‹ Satires et poésies diversesChapitre 6 sur 29 · VA. U «W · texte numérisé non relu

VA. U «W

Quelque jour oa se prend à part Et l'on se dit, mais un peu tard , Mon ami, vous me faites peine :

Mon bon ami! mais votre veine, A voir les choses sainement , N'est ni veine d or ni d'argent.

Je vous crois même, à vous tout dire , Un peu... là, là! Loin d'en médire , Je vous en fais mon compliment, c Heureux, dit la Sainte Écriture, — Vous savez qui? n*en ayez cure — Heureux donc, et je leur promets Pour une éternité future De bons vins et d'excellents mets , Choses bonnes de leur nature. »

Peut-on mieux traiter ses amis ?

Point que je sache. On a beau dire , C'est tentant de prêter à rire , Quand de tels biens nous sont promis.

Cependant cet arrêt suprême

Vous semble-t-il trop dur, quand même,

Reprend alors notre Bon Sens

S'érigeant en juge céans.

Nous pourrons liquider la chose.

Ça vous va-t-il? — Bien. — Je propose:

-w 13 "VU

— Ci, quatre rames de papier A votre voisin l'épicier :

Telles que Chansons où Dieu garde Ledit voisin qu'il y regarde , Car il est padique, et Ton croit Qu'il sait Barème au bout du doigt.

Ça vous étonne? ainsi progresse Notre monde ; on le tient en lesse, Mais il ne cesse de marcher:

Aussi vous ferait-il un crime De chaque vers le plus sublime, Pour peu qu'il l'aperçût clocher Du pied, du sens et de la rime :

Où l'esprit va-t-il se nicher? — Plus , quelques cents de Rêveries , Toutes , pauvres fleurs dépéries « Lamentant leur défloraison, « Autrefois jeunes et chéries , Mais toute chose a sa saison ; — Plus, un pauvre et maigre Poëme Qu'on dirait avoir dès long-temps Souffert des rigueurs du carême Ou de l'aiguillon des méchants ; — Plus, de Farces Dieu sait le nombre!

Plus, un Mystère à l'air si sombre Que vous fûtes U premier sot

A n'y pas entendre un seul mot ; —

Plus , que sais-je? des Comédies

Dont le trait le plus surprenant

Fut, entre autres choses hardies,

De mettre en scène un revenant ; —

Plus, parmi d'autres rapsodies,

Des Vaudevilles dont un seul

Eût , du bon temps de nos grand'mères ,

Immortalisé votre aïeul .-

Ce sont des vérités amères ,

Mais ne crois pas d'un sage humain

De les étouffer dans sa main.

En somme, chansons, rêveries ,

Poëmes , drames , contcries ,

Et moult autres vieils rogatons

Lais, virelais, déplorations

Moralités, soties , sornettes ,

Font de papier deux rames nettes.

Pour le demeurant n'est besoin De heurter aux portes des autres Et s'exposer à tout le moins A se faire envoyer aux peautres.

Quelque pauvre et nécessiteux, Ne demandez aux gens heureux , Il n'importe, au reste, la cause,

Si voniez n'être rebuté ,

Ne demandez rien qa*une chose :

L'état de leur cLère santé !

Que vous en semble? Or, je propose

De ne faire de votre prose

Qu'un seul paquet pour l'épicier

 cinq centimes le cahier ,

Avec prière au susdit homme

De n'y lire point, car en somme

On n'y trouve rien de gentil :

Ce sont choses d'aucun débit ,

Sans sel, ni poivre, ni muscade;

Et votre morale, après tout,

N'est point saine pour un malade :

Si la Raison tient le haut bout.

Le dîner n'est point de mon goût.

— Ci, sans déchet, deux rames nettes

Pleines de choses déshonnétcs

Dont la moindre flaire l'exil ,

La hart , le cachot ou le gril.

Cela fait, que vo]Lis reste-t-il? —

Rien, fors l'honneur. — Rien? c'est honnête.

Je suis votre humble serviteur.

Ainsi dit mon Bon Sens , un jour que par malheuir

•w lo '^'^

La Folle du logis avait martel en tête :

Sa victoire aussi fut complète.

Mais dans ce grand naufrage, où, tel que Tlngénu, Sur un sol désolé je fus laissé tout nu , Je sauvai. . . Dieu des vers, est-ce une perfidie? Je ne pus sauver rien. — Comment, rien? — Presque rien ; Quelques enfants perdus, — le plus clair de mon bien, —

Que par amour je vous dédie.

Mt nui <f^ toil

Je n ai que toi, Pour alléger un destin qui me pèse:

Je il'ai que toi !... que la foudre s apaise ! Tout est brisé, mon amour et ma foi ; Tout est flottant comme après un naufrage.

Vieux nautonnier jeté par un orage Aux bords lointains où j'erre malgré moi , Je cberche au Nord une étoile , un sourire , Un mot du Ciel, un accord pour ma lyre...

Je n ai que toi !

Le voyez- vous dans ses vastes domaines ,

Cet aigle altier, Dont Fœil perçant franchit les monts, les plaines ,

Le monde entier ?

•W lo "V^

Tout fuit, tout passe à sesfpieds comme l'onde

Sous le voilier Dont le vol sûr atteint au Nouveau-Monde

Sans relayer; Et tel on voit cet univ^s rapide

Rouler au pied Du Dieu puissant dont l'œil ardent le guide

Comme un coursier.

Qu'il est heureux, ce roi des vastes plaines

De l'infini !

Dans un ciel pur, sur des roches hautaines,

Il fait son nid.

Nul œil humain n a vu ce que son aile

Libre fournit Dans un seul jour du vide espace, et quelle

Mer s'aplanit Aux pieds géants du Titan dont la tête

De noir granit , Montant au ciel et bravant la tempête ,

Lui sert de nid.

Mer sans rivage où les demeures saintes Sont comme un point ,

Comme un fanal aux lueurs presque éteintes Qu'on voit de loin.

Page 1