Mitzraim nom hébreu de VÉgjple
.1.01118 nasasts 199
faafts, eldoiU nous sonxroesinainieoaxit altérés., vieillards malades que jukus jsommes, --^ oà eaule <selle eau vivifiante ? JNotts vChe^njtiQns^ .nous «her*
Hélas 1 il lattdral>ieada temps encore avanL^pe iHMis ayons trouvé cegrand remède; jusque-là, une longue ipédode de douleur se traineia .lentement eneosevettouleei^Ge doebarlatotts viendront avec <le petits remèdes domestiques qui ne feront qu!ag* graier le mal* Laa radicuu viendront d'abord, et preserixottt une euie radicale qui n'agira en définitive qu'à reiléiieur^ et guérira tout au plus L'esr carre sociale^ mais non ia .gangrène intérieure. ParviendfAievt-ils même à délivrer pour un peu de tempft de ses^plus cruds teurmentsrbttmanité sou^ finoUe, eeki n'aurait lieu qu'aux dépens des dei^ Bières ^aees de heauié qui sont restées jusqu'ici au patient; laid comme un philistin guéri, il se lèvera dBrSon Ut malade, et il devra [passer le reste de sie» jours danason vilain eostume d'bôpitaL, le costume gsÎB de eeodre de TégaUté. Tout^ les joies d'autrefois toute douceur, .tout jpat fum de fleur, toute
poésie, tout cela auraélé extrait de la vi&, et il n'en lestera rien que la soupe à la Rumford des militai- .
res. — Il n'y aura point de place pour la beauté et le génie dans la république de nos nouveaux puritains, et Tune et l'autre seront flétris et supprimés, bien plus tristement encore que sous l'ancien régime ; car la beauté et le génie sont encore une espèce de royauté, et ne peuvent avoir place dans une société où chacun, dans le sentiment pénible de sa propre médiocrité, cherche à rabaisser au niveau banal tout don supérieur.
Les rois s'en vont, et avec eux les derniers poètes. c Le poète doit aller avec le roi ; » —^ ces paroles, aujourd'hui, devraient recevoir un tout autre sens. Sans foi d'autorité, aucun grand poète ne peut surgir. Du moment que sa vie privée doit être éclairée par l'impossible lumière de la presse, et que la critique du jour épluche et dissèque ses paroles, le chant du poète ne peut plus obtenir le respect qui lui appartient. Lorsque Dante passait dans les rues ' de Vérone, le peuple le montrait du doigt et chuchotait : « Voilà celui qui a été dans l'enfer ! » Aurait-il pu sans cela si fidèlement le décrire avec toutes ses tortures ? Combien plus profondément j devaient agir, avec cette foi respectueuse, les récits * de Francesca de Rimini, d'Ugolin^ et de toutes ces
LOUIS BOERNB SOI
figures souffrantes sorties de Tesprit du grand poëte!...
Non, elles ne sont pas seulement sorties de son esprit, il ne les a pas inventées, il les a vécues, il les a senties, il les a vues, touchées, il a été réellement dans Tenfer, dans la cité des maudits... il a été dans Texil !
La rude civilisation ouvrière des puritains s*étend déjà sur toute l'Europe, comme un pâle crépuscule, avant-coureur d'un hiver glacial... Que veulent dire les pauvres rossignols qui tout à coup font entendre, dans la forêt allemande des poëtes, leurs sanglots mélodieux, plus douloureux mais aussi plus doux que jamais? Ils chantent un mélancolique adieu 1 Les dernières nymphes que le christianisme avait épargnées dans les halliers les plus sauvages, dans quel triste état les ai-je vues là, la nuit dernière!...
Gomme si les amertumes de la réalité n'étaient pas suffisamment pénibles^ de méchantes visions nocturnes me tourmentent encore... Les songes me montrent dans de dures images la grande infortune que je voudrais me dissimuler à moi-même, et que
lot SATIRES Tf POmtRÀITS
f ose à peine retracer dans la langœ positrr^ lijat grand jour.
le rêvais la deroAn naît dfoae grande, tt/tèt sinistre dans une triste nuit d'aaiioniiie. Dans: cette i6rét^ parmi des arbres haut» comme le^iel^ appa^ raissaîBDt çàet là deacbairiàm,^ snûa e]i^iesHi'u& pâle brouillard de fantômes. Çà et là^ ati nûlî^i de ce brouillard épais, apparaissais un feu tranquille. En m' approchant d'un de ces feux de forêt, j'aper* çus toute sorte d'ombres obscures qui se mouvaient en cercle autour des flammes; mais ce ne fut qu^arrivé près d'elles que je pus reconnaître exactement ces figures élancées, et leurs doux visages mélancoliques. C'étaient de belles figures de femmes nues, semblables aux nymphes que nous voyons dans les voluptueux tableaux de Jules Romain, et qui, dans toute la fleur de leur opulente jeunesse, s'étendent gracieusement et s'égayent sous le vert feuillage de l'été... Hélas I ce n'était pas un si riant spectacle qui s'offrait ici à mon regard t Les femmes de mon rêve, bien que parées toujours du charme de ^éte^ nelle jeunesse, portaient cependant sur lieur corps et dans tout leur être les traces d'une secrète décad«ice; les douces proportions de feurs membres
LOVfS BOEBNA tÙ%
a^ient toujours quelque chose d'enehanteur ; mais elles étairatun peu amaigries et cooime frissoir-* nasttes sous le froid du ntalheiirv et même sur leur visage aemblait palpiter une infinie tristesse. Au. lieu d'être coudiëes sur des Iuums degazon, camme* lès nyiuphes de Jules ftomain^ ellesr étaient éton« dues sar la terre duie^wus des chênes à demi dé» pouillés, et, sHi lira des rayons amoureuK duNSoleîi, c'étaient les vapeurs de la nuit humide qui descen-daîent sur elles comme une froide rosée... ParloiS' r^iiie de ces belles se lerait, saisissait un brandoa ek?ftammé, le seecmait sur sa tète comme ua thyrse, et essayait une de ces poses impossibles de dan* smise que nous voyons sur les vases étrusques... Mais, riant tristement, comme vaincue par la fati-^gue et le froid de la nuit^ elle retombait bientôt près du fni pétillant» Une de ces femmes, particulièrement, émut mon cœur d'une compassion près* que voluptueuses C'était une haute figure, les bras^ les jambes, le sein, les joues, bien plus amaigris encore que chez les autres; cequi toutefois^ loin de nqiouss^, attirait plutôt par un charme magique. Je ne sois comment cela se fit, mais, sûns m'en aper-* œiroir, je m'assis à côté d'elle près du feu, occupé^
toi SATIRES ET PORTRAITS
à réchauffer avec mes lèvres brûlantes ses mains et ses pieds frissonnants; je jouais aussi avec ses noires tresses humides qui descendaient sur son profil grec au nez droit, et son sein glacé... Oui, ses cheveux étaient d'un noir presque rayonnant, ainsi que les sourcils qui rejoignaient leurs arcs sombres, ce qui donnait à son regard une singulière expression de sauvagerie languissante. « Quel âge as-tu, malheureuse enfant? » lui dis-je. <k Ne me demandez pas mon âge, répondit-elle avec un sourire à demi douloureux, à demi méchant; quand même je me ferais plus jeune d'un millier d'années, je resterais encore assez vieille I Mais il fait maintenant toujours plus froid et j'ai sommeil, et, si tu veux me prêter tes genoux pour chevet, tu obligeras beaucoup ton obéissante servante... »
Tandis qu'elle était là et dormait sur mes genoux, et parfois dans son sommeil râlait comme une mourante, ses compagnes chuchotaient toute sorte d'entretiens dont je ne comprenais que fort peu de chose, parce qu'elles prononçaient le grec tout autrement que je ne l'avais appris à l'école, et plus tard même chei le vieux Wolf... Je compris seulement qu'elles se plaignaient de la dureté des temps, et
LOUIS BORRNB S05
que, s'attendant à de plus mauvais jours encore, elles voulaient se réfugier plus avant dans la forêt... Alors, tout à coup, dans le lointain, s'éleva une claflieur de rudes voix populacières... Elles criaient je ne sais plus quoi i... En même temps ricanait une petite cloche catholique de matines... Et mes belles femmes de la forêt devinrent visiblement plus pâles et plus maigres encore, jusqu'à ce qu'enfin elles se fondissent complètement dans le brouillard; — et moi-même, bâillant, je m'éveillai.
1. Il y ayait primitivement dans le mannscrit : cUn cri de Toix rudes : < Vive la République! » plus tard corrigé ainsi : « Vive Lamennais I •
Tai à mettre en tête de cet écrit ^ qaeiques remarqua fort peu r^ouissantes, et à m'expliquer bien pli^U sur ce qu'il ne contient pas que sur son contenu lui-même. Quant à ce dernier, je dois dire qu'il ne m'a pas été possible d'y faire entrer la suite des Nuùs florentines^ où se retrouvait Técho de beaur coup de questions du moment. Les Esprits élémentaires ne sont que le remaniement en langue alle-
i. JU Mimwialrar .awt étë d'abord éciil 90» jMiôr di préface aa troisième volnme du Salon; mais, TimprinuUur ayant été refusé à ce volume, Heine fut contraint de publier à pari le morceau que nous donnons ici.
(iVbte du traducteur,)
SOS SATIRES BT POETRAITS
mande d'un chapitre de mon livre français De r Allemagne ; j'en ai consciencieusement élagué tout ce qui renfermait quelque allusion à la politique et à la religion de l'Ëtat , et il n'est resté après cela qu'une série de contes innocents qui, semblables fiux Nouvelles du Décaméron, pourraient servira nous faire oublier pendant quelques heures la réalité pestilentielle qui nous entoure. C'est moimême qui ai composé le poème à la fin du volume S et je pense qu'il fera beaucoup de plaisir à mes ennemis ; je n'ai rien pu donner de meilleur. En général, le temps des poésies est fini pour moi, il ne m'est véritablement plus possible d'en mettre au jour qui vaillent quelque chose, et les poètereaux souabes, au lieu de me garder rancune, feraient bien mieux de m'admettre fraternellement à leur école... Ce sera là sans doute la fin de la plaisanterie : je viendrai m'asseoir dans l'école des poètes souabes, avec le bourrelet sur la tête, sur le petit banc à la suite des autres, et je chanterai le beau temps, les délices de mai, les giroflées jaunes
i. Le Tannhaeuter, Toir De VAlUmagne, t. II, p. 199. Paris* Michel Lévy frères.
elles pruniers. Je m'étais aperçu depuis longtemps que je ne faisais plus grands progrès dans les vers, et c'est pour cela que je me suis mis à faire de la bonne prose. Mais, comme on ne va pas loin dans la prose, avec le beau temps, le soleil du printemps, les délices de mai, les giroflées jaunes et les pruniers, j'ai dû m'enquérir aussi d'un nouveau sujet pour cette forme nouvelle; c'est ainsi que j'eus la malencontreuse idée de m'occuper d'idées, et je me mis à réfléchir sur la valeur intime des phénomènes, les principes des choses, la destination de l'humanité, les moyens de rendre les gens meilleurs et plus heur ux etc. L'enthousiasme que j'ai éprouvé pour ces sujets m'a permis de les traiter avec facilité, et je pus bientôt exposer mes pensées dans une prose aussi excellente que belle.. Hais, hélas t après être allé si loin dans l'art d'écrire, on me défendit d'écrire davantage. Vous connaissez le décret de la Diète germanique de décembre 1835, par lequel on a mis l'interdit sur toute mon activité d'écrivain. Je pleurai comme un enfant. Je m'étais donné tant de peine avec la langue allemande, avec l'accusatif et le datif, jesavai:
si bien arranger les mots à la suite le<« uns des au
MO SÀXIUS KX POftXRA.ITS
trB&, comme des perles après des perles^ je troavaU d^îi plaisir àci^te occt^ation^^ui abrégeait pour moi les loagxieft soirées d'hiver de Texil, et méme^ (joand J'écrivais eaaUfimand^Je pouvais me figurer qiM J'étais am pajs, prias de ma^màre..» Et maintenant, ¥oUà qu'oa me dé&nd d'écrire! J'avais la cœur très-4endr« lorsque j'adressai à la Diète cette supplique ^ qpe vous, oennaissez aussi, et que plusieurs ont blâmée comme tro|i humble. Tous ceux que je consultai à cette 4>cca6ion étaient d'avis que Je devais Caire du vacarme^ écrire de grands mémoires où je prouverais a qu'il y, avait là une atr teinte au droit de propriété; qu'il faJlait un jugement pour m'interdire l'exploitation de ma propriété, c'est-à-dire de mes capacités d'écri^in ; que la Diète n'était pas une cour de Justice, qu'elle n'avait pas le droit de prononcer des arrêts Juridique^ que Je devais protester, demander des dédommagements ; bref, faire du. bruit. i> Mais je ne ma sentais nullement disposé à tout cela, J'éprouve la plus grande répugnance pour iDute ei^goterie déclama-
I. Voir la Correspanàan^f médite, r. H, p. mF« chel Lévy frères.
l&kteve^Je (oamuài&sftis trop bûn le fond des choae& pour que le» choses mêmes puâsaxt xoT jdu*ites. le affiiaifi pac&îlemeBit que Toxi n'avait ,pas euh iBâms du mionde riutentiûBi de me hksser personaeileiBeBl; j^ savais que la Diéie, n'ayant en vue q/è& l'apaifittuieiit de TAUeinag^, n'agûsait d«i!e-^ ms^Meatm ecartaiua iodividus isolés pie .par préoccttpatifin dn biaa général; Je savais que la delàtàm la phifi «ile était pavvemie à tromper, sur le contenu de mes éccits,, 4|aek)ues .membres de l!il- InsiveassemUée^ iumimes d'£tat pratiques fort peu familiarisés avec mes plus récents ouvrages^ et à iaiiir £ake croise que J'étais le ichef d'une école qui axaU jmié la cniae ûa toutes. le&institulioDft cigales et Bun^ales»*. Et, d;ms ce sentiment, j'écrivis., non fa& nae pxotestetion^ mais une .pétition à la Diàti^ ou, Men kua de mettre en question sa compétence de juge souverain, j'envisageais ce regrettable dé* €xei comme unjugement par contumace, et, m'apjmyantiuar des jpcécédents^ je demandais très4mm- Idement de jponvotr me défendue, devant l'Ulustre assemblée, contsales inculpations dcmt j'étais l'objfA. Je ne^&iaaÛL aucune mention du préjudice apporté à mes iobSrâte pécuniaires ; une certaine pu--
deur ne me le permettait pas. Néanmoîas, beaucoup de nobles cœurs en Allemagne, ainsi que j'en ai pu juger par maints passages des lettres de condoléance que je reçus alors, ont senti des plus profondément ce que j'avais tu. Et, par le fait, s'il est déjà assez triste pour moi, poète allemand, de vivre dans Texil, loin de ma patrie, tout homme qui a un cœur capable de sentir sera doublement attristé en me voyant^ en outre, dépouillé de ma fortune littéraire, de ma pauvre fortune de poète qui pouvait, au moins, me garantir à l'étranger contre le besoin.
Je dis ceci avec tristesse, mais sans mauvaise humeur. Car à qui devrais-je m'en prendre? Ce n'est pas aux princes : un partisan du principe monarchique, un confesseur de la sainteté de la royauté, tel que je me suis montré depuis la révolution de juillet, en dépit des menaçants murmures de mon entourage, ne voudrait pas venir en aide, avec ses griefs particuliers, à un jacobinisme coupable. Ce ne sont pas non plus les conseillers des princes que je puis accuser; je sais de source certaine que beaucoup des plus hauts serviteurs de l'État ont exprimé leurs regrets de la situation exception-
nelle qui m'était faite, et promis qu'il y serait trèsprochainement remédié; oui, je sais même qne, si cela n'a pas eu lieu encore, c'est grâce seulement à la lenteur de l'expédition des affaires^ et peut-être, pendant que j'écris ces lignes, cette mesure favora* ble est-elle promulguée en Allemagne. Quelquesuns de mes adversaires les plus déclarés, parmi les hommes d'État allemands, m'ont fait savoir que la sévérité du décret susmentionné de la Diète ne s'adressait pas à l'écrivain tout entier, mais seulement à l'écrivain politique et religieux, tandis que 'lé poète était parfaitement libre de s'exprimer en poésies, drames , nouvelles ; bref^ dans tous ces beaux jeux de la fantaisie pour lesquels je possède tant de génie... Je pourrais presque croire qu'on voulait me rendre service, et me forcer à ne pas gaspiller mes talents sur des sujets ingrats... Ils étaient fort ingrats, en efPet, et ne m'ont attiré qu'ennuis et persécutions... Grâce à Dieu, les gendarmes m'ont conduit sur un meilleur chemin, et bientôt je serai auprès de vous, enfants de l'école souabe, et, si pendant le voyage je ne gagne pas un rhume, vous vous réjouirez en entendant de quelle douce voix je chanterai avec vous le beau temps,
ta SATIEES JLT ^OAJTBAITS
le solfiil du printemps» les délices de mai, Jes giroflées jaunes et les pruniers.
Que ce livre soit d^à une preuve de mesprogfès rétrogrades. J'esipère^ d'ailleurs, 9ue«a publication ne sera interprétée, ni en haut ni en bas, à mon désavantage. La plus grande partie du manuscrit était, depuis un an d^à, dans les mains de mon libraire; depuis un an et demi,. j'avais traité avec lui de la publication, et il était impossible que cette publication ne se Ht pas.
Une autre fois, je m'expliquerai plus aalong sur cette circonstance, qui n'est pas étrangère à des. sujets auxquels ma plume ne peut pas toucher. La même raison m'empêche de mettre en pleine lumière le tissu de calomnies par lesquelles une délation, inouie jusqu'ici dans les annales de la littérature allemande, est parvenue à dénoncer mes opinions comme dangereuses à FÉtat, et à obtenir contre moi l'interdit en question. On sait comment et de quelle manière cela eut lieu; aussi le dénonciateur, le mouchard littéraire, est-il depuis longtemps l'objet du mépris public,; c'est pur luxe si, après tant de nobles voix irritées, je viens encore prononcer un jugement de déloyauté et d'infamie
LB DÉNONCIATEUR tY5
sur la pitoyable tête de M. Wolfang Menzel, de Stuttgart Jamais la jeunesse allemande n'a fustigé de verges plus spirituelles, et marqué du fer rouge d'un plus brûlant dédain, un plus misérable pécheur. Je le plains véritablement, ce malheureux auquel la nature avait confié un petit talent etCotta un grand journal S et qui a abusé de l'un et dé l'autre d'une manière si dégoûtante et si misérable.
Je ne rechercherai pas si c'est le tïilent ou le journal qui a donné à la voix de M. Menzel assez de portée pour que ses dénonciations pussent agir d'une manière si fâcheuse, et que des hommes d'État affairés, qui lisent plutôt des journaux litté* raires que des livres, Pen aient cru sur parole. Je sais seulement que sa parole devait retentir d'autant plus haut qu'un silence plus inquiet régnait alors en Allemagne... Les chefs du parti du mouvement se tenaient prudemment cois, ou bien étaient assis dans des cellules bien grillées, et attendaient leur jugement, peut-être un arrêt de mort... Tout au pins entendait-on parfois le san-
i. Le Lilteratur bhU, pobiié par la Lbrairie Gocta.
246 ATIEBS ET PORTRAITS
glot d'une mère dont l*enfant avait emporté à la baïonnette le corps de garde des constables à Frano fort, et ne pouvait plus en sortir, crime d'État aussi irréfléchi certainement que digne de punition, et qui justifiait partout les soupçons les plus subtils des gouvernements... H. Menzel avait très-bien pris son temps pour dénoncer cette grande conjuration qui, sous le nom de Jeune Allemagne^ est dirigée contre le trône et Tautel, et qui honore, dans Técri* vain de ces pages, son chef le plus dangereux.
Chose singulière! c'est toujours la religion, et toujours la morale, et toujours le patriotisme, par lesquels tous les mauvais sujets colorent leurs atta* quest Ce. n'est pas dans de vils intérêts privés, par envie d'écrivain, par scrvilisme inné, qu'ils nous attaquent, c'est pour sauver le bon Dieu, les bonnes mœurs et la patrie. H. Menzel, qui, pendant des années, lorsqu'il était lié avec M. Gutzkow, avait vu dans un douloureux silence la religion en danger de mort, s'aperçoit tout à coup que le christianisme est perdu sans ressource s'il ne saisit pas incontinent son épée pour en percer Gutzkow par derrière jusqu'au cœur. Pour sauver le christianisme lui-même, il est vrai qu'il doit agir d'une façon
quelque peu antichrétienne; mais les anges dans le ciel, et les âmes pieuses sur la terre, lui sauront gré des petites calomnies et autres petits expédients domestiques que le but sanctifie.
Si jamais le christianisme devait périr (et puissent les dieux éternels nous préserver de ce malheur !) ce ne serait certainement pas à ses ennemis qu'il faudrait s'en prendre. En tout cas, ce n'est pas M. Menzel, et ses frères, les croisés bavarois, que Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ devra remercier si TÉglise reste debout sur son rocher 1 Si M. Menzel demeurait à Pékin et non pas à Stuttgart, il écrirait peut-être aujourd'hui de longs articles dénonciateurs contre la Jeune Chine, qui comme cela ressort des derniers décrets du gouvernement chinois, semble être une bande de scélérats qui répandent le christianisme par leurs paroles et leurs écrits, et sont déclarés pour cela, par les mandarins du Céleste Empire, les plus dangereux ennemis de Tordre social et do la morale.
Oui, après la religion, c'est la morale dont la ruine fait surtout trembler M. Menzel. Est-il réellement si vertueux, cet impitoyable gardien de la
morale de Suttgart? Je ne veux certes pas refuser à M. Menzel une certaine moralité physique ? Il est difficile de ne pas être moral à Stuttgart. A Paris, c'est déjà plus facile. C'est une chose particulière que le vice. Chacun peut exercer tout seul la vertu, et n'a besoin pour cela de Taide de personne; mais, pour le vice, il faut être deux. M. Menzel^ quand il veut fuir le vice, est toujours soutenu de la façon la plus brillante par son extérieur. J*ai une trop favorable opinion du bon goût du vice pour croire qu'il f&t jamais capable de courir après un Menzel. Le pauvre Goethe n*était pas si heureusement doué et il ne lui fut pas donné de rester toujours vertueux. L'école souabe devrait mettre en tête de son prochain Almanach des Muses le portrait de M. Menzel ; cela serait fort instructif : le public remarquerait tout de suite qu'il n'a pas le moins du monde Tair de Goethe. Et l'on remarquerait, avec plus de surprise encore, que ce héros de la teutomanie^ cet ardent champion du germanisme^ n'a pas du tout Fair d'un Allemand, mais d'un Mongol...
Ceci est désagréable, il est vrai, pour un homme qui se targue constamment de sa nationalité, ne cesse de se déchaîner contre tout ce qui est étrstn-