celui Pour qui de célestes demeures

N'ont jamais lui?...

Celui que jamais ne suborne Le Hasard qui lui prend la main , Le trouvant assis sur la borne

D'un grand chemin?...

Ou si ce n'est ce Dieu sans forme , Quel mortel assez réprouvé

*Les Tilleuls sont un fort beau site aux portes de Dresde, pour ne pas dire une promenade , car personne ne s'y promène ; tandis que sur l'autre rive de VElbe, le vilain petit jardin du Japon est trèsfréquenté. Les hommes se ressemblent partout.

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Que l'Amour ne berce et n*endorme Sous le beau ciel qu'il a rêvé?

Je ne crois pas qu'il soit de fée

Dont les cbarmes soient plus puissants :

C'est Hébé, c'est la voix d'Orpbée ,

Ses yeux perçants ; C'est Atalante, c'est Camille , La tendre Sapbo, c'est Héro...

Que sais-je encor? J'en dirais mille ,

Sans dire trop ; C'est l'esprit du Dieu que l'on prie , L'esprit du Monde, tout enfin , C'est mon avenir, c'est Marie Qui le renferme dans son sein'...

La Nuit était lente à descendre.

Le Jour compte encor dans les cieux Bien des pas avant de se rendre

Aux sombres lieux. J'allais, j'errais pour me distraire, Poussé par un vague tourment.

L'attente est une coupe amère

Pour un amant ; Il tremble à l'instant qu'il espère , Il rit et pleure en même temps ,

Sa joie, sa peine est un mystère Que le dieu d'amour seul entend.

Et je me disais : voici l'heure !

Elle viendra. Je suis certain

Que mon nom, que sa lèvre effleure.

Bat dans son sein.

Je la vois n'écoutant qu a peine , £t ne répondant qu'à demi :

C'est que son cœur comprend la peine

De son ami , Qui vingt fois compte la même heure Qu'il croit entendre et n'entend pas , Et se dit quand le vent effleure L'herbe tendre .- c'est bien son pas !

Mais non !.. Sans doute qu'une amie Bien importune la retient.

Que tu souffres, pauvre Marie !

Quel entretien, Quand on aime, saurait nous plaire?

— - c Et puis, lui dit Emma, conviens Que je t'aime beaucoup , ma chère !

Je t'appartiens Pour ce soir. Ne suis-je pas bonne!

C'est que mon cœur croirait pécher,

w 249 "wx* Quand je te quitte avant qu'il sonue L'heure de nous aller coucher. »

Sans doute c'est là son langage.

Ou bien peut-être est-ce ta sœur ?

Je m'en méfie, elle a, je gage ,

Compris ton cœur.

Ses yeux noirs sont pleins de malice.

La jeune espiègle t'aura dit :

« Non ! ce n'est point un vain caprice,

Viens dans mon lit , Ma bonne sœur, j'ai peur des Ombres.

Ou conte-moi pour m'endormir Ce que faisaient ces spectres sombres, Dont le nom seul me fait frémir. »

Et Rose frémit au vieux conte,

Et ne s'endort pas. Quel tourment !

« A ton âge, n'as-tu pas honte

D'être un enfant ?

Lui dit Marie; enfant, raisonne...

— Non ! je ne raisonne pas bien, J'ai peur. —^ De qui donc ! — De personne.

— Que vois-tu? — Rien...

Mais reste encor, j'ai peur des Ombres, Et redis-moi pour m'endormir

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