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Ventre a terre, car il courait ; Plus on court, plus bas on les fait.
Puis il s'enrouait à bien dire :
Mon roi ! Votre Majesté ! Sire !
Et Messeig^eurs du Lionceau !
Maître Renard n'était point sot.
N'était-il noble, il eût dû l'être.
Aussi, par amour de son maître.
Il eût bien désiré, dit-on^ Lui servir de porte-coton.
Dans ce doux espoir qui l'emporte Vif et léger comme un pinson , Il arrive, gratte à la porte, Et se dit Monsieur le baron Renardeau de la Renardière.
Quel pouvoir résiste à ce nom?
Un chambellan n'est pas de pierre.
Notre Sire ayant digéré Bourgeoisement, comme digère Vous ou moi — Dieu ! quel digne père Pour un homme de son degré ! — Fit bon droit à l'humble prière Du baron de la Renardière.
Il le trouva fort à son gré.
Bien fait d'esprit, bien pris de taille :
Aussi l'ayant considéré ,
Jour de Dieu ! c'est une trouvaille!
Dit tout haut son gosier sacré.
On en accrut sa valetaille,
Sans plus ample délibéré.
Les premiers jours, ce fut liesse.
Il se pavane, il se caresse
Le menton, se disant : Monsieur
Renardeau de la Renardière ,
Vous avez l'insigne bonheur
Detre des gens de Monseigneur.
Se fut presque mis en prière
Devant son nom, tant il lui plut ;
D'allégresse enfin tant il eut,
Que ce fut pour lui feu de paille.
Amour sans frein n'est rien qui vaille.
A la longue, ce fut bien pis.
« Dans mon terrier, je serais prince ,
Se disait-il ; il m'est avis
Qu'à la cour je suis par trop mince.
Monseigneur prend-il ses ébats ?
La plèbe se rue en arrière ,
Bénit tout haut, maudit tout bas ,
De Monseigneur fait très -grand cas ,
£tde Monsieur JaBenardière La canaille ne parle pas.
Au diable donc le ministère ! »
Cela fait, il part ventre à terre, Gourant le jour, courant la nuit ; Puis, quand il fut loin, il se dit :
Ici, du moins, je ferai nombre.
N'approchons des grands que de loin , Si voulons ne nous perdre point A leur ombre.
Les sottises d 'autrui ne nous servent de rien , Ou tout au moins pas de grand*chose :
Autant de pris au piège, autant il en revient Curieux d'en savoir la cause.
Nous sommes moutonniers, et plus au mal qu'au bien. Témoin ce renard que je blâme.
Et tout en blâmant j'ai dans l'âme Certain désir de l'imiter , Dût l'événement m'en coûter.
Les regrets sont-ils donc une si douce chose Que ne puissions nous en passer?
On le dirait. « Piquant donne pointe à la rose; » L'eau, pour rien plus que d*y penser.
M'en vient à la bouche, et pour cause.
Je vais donc hasarder mon placet. Soyez bon , Gomme Monseigneur du Lion.
C'était un plaisant temps que ces jours d'incurie Où je prenais la vie à deux mains , et buvais, Ne me dolant de rien. Sitôt grappe mûrie , Je la pressais ; sitôt bue, alors j'y rêvais. C'était mon temps d'Astrée. Auprès de ma Délie, Laissais sans vains désirs aller au cours de Feau Mon vivre insoucieux; d'amarrer mon bateau, Ne songeais mie. Aussi gardé-je souvenance Du beau temps que c'était. Je ne prenais l'avance D'aucun jour à venir : chacun m'était nouveau ,
Et partant chacun m'était beau.
Au matin, je |;oùtais le matin ; à la table, La table; au soir, le soir. O temps bien regrettable. Où le présent suffit au présent, où nos jours Ne devancent d'un pas le soleil en son cours. Où l'heure vaut une heure , où l'on n'a nulle envie De vivre d'un seul jour tout le temps de sa vie. Combien l'ai-je vécu, ma vie, au temps qu'il est! Plus j'eus soif d'avenir, plus il m'a paru laid. Et j'en deuils. Ce devrait être chose sacrée; Le mal que l'on n'a pas , notre cœur se le crée.
Bon temps de nonchaloir, reviendras-tu jamais ,
Où je soûlais passer ma vie à Fombre frais
Loin d'un monde anhelant, tumultueux, fantasque,
Ne craignant ni rescifs, ni gros temps, ni bourrasque,
Ni courants, A Tabri que j'étais des désirs dévorants.
C'est que j'étais heureux autant qu'homme peut l'être ! Entre autres miens amis, un plus aimé peut-être... Pourquoi vous le tairais-je? il était pour beaucoup Dans mes jeux, dans mes ris, mes amours et mes rêves ; Ce que j'aime par-dessus tout, La bonté , son cœur n'en fait trêves.
Tout jeune que j'étais, il me prit par la main , Comme un frère, et me dit : Suis-moi par ce chemin ! Je le suis, je chancelle, il me soutient, il m'aide : Il est bon ! Le secret d'aimer, il le possède Tout entier : c'est son bien. Je m'attache à ses pas ; Triste ou gai, faible ou fort, je ne le quitte pas. C'est qu'il a des accords pour toutes les tristesses, Il est poëte ! O Dieu, que de biens tu nous laisses ! Ne te manque- t-il pas ? Mais il serait cruel De ne nous donner rien des bienfaits de ton ciel. Quel cœur est assez dur qui n'ait frémi dans l'âme De nobles sentiments quand il chante ? Dictame Merveilleux, que ses chants auront tari de pleurs ! Sa gaîté n'est point triste, elle gagne les cœurs. Sa lyre nous apprend le doux nom de Patrie :
C'est son premier amour, c'est sa mère chérie. Sa bouche ne ment point à son cœur. Libre, aux fers, Il l'aime, il la guérit des maux qu elle a soufferts ; Ses regrets sont les siens ; ses pleurs, son espérance,
Sont les siens ; tout est en commun ;
Us sont deux, mais ils ne font qu un , £t s'il chante, son luth est la voix de la France. Que ses accents sont fiera! Poëte au cœur bien-né , Je t'aime, et bien avant le chantre de René J'eus la gloire de dire aux poètes, nos frères :
Mes amis , voici notre aîné !
Aujourd'hui... ce n est pas que mes chants soient contraires : Je ne suis de ces gens, comme tant on en voit , Qui le jour soufflent chaud et le soir soufflent froid; Mais je suis tout confus — un poëte classique Vous dirait... mais avant étes-vous romantique? Je hasarderai donc comme est un chat fouetté ,
Ou comme un renard écourté.
Si ma comparaison n'a point un port de reine , Elle a je ne sais quoi d'ouvert dans sa dégaine Qui prévient. Autant d'autres mettent de soin
A se garder des yeux profanes , Ne se montrant jamais, ni de près ni de loin ,
Que cuirassés de coq-à-l'ânes ; Autant et plus j'en prends à dire nettement
Mon fait, et je ooen veux quand je fais autrement.
Des grands mots dont on use on sait ce que vaut Taune.
Je l'appris à mon. dam. Ce sont de piètres biens
Dont Apollon nous fait laumône.
Sous les plis de brocart dont on drape ses reins,
Que voit-on souvent? pieds de Faune :
Sous des lys odorants et sous des ciels sereins ?
Une tête de Tisiphone :
Sous des palais pompeux, des dômes aériens?
Que de pauvretés! que de riens!
J'en reviens à mon dire. Ainsi j'ai quelque honte A paraître au grand jour dans Tétat où je suis : Je sens ma nudité. C'est en vain qu'on se monte L'esprit, le bon sens a sur nous des droits acquis Qu'il reprend tôt ou tard. Le temps, c'est le Messie, Qui renouvelle tout, use tout, change tout:
Vous voua endormez sage et vous réveillez fou. Donnez à Diogène un ou deux ans de vie
Et cinq ou sixclaqueurs de moins.
Vous aurez un digne homme, cnhamaché des soins Qu'il prend de sa personne, encombré de besoins, Un beau-fils en un mot, un héros d'Arcadie;
Daubant les absents par envie,
Présents , les servant de tout cœur;
Valet des grands , larron d'honneur ,
Prenant femme , épousant Sylvie,
Épousant Laure, puis Laïs ,
Puis Phryné , puis tout le pays,
Tant il a le cœur sur la pointe
De la langue, et tant bien est jointe
Son âme et corps qu'ils ne font qu'un:
Oe phénomène est bien commun.
Enfin, pour compléter la somme
Des vertus de notre saint homme,
— Car il revit en notre temps
Sous ces dehors si prévenants:
C'est Diogène gentilhomme —
Je dois vous dire outre cela
Que de morale il tient école ,
Et que le bon ton l'appela
Le plus digne homme sur parole
Qui se vît à cent lieues de là.
Vous comprenez bien l'hyperbole ,
On voit beaucoup de ces gens-là.
J'en prends note sans en médire.
Dieu me garde de cette horreur ! Ce sont des gens pleins de pudeur.
Un Satyre est-il un Satyre Quand il se drape de façon
'vrv* 11 ^A.
A nous laisser deviner son Dégoùj du petit mot pour rire?...
Montaigne a bien raison de dire :
Ce monde-ci branle à tout vent ,
C'est une branloire pérenne.
Lequel ne branle? est-ce un savant?
Sa science est de branler souvent,
A dextre, àsenestre, en avant.
Tout locbe, et comme qu'on s*y prenne^
En ce monde il n'est rien qui tienne :
Tel le flux et reflux des eaux,
Autant les sages que les sots ,
Autant Fombre que la lumière ,
Autant l'esprit que la matière.
Les contraires sont frère et soeur »
Souvent le pire et le meilleur
N'ont entre soi rien qui diflFère.
Chaque jour a son caractère ,
Ses goûts , son esprit et ses mœurs.
Sommes les humbles serviteurs
De ce qu'on nomme nos humeurs ,
Esprits follets comme tant d'autres
Qui vont et viennent sans chaloir
Si c'est de notre bon vouloir
Et ne sont rien moins que les nôtres.