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OÙ les palais de nos dieux faits de terre
Ne se voient point , Où la cité populeuse resserre
Son embonpoint En implorant dans cet immense espace
Un petit coin , Ou faible oiseau, birondelle qui passe ,
Se perd au loin.
Et je me dis .- C est un heureux augure
Venu du Ciel !
Dépouillez-moi de cette écorce impure ,
Être éternel !
Que j'aille aussi déposer mon offrande
Sur votre autel , Car d'ici-bas en vain je vous demande
Un peu de miel Pour adoucir l'ennui dont je m'abreuve.
Pauvre mortel.
Je n'ai rien bu dans ma coupe encor neuve^
Hormis du fiel.
Et je voguais, quand le long des cordages
Je vis couiir Un feu follet aux bleuâtres plumages ,
Près de mourir.
Il se ranime, et ses langues de flamme
S'en vont bondir Le long des mâts : telle notre pauvre âme
Vient s'ébaudir Après la mort aux lieux de son enfance ,
Ou le désir Tout haletant de suivre l'espérance
Sans rien saisir.
Le feu follet a disparu dans l'ombre ;
Et je ne sais Quel Esprit pur couvre d une nuit sombre
Mes jours mauvais ; Et ma raison reprend tout son empire ,
Mon cœur sa paix , Mon luth ses chants d'amour , et je respire
Un air plus frais.
Le ciel est calme et 1^ mer familière
A mes agrès En se jouant baisse sa tête altière
Et passe auprès.
Jour trois fois saint, je renais à la vie.
Serais-je heureux , Ciel bienfaisant où mon âme est ravie.
Ciel généreux !...
Riants tableaux de joie et d'inoocence t.. .
Vierge aux yeux bleus.
Que jamais homme à la vile impudence
Ne vit des yeux !
Quels doux baisers m*attendent à la rive!...
Voguons joyeux, Voguons calmer la douleur encor vive
De nos adieux.
£t je disais , lorsque soudain mon âme Tressaille aux ris des Esprits de l'enfer :
ils se riaient, dans leurs âmes de fer.
Du malheureux que trompait loriflamme De Lucifer.
Et je prétais une oreille attentive Aux chants confus qui venaient jusqu'à moi :
C'est un dévot, dit l'un. — C'est, sur ma foi l Un esprit fort, dit l'autre; qu'on cultive Son peu de foi.
C'est un ministre, un diplomate à vendre , Dit un troisième ; oh ! je l'ai connu fort !
Mon père un jour me dit gaîment : Milord , n'a jamais pris la parole plus tendre Que lorsqu'il mord.
C'est un prélat qui me vendit son âme , Dit un quatrième, un peu cher, par ma foi !
Je la tiens là pendue a la paroi.
Le vieux bonhomme, un soir changeant de gamme y S'en vint chez moi.
Par la sambleu ! me dit-il, mon compère, Qu'estimez-vous les joies qu on goûte aux cieux? Cœur de nonnain ne vaudrait-il pas mieux ?
Tout compte fait, je m'ennuie d'être Père Révérencieux.
Marché fut fait. Je lui livrai la nonne, Qui tout en feu dans ses bras décharnés Bénit trois fois les Esprits encornés.
Grâce à ses vœux, la récolte fut bonne Pour les damnés.
N'y êtes point ! dit le plus jeune d'âge , Tout fraîchement sorti de pension.
C'est un poëte , ou c'est un oisillon , Ou las d'aller de ménage en ménage C'est un grillon ;
Ou c'est un frêle arbrisseau qui se ploie Au souffle impur d'un monde qu'il aima,
Ou le follet que la Lune anima De son esprit, et qu au jour de sa joie Elle abîma.
Ainsi disaient les Esprits de i'Averne , Et leur essaim en bonds capricieux Allait sautant en blasphémant les Cieux ; L'un d eux portait les feux d une lanterne Dans ses deux yeux,
Qui scintillaient comme Sirius brille Entre ses soeurs : c'était leur vieux doyen , Leur roi Pétaud ou leur roi-citoyen Qui présidait aux danses de famille.
Sa barbe en main ;
C'était un maîtite implacable et sévère , Craint des vivants et redouté des morts -.
Son œil flamboyé, et son œil aux plus forts Faisait baisser humblement vers la terre Leurs regards tors.
Et si, plus prompt que le trait qu'on décoche Il tarissait son broc plein d'un vin pur , C'était un moine, un vieux moine en débauche , A l'œil paillard, au front chauve, au cœur dur,