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Aux vils jurons , qui heurtait contre un mur , Rebondissait, tombait de droite à gauche Sur le sol dur.
D abord j eus peur, puis je me pris à rire , Puis je pris goût à leurs fantasques jeux : J aimais à voir sous le ciel nuageux Ces noirs Esprits remplir de leur délire L*air orageux ;
Et puis j'aimais la rauque discordance De leurs chansons de débauche et d amour, Leurs cris confus et le murmure sourd Que rend la mer, sous leur lourde cadence , Comme un tambour;
Et je rêvais des danses chatoyantes Aux longs anneaux, comme la nuit d'un bal On rêve voir les enfants de Baal , Les noirs Esprits, dans les fêtes brillantes D'un carnaval.
Et je révais à mes jeunes années :
C'était leur voix, lecu* allure, leurs chants !
Que de pensers, que de rêves touchants ,
D'illusions riantes, mais fanées , Meurent aax champs !
Ou comme autant de follets et de gnomes De nos hivers égayent le tahleau :
Faible reflet de lumière dans l'eau !
Ou désolés jettent sur nos cœurs d'hommes Un froid manteau.
Et je disais, quand la bande infernale , S'arrétant court comme au coup d'un sifflet , Monte à la nue en corps sombre et replet , Puis se disperse, et sur l'onde inégale Le Vent soufllait.
Il soufflait d'épaisses ténèbres Qu il porte dans ses larges flancs Comme une mère ses enfants , Et la Mer renflant ses vertèbres A l'approche des noirs géants Jette dans l'air des cris funèbres , Et mon vaisseau grinçant des dents Cède à l'effort de ses élans Et s'abîme sur les brisants, Où l'éclair, s'ouvrant les ténèbres Que le Vent portait dans ses flancs,
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Me laissa voir ces mots funèbres Sur le roc où j étais gisant :
C'est ici que la mort t attend !
Pourquoi vous attrister des maux que j'ai soufferts? C'est le destin commun dans ce triste Univers.
Pourquoi vous attrister, et le scalpel en main Sur mon corps décharné poursuivre avec constance Les rides et les plaies qu'y creusa la souffrance , Puisque je suis au lendemain?
Pourquoi vous attrister d'un rêve? s'il fut laid , Demain il sera beau. N'est-ce pas, ma Julie ? C'est demain, n'est-ce pas, que ton amant oublie Le triste rêve qu'il a fait?
Triste il fut en eflFet.'Quel que soi le chemin Qu'il explorât .des yeux sous l'une ou l'autre zone , Quoiqu'il priât du cœur, et quoi qu'il fît, personne Qui voulût lui tendre la main.
Il était seul au monde, et si seul que le soir Le Vent lui rapporta sur la vague assouvie Trois corps défigurés, trois cadavres sans vie, Et qu'il tomba mort de les voir.
«WV 87 "NA.
C'était là tout son bien, — sa joie et ses amours !.. Que lui dirai-je au Ciel, lorsque, sourd à ma plainte. Ce Dieu fera tonner cette parole sainte :
Mortel, qu as-tu fait de tes jours ?
De mes jours, ô mon Dieu!., tu les as profanés ; Ton nom, ton divin nom se lit à chaque plaie : Est-ce le fait d un Dieu de traîner sur la claie Les jours que tu m'avais donnés ?
Tristes jours, vous m'avez ravi mes seuls amis. Et je ne connais plus d'autre bien dans la vie Que celui de pleurer des biens qu'aucun n'envie Et que Dieu ne m'a plus permis.
Tige morte, oubliée aux branches du cyprès.
J'attends qu'un vent d'automne humide et délétère M'en détache en passant et mé jette et m'enterre Sous l'herbe jaune des forêts.
Mais avant de mourir, oh ! ne pourrais-je pas Un seul jour de ma vie effleurer le calice D'un amour sans remords, d'un amour sans supplice , D'un amour pur et sans combats?..
Mon ange, souris-moi!
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C'est le seal bien du Ciel, oui le seul qui me reste '^ Mais ce bien est si doux et mon sort si funeste, Que Dieu prendrait pitié de m*enlever ta foi !... N est-ce pas qu il est bon, qu'il ne donne de peine Que ce quen peut porter notre faiblesse humaine? N'est-ce pas quil aura compassion de moi?
Car si je cherche au ciel une étoile, un sourire, Une parole sainte, un accord pour ma lyre.
Je n'ai que toi!
(Mai 1834.)
Ë)D1§ MMo ©DUS DLL^o
«HMi-o
Et pcMë le cas qiM an aeot liieral voas troauer. matières ataez joyeuse» ei bien oorrespoodenies an nom, tontes fois pas demonrer la ne fanlt, comme au chant des Sirènes; ains a plas banlt sens interpréter œ qne par adventnre eoidiez diet en guayeté de cueur.
( IUbclais. )
Les mères, les maris, me prendront aux chevevz Ponr dix ou douze oontee bleus !
Voyez un peu la belle affaire :
Ce que je n'ai pas fait, mon livre irait le foire*.
( La Fovtaixk. )
Dieu punit. — • Dieu pardonne. — Il punira , vous dis-je. — Êtes-vous son bras droit ? je conçois qu'il m'inflige IjC plus dur châtiment que Dieu garde aux mortels
Dans les trésors de sa colère.
Un ministre et son maître ont les mêmes autels,
Ce n est qu un même esprit , Tan boit , l'autre di(][ère:
Ainsi j*ai tout à craindre et me sens tout saisi
Quand bien Dieu m'octroierait sa royale merci.
Il me souvient qu un jour ma Muse malhonnête
Vous a lavé de sorte à vous blanchir la tête.
C'était, je vous l'avoue, aux yeux de bons Chrétiens,
Un travail au-dessus de mes faibles moyens.
Vieux moine, est-il pas vrai, vous m'en gardez rancune?
Frappez là, vive Dieu! la haine est importune,
La haine pèse au cœur, et quoi qu'on en ait dit.
Chat et chien peuvent vivre en paix , sans contredit,
Et fort honnêtement. Voilà que je vous aime !
Ce que c'est que de nous! C'est le hasard qui sème
Dans les champs de Tamour , de la haine et des vers :
L'un recueille un cyprès , Tautre des lauriers verts,
Selon l'heure , le temps, la minute, la tierce. . .
L'à-propos fait des Dieux, l'à-propos les renverse.
Qui sonderait de l'œilles desseins du Très-Haut?
Notre faible regard ne porte pas si haut.
Si Celui qui voit tout , à qui nul cœur n'échappe ,
M'appelait quelque jour à succéder au Pape ,
— Ses desseins sont cachés, — vieux moine, pensez-vous
Que j'y sois si mal mis qu'on se riât de nous ?
Franchement je me sens de force d'y gravir.
Pour vous , mon vieil ami, je songe à vous servir.
Mais que puis-je? — O destin ! ô sort impitoyable !
Tu m'alléchais d'un moine et Ton jeûne à ma table —
Pardon, mon vieil ami! je sens ce que je perds
Aux yeux d'un bon Chrétien qui ne vit point de vers :
Cest notre nourriture à nous autres poètes,
Nous naissons et mourons entre deux épithètes.
Me le pardonnez- vous? à partir de demain ,
Je fais une neuvaine en l'honneur — de quel Saint?
Voyons ! j'en connais peu ; quel est celui qu'on prise ?
Je suis, sans vous blesser, gueux comme un rat d'église.
Il me faut le plus saint de tous les Saints du lieu ,
Un Saint de bon aloi , le plus saint après Dieu ,
Son image en un mot, le Saint le plus traitable,
Le plus doux, le moins rogue et le plus charitable,
Qui voulût m'enrichir de ses sages conseils ,
Qui sût. . . mais, après tout, où trouver ses pareils ?
Est-ce vous? est-ce moi?. . . voyons, plus de rancune!
Vos dents ont du venin , ne m'en veuillez d'aucune.
Vieux moine , frappez là ! Votre règne reprend ;
Vous êtes à la hausse. Ainsi monte et descend
Le soleil radieux qui ranime la terre.
Chacun voit et chacun se dit: C'est un mystère !
Pindare , fait chrétien , vise à l'apostolat ;
Horace est marguillicr et Catulle est beat.
Vieux moine , mes amours, mentez-leur à l'oreille.
Est-ce un si gros péché quand le cœur le conseille?
Dites un peu de bien de mes pauvres enfants :
^^ oK ^^
Ce sont, j en fais laveu , des pécheurs repentants.
Ce sont des orphelins. Est-il un plus beau titre
A la faveur du Ciel? je vous prends pour arbitre.
L*lndulgence est un Dieu que nous invoquons tous.
Prions-le qu'il pardonne à d'autres plus qu'à nous;
Je le prierai pour vous , priez-le pour moi-même;
Prions. . . mais d'où vous vient cette extase? — Anathême!
Je te voue à la mort^ aux ^prits infernaux,
Au culte de l'Enfer , à ses brûlants fourneaux ,
A ses rêves de sang, effroyable épopée!
L'Ange exterminateur agite son épée,
Le Remords ses serpents qui te rongent le front,
Qui te rongent le cœur, qui te déchireront
Pièce à pièce, et jamais la plus faible espérance
Pour étancher la soif de ton âme en souffrance !
Jamais rien que l'Enfer! . . il t'attend. . . le voici :
Je te maudis! — Eh bien ! mon vieil ami, merci.
— Se rire est un péché. La Sagesse infinie
Veut qu'on plaigne un coupable et non pas qu'on s'en rie.
Se rire des bienfaits qu'un ministre de Dieu
Verse en pluie abondante, en tout temps , en tout lieu,
Si ce n'est un forfait, c'est une calomnie ;
Se rire des Martyrs , c'est plus qu'une infamie ;
Et quel nom donnerai-je aux viles passions
Qui lacèrent des dents, dans leurs rebellions,
Et le trône et l'autel, ces seuls biens de la terre,
'VN, 33 '^- Et vont attaquant Dieu jusqu en son sanctuaire? Boucs! boucs, sortez des rangs! Oh! qu'ils sont insensés! L'Enfer eût tressailli s'il les eût confessés. Vous avez tout souillé de votre souffle impie ; Mais la tête ment-elle au cœur? le cœur l'expie. Vous avez ri des'Grands; vous avez ri des Rois, Dont Dieu commande à tous qu'on respecte les droits ; Vous avez ri des Saints d'un rire sacrilège , Des moines, des nonnains, des prélats, du Saint-Siège ; Ri de tout et de tous, à commencer d'Adam, Prétendant que sa dame eut affaire à Satan :
— C'est le péchiê mignon, le plus doux qu'on connaisse, Qu'Eve aima , dites-vous , et transmit à l'espèce ; — Ri du peuple de Dieu , des prophètes en bloc , De la Bible en détail ( la sainteté du froc Ne met point à l'abri des plus viles morsures) ; Ri du séjour divin , ri des peines futures ; Fi d'un Dieu , dites-vous , nécessaire, éternel , Qui pousse comme un chou dans le champ maternel , Et pour le plus grand bien de la nature humaine Se fait pendre et fait pis. . . ce n'était pas la peine: Tout compté y nos péchés n'en sont point rabattus ; On a tout aussi peu de foi que de vertus; — Vous avez ri du corps , ri du sang de Dieu même. Ri de la Providence et des eaux du baptême.
Ri des saints sacrements dont Dieu , tout bon qu'il est ,
Racheta de la brute un homme qui le hait ;
De quel rire infernal invoquant l'anathéme,
N'avez-vous. . . — J'en finis par rire de moi-même.
Vieux moine, entendons-nous. Vous me devez d'abord
Uu beau cierge en l'honneur du vigoureux transport
Que je vous inspirai. J'en ai Fàme attendrie.
Le jeu de vos poumons a certaine magie
Qui fait que le plus sourd se range à votre avis :
Si c'est être éloquent, c'est l'être au moins pour six.
Je crois, sur mon honneur, que vous et vos confrères
En êtes par brevet les seuls dépositaires.
Serait-ce un don du Ciel ? c'est un fort beau présent,
Bridaine eût envié vos poumons d'à-présent,
Tout Bridaine qu'il est. On m'a conté naguère»
Les succès étonnants de l'un de vos confrères :
Le voilà qui s'échauffe, escalade les cieux,
Tonne, éclate. . . et l'enfer s'illumine à nos yeux.
A ce tableau frappant certaine pécheresse
S'y voyant trait pour trait accoucha de détresse.
Venons à ma défense. Il est de droit commun
D'attaquer qui m'attaque et de rendre à chacun
Ce que j'en ai reçu, ne fût-ce qu'une obole.
Reçoit-on un soufflet , c'est un prêt sur parole.
Savez-vous que le Christ, s'il ne s'est converti,
Se ferait de nos jours un fort mauvais parti.
La nature a son code. En vain on le recèle,
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Toujours par quelque endroit notre nom se décèle. Le Grand-Être fait homme est Juif en ce point-ci; La race dlsraël est Chrétienne en ceci.
Laisser faire un fripon , c'est lui prêter main-forte. La morale est sans force où la justice est morte. L'homme se doit à l'homme, il se doit à l'honneur : Punissons le méchant , pardonnons au malheur.
Eh hien ! je vous pardonne. Est-ce en être compUces
Que laisser par sa voix parler ses bénéfices?
Cet article se lit dans le droit coutumier ;
Il n'est pas un manant qui n'en fasse métier.
Du pâtre jusqu'au roi, du roi jusqu'au Saint-Père,
L'intérêt parle haut , et l'homme aime à se taire.
C'était un plaisant moine, un vénérable fou ,
Que ce prêtre de Dieu, dégagé du licou.
Qui disait à son prône à grand nombre de bétes :
— «Dieu nous bénisse , enfants ! je suis ce que vous êtes,
Bien faible, et si parfois je fais ce que je hais ,
Faites ce que je dis et non ce que je fais. »
Combien peu d'entre vous ont le cœur sur les lèvres ! Combien peu sont Chrétiens ! Ce sont autant de fièvres , De pestes , de virus , de cancers , de fléaux , Ne laissant à l'État force ni moelle aux os.
Eh! descendez d'un pas l'escarpement du temple ;
VW 36 "^A.
Prenez la bêche en main et préchez-nous d'exen^ple. Le peuple est mécréant: il lui faut des vertus Qui vivent au grand jour , ou bien il n'y croit plus ; Il lui faut du bon sens et bien moins de paroles , Plus d'amis dévoués , moins de maîtres d'écoles. Un esprit ténébreux ne promet rien de bon :
L'obscurité profite au saint comme au fripon.
A JULSJLBJLSJL «JUULfiJL*
<Ni vais- tu?
O Poète, où vas-tu?... Crois-moi, ce n'est point l'heure
De confier aux vents Son repos , tout son bien , son avenir... Demeure *
La mer a ses brisants.
Reste , ami, reste au port! Une ombre, une sainte ombre
M apparut cette nuit :
Regarde! me dit-elle, et dans la nuit si sombre
Je vis... mon cœur frémit...
Reste, ami, reste au port! Ta Julie, elle est bonne :
Elle ne voudrait pas Que tu livres aux vents lamour qu'elle te donne.
C'est vouloir son trépas.
Ton cœur est-il à toi? c'est son bien, c'est sa vie :
Les exposerais-tu
Comme ces vils amours qu on jette à la voirie
Quand le corps est repu?
Que crains-tu qu elle oublie et son bien et sa joie ,
Tout ce qu'elle aime , tout?
Rejette-t-on à Dieu les biens qu^il nous envoie?
Traîne-t-on dans l'égout Sa vie éclose à peine, enivrée i, embaumée
D'amour et de bonheur ?
Non , reste!... ton amante est digne d*étre aimée .-
Son amour, c est son cœur.
Le cœur n est point changeant, et ce qu*il aime, il laime
Pour une éternité.
Il n a jamais connu que Tamour de soi-même.
Dans son impureté.
Celui qui change aussi comme larbre de feuille
Chaque nouveau printemps. Le myrthe est toujours vert , aucun vent ne TefFeuille ;
Les amours sont constants.
Ou bien, t'en irais-tu, dédaignant la tempête.
Fatale aux plus beaux noms , T'en irais-tu mourir comme vint ce poëte ,
Gilbert, que nous pleurons?
— Oui, je suis mon destin, comme aussi ce poëte,
Gilbert, que nous pleurons...
N'est-ce pas qu'il mourut de faim et de misère?..
O Poète, où vas-tu?... N'afflige pas ta mère.
Oh ! ne l'afflige pas !..
La décevance, ami, c'est une coupe amère.
Est-ce quand on est las Des longueurs du chemin , bien las , est-ce être sage
De dire à ses amis Adieu? de prendre en main son bâton de voyage :
Est-ce être sage, dis?
Tes pas sont chancelants , tu trembles de vieillesse ,
Tu te meurs, tu t'en vas.
C'est le soir de tes ans. La virile jeunesse ,
Morte , ne revient pas.
Que vas-tu faire au loin, délaissé, sans refuge
Où reposer la nuit, Sans ami que ton chien , sans justice qu'un juge
Qui te déchire et fuit?
Que vas-tu faire au loin ? Dormiras-tu tranquille
Sous le porche de Dieu , A l'air froid, sur la dalle, en prière stérile^
Seul, sans un peu de feu?