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ger, et ne vit que parmi des teutomanes qui ne le regardent que comme un utile allié, mais point du tout comme étant vraiment de leur race. Quant à nous qui ne sommes pas des courtiers de race teutqns, nous considérons toute Thumanité comme une grande famille, dont les membres montrent ce qu'ils valent, non pas par la couleur de leur peau et la charpente de leurs os, mais par les insthicts de leur âme et par leurs actions. J'accorderais volontiers à H. Menzel, si cela pouvait lui faire plaisir, qu'il est un descendant sans tache de Teut, voire même un légitime arrière-neveu d'Hermann et de Thusnelda, si seulement son âme, son caractère, ses actes, pouvaient justifier une prétention semblable; mais tout cela contredit précisément son germanisme bien plus sérieusement que soq visage.
La première vertu des Germains est une certaine fidélité, une certaine fidélité généreuse, quelque peu gauche, mais touchante. L'Allemand se battra, même pour la plus mauvaise cause, du moment qu'il a reçu sa paye d'engagement, ou même qu'il a promis dans l'ivresse son concours; il se bat alors en soupirant, mais il se bat; quels que soient les joaurmures de son cœur, il ne peut pourtant se ré-
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soudre à abandonner son drapeau, et il y reste surtout fidèle quand son parti est en danger, ou même enveloppé par des ennemis supérieurs... Passer à l'ennemi n'est conforme ni au caractère allemand, ni au caractère d'aucun peuple... Mais, dans ce cas, agir encore comme un dénonciateur, il n*y a qu'un coquin qui eh soit capable.
l^y a aussi dans la nature germanique une certaine pudeur; jamais l'Allemand 4ie tirera l'épée contre ceux qui sont faibles et désarmés^ et il ne touchera pas l'ennemi lié et garrotté à terre, jusqu'à ce que celui-ci soit dégagé de ses liens, et redevenu libre. Mais c'est contre des femmes que H. Menzel met le plus volontiers flamberge au vent; il les a sabrées par douzaines, les femmes de lettres allemandes, pauvres créatures qui^ pour gagner le pain de leurs enfants, prenaient la plume, et-n'avaient à opposer aux rudes railleries de la publicité que des larmes cachées! Il nous a certainement rendu, à nous autres hommes, un service important en nous délivrant de la concurrence des écrivains féminins ; il est possible même qu'il ait été utile ainsi à' la littérature ; mais je ne voudrais pas avoir gagné mes éperons dans une semblable campagne.
Je n'aurais pas voulu non plus faire tonner mes philippiques contre M. Gutzkow, ce dernier eût-il été même un parricide, pendant qu*il se trouvait en prison, ou devant les tribunaux. Et je suis biel) éloigné pourtant de prétendre à toutes les vertus germaniques, et, moins encore qu'à d'autres, à une certaine loyauté qu'il faut considérer aussi comme un signe particulier de germanisme. J'ai dit en plein visage à beaucoup de fous qu'ils étaient des sages, mais je le faisais par politesse. J'ai injurié bien des sages en les appelant des ânes^ mais je faisais cela par haine. Jamais je ne me suis étudié à l'équivoque, attendant avec anxiété les événements, dans la politique comme dans la vie privée, et jamais un misérable égoïsme ne dictait mes paroles. La politique m'empêche de parler ici de la misérable politique de Menzel en politique. D'ailleurs, la vie publique de M. Menzel est connue à satiété, et chacun sait que sa conduite, comme député wurtembergois, a été aussi hypocrite que ridicule. Je ne dirai rien non plus, ne fût-ce que faute d'espace, de sa vie privée de mauvais sujet. Je ne mentionnerai pas davantage ses jongleries littéraires ; cela serait trop ennuyeux, si je voulais montrer avec détail comment
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M. Menzel, rhonnête homme, cite, des auteurs qu'il critique, de tout autres choses que celles qui sont dans leurs livres ; comment, à la place des expressions originales, il ne donne que des synonymes falsificateurs, etc. Je veux seulement, à cause de sa drôlerie, mentionner cette petite anecdote humoristique, à savoir comment M. Menzel offrit au vieux baron Cotta^ pour la publier, son Histoire de la Littérature allemande» Le manuscrit de ce livre contenait à la fin les louanges les plus vives pour Gotta, ee qui pourtant n'engagea nullement celui-ci à consentir les honoraires demandés. Le défunt baron était pourtant tlatté de se voir une fois loué d'importance, et, lorsque le livre pàtixi chez les frères Frankh, il dit joyeusement à son fils : « Georges, lis ce livre, on y reconnaît mon mérite, j'y suis etifln loué comme il convient. » Mais Georges trouva que toutes les paroles louangeuses avaient disparu du livre, et qu on avait mis à la place les attaques les plus rudes contre son père. Le vieillard était délicieux quand il racontait cette anecdote.
Et il y a encore chez les Germains une vertu que nous ne trouvons pas chez M. Menzel. M. Menzel est lâche. Je ne dis pas cela, Dieu m'en garde, pour
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le rabaisser comme homme ; on peut être un bon citoyen et préférer pourtant la fumée du tabao à celle de la poudre, et éprouver pour des balles de plomb plus de répugnance que pour des boulettes de farine à la souabe ; car ces dernières peuvent peser lourdement sur l'estomac, mais sont pourtant moins indigestes. Et puis le meurtre est un péché^ et le duel même n*est-il pas défendu de la manière la plus positive par la religion, la morale et la philosophie? Mais, quand on fait continuellement des rodomontades de nationalité allemande^ quand on veut se faire passer pour un héros teutomane» encore faut-il être brave et se battre aussitôt qu'ua homme d'honneur, offensé, vous demande satisfao** tion, et risquer sa vie pour la parole qu'on a pro-« Doncée. Les Allemands sont le peuple brave par excellence. D'autres peuples aussi se battent bien, mais leur combattivité a toujours pour auxiliaire certains motifs étrangers. Le Français se bat bien quand beaucoup de spectateurs le regardent faire, ou que quelqu'une de ses marottes favorites, liberté, égalité, gloire, etc., est en jeu. Les Russes se sont fort bien battus contre les Français, parce que leurs généraux leur disaient que ceux d'entre eux qui
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tomberaient sur la terre d'Allemagne ou de France, ressusciteraient immédiatement en Russie; et, pour retourner plus vite à la maison^ ils se précipitaient courageusement sur les baïonnettes françaises ; il n'est pas vrai que le knout et le brandevin aient sufiS alors à les enthousiasmer. Mais les Allemands sont braves sans pensée accessoire, ils se battent pour se battre, comme ils boivent pour boire. Le soldat allemand n'est poussé au combat ni par vanité, ni par soif de gloire, ni par ignorance du péril ; il se met tranquillement à son rang et fait son devoir, froidement, intrépidement, positivement. Je parle ici de la grande masse populaire^ et non pas de l'élite do la nation qui a reçu dans les universités, ces hautes écoles de l'honneur, la culture la plus rafSnée, non toujours dans les sciences, mais d'autant plus souvent dans tout ce qui touche à la dignité de l'homme. J'ai passé près de sept ans pour mes études dans les universités allemandes, et le plaisir de se battre était pour moi un spectacle si habituel, que c'est à peine si je croyais encore à la lâcheté. C'est chez mes compatriotes de Westphalie que j'ai rencontré surtout cette joie de combat, et pourtant ce sont, de nature, les meilleurs
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enfants du monde; mais, au premier malentendu, comme ils n'aiment pas les longs échanges de propos, ils sont enclins à terminer au plus vite le débat par les voies naturelles, et pour ainsi dire amicales, c'est-à-dire par Tépée. C'est pour cela que les Westphaliens ont toujours le plus grand nombre de duels à l'Université. Mais M. Menzel n'est ni Westphalien ni Allemand, c'est un poltron. Lorsqu'il attaqua par les paroles les plus impudentes l'honneur de M. Gutzkow, et vomit contre lui les personnalités les plus calomnieuses, et que l'offensé, selon l'usage de la jeunesse allemande, lui demanda satisfaction, le héros germain eut recours à cette pitoyable défaite que M. Gutzkovsr avait une plume à sa disposition, qu'il pouvait faire imprimer contre lui, Menzel, tout ce qui lui plairait, et qu'il lui donnerait la satisfaction demandée, non pas dans une forêt avec des armes matérielles, mais publiquement, dans le champ clos du journalisme... Et le héros germanique aima mieux clabauder dans sa feuille cancanière, que de se battre comme un homme sur le champ d'honneur.
C'est une chose triste et affligeante, mais vraie^
M. Menzel est lâche. Je le dis avec douleur, mais
des intérêts supérieurs exigent que je le dise publiquement : H. Menzei est lâche. J*en suis convaincu. Si M. Menzei veut me persuader du contraire, je viendrai volontiers à mi-chemin au-devant de lui. Ou bien m*otfrira-t-il aussi de me défendre par la presse, dans des journaux et des brochures, contre les insinuations sur lesquelles il a basé sa dénonciation première, qu'il a répétées dès lors, et que maintenant il va sans doute redoubler plus que jamais? Ce faux-fuyant pouvait être encore de mise contre M. Gutzkow, parce qu'alors le décret de la Diète n'avait pas été promulgué, et que M. Gutzkow, même depuis lors, n'était pas paralysé comme moi par les termes de ce décret. D'ailleurs, dans la polémique de M. Gutzkow, c'étaient les personnalitéà qui l'emportaient, puisqu'il avait à se défendre contre des calomnies priyées, des attaques* à sa personne. Moi, j'aurais davantage à m'occuper des calomnies de mon esprit, de itia manière de penser et de sentir, et je ne pourrais me défendre qu'en exposant sans détour mes vues sur la religion et la morale; ce n'est que par une profession de foi positive que je puis me laver complètement de l'athéisme et de l'immoralité dont on m'accuse» Et
VOUS savez combien est restreint le champ que ma plume peut labourer aujourd'hui.
M. MenzeU en effet, ne m*a point attaqué personnellement, et je n'ai vraiment contre lui aucun grief personnel. Nous étions même autrefois de bons amis, et il m*a fait assez souvent savoir corn-* bien il m'aimait. Il ne m'a jamais reproché d'être un mauvais poêle, et, moi aussi^ je Tai loué. Je met< tais ma joie en lui, et je l'ai vanté dans un journal qui n'a pas survécu longtemps à cet éloge^ J'étais jeune alors, et ma plus grande bouffonnerie cousis* tait à mettre des puces sous un microscope, pour en démontrer aux gens la grandeur. M. Menzel, au contraire, plaçait alors Goethe sous un verre rapetissant, et cela me procurait aussi un plaisit* d'enfant.
Les plaisanteries de M. Menzel ne me déplaisaient pas; il avait alors de l'esprit, et, sâiis posséder une* pensée capitale, une synthèse, il savait combiner et grouper ses saillies avec tant d'adresse, que parfois il pouvait sembler qu'il avait écrit, non
1, Le morceaa auqael Heine fait aUasion, nn jugement but VHUtoire de la Littérature allemande, de W. Menzel, se tronye dans le volume }n(iti|lé J)e tout un peu. Paris, Miciiel Lévj frères.
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pas des bouts de vers en prose^ mais un livre. II avait d'ailleurs réellement bien mérité de notre litté' térature; du matin au soir, il était dans la crotte, le balai en main, et nettoyait les ordures qui s'étaient amassées dans la littérature allemande. Hais ce travail quotidien l'avait rendu lui-même si crasseux et fleurant si mauvais, qu'à la fin on ne pouvait plus supporter son voisinage. Comme un vidangeur qu'on met à la porte quand sa besogne est faite, on met aujourd'hui M. Menzel hors de la littérature. Malheureusement pour lui, cette besogne désinfectante a si complètement pris son temps, que, dans l'intervalle, iljQ'a rien appris du tout. Que doit-il faire maintenant? Ses connaissances antérieures suffisaient à peine aux besoins du moment; son ignorance a
toujours été un objet de moquerie pour ceux qui le connaissaient de près; sa femme seule avait grande opinion de son savoir : aussi ne lui imposait-il pas peu? Le manque de connaissances^ et lo besoin de cacher cette lacune, est peut-être l'origine de la plupart des erreurs et des friponneries de M. Menzel. S'il avait su le grec, il ne lui serait jamais venu à l'esprit de s'attaquer à Goethe. Le latin, par malheur, n'était pas non plus son fait.
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et il lui fallut s*en tenir au germain, et de jour en jour s'accrut son inclination pour les poètes du moyen âge allemand, pour le noble art de la gymnastique, et pour Jacob Boehme, dont le style allemand est fort difficile à comprendre et qu'il voulait publier sous une forme scientifique.
Je ne dis tout ceci que pour bien montrer les germes et origines de sa teutomanie, et non pas pour Toffenser, car, je le répète, ce n'est ni par rancune ni par malveillance que je m'occupe de lui. Si mes paroles sont dures, ce n'est pas ma faute. Il s'agit de faire voir au public ce que c'est au fond que ce héros fanfaron de nationalité, ce gardien du germanisme, qui ne cesse de couvrir les Français d'injures, et a déclaré que nous autres, pauvres écrivains de la Jeune Allemagne, n'étions que des Français et des juifs. Juifs, cela ne signifierait rien ; nous ne cherchons pas l'alliance de la populace, et les gens d'une culture un peu supérieure savent bien que ceux qui sont occupés d'être les adversaires du déisme, ne sauraient avoir aucune sympathie pour la sygnagogue : qui pourrait revenir aux attraits fanés de la mère quand la fille commence à ne plus lui agréer ? Mais qu'on ait voulu
nous représenter coiTime des ennemis de l'Allema* gne, prêts à trahir leur patrie pour la France, c'était là un tour de fripon aussi lâche que perfide.
Il y a peut-être quelques ennemis loyaux des Français dans cette meule de g( ns qui se trompent si misérablement sur notre compte, et nous font un crime de nos sympathies pour la France. D'autres sont de vieux dogues qui aboient toujours comme en Tan 181 3, et dont les jappements témoignent précisément des progrès que nous avons faits. € Le chien aboie, la caravane marche, i» dit le Bédouin. Ils aboient moins par méchanceté que par habitude, comme le vieux chien rogneux de basse-cour qui hurle, furieux^ à chaque nouveau venu, que ce soit ou non un ami de la maison. La pauvre béte profite peut-être de cette occasion pour tirailler sa chaîne, et faire tout ce bruit menaçant sans que le maître du logis puisse se fâcher. Mais la plupart de ces ennemis sont des coquins qui simulent^ à bonne intention, cette haine pour la France, d'impudents, perfides, déloyaux et lâches coquins, qui^ manquant de toutes les vertus du peuple allemand, se parent de ses défauts pour se donner l'apparence du patriotisme, et, sous ce costume, diffamer impunément
les vrais amis de la patrie. C'est un jeu doublement faux. Les souvenirs de Tempire napoléonien ne sont pas complètement éteints dans notre pays; on n'y a pas encore tout à fait oublié avec quelle rudesse.les hommes furent traités alors parles Français, et avec quelle tendresse les femmes, et, pour la foule^ haïr les Français est toujours la môme chose qu'aimer la patrie; en exploitant habilement cette haine on est sûr au moins d'avoir pour soi la populace, quand on se met en campagne contre de jeunes écrivains qui cherchent à ménager entre la France et l'Allemagne une alliance d'amitié. Cette haine, sans doute, a été un jour utile à TÉtat, quand il s'agissait de repousser la domination étrangère; mais, aujourd'hui, le danger n'est plus du côié de l'ouest; la France ne menace plus notre indépendance, les Français d'aujourd'hui ne sont plus les Français d'hier, leur caractère môme est changé : à la place d'un léger esprit de conquête est survenu un sérieux mélancolique> quasi allemand; ils font alliance avec nous dans le domaine de l'esprit, tan* dis que^ daiis celui de la matière, leurs intérêts se ramifient tous les jours plus étroitement avec les nôtres. La France est maintenant notre alliée natu-
relie. Celui qui ne s en aperçoit pas est un imbécile ; celui qui s'en aperçoit, et agit à rencontre, est un traître.
Hais qu'avait donc à perdre un Menzel à la ruire de rAUemagne? Une patrie aimée? Mais, là où il y a un bâton, là est la patrie de Tesclave. Une gloire immortelle ? Mais cette gloire s'éteindra à l'heure même où doit expirer le contrat qui lui assure la rédaction de la Feuille littéraire de Stuttgart. Que le baron Cotta fasse sonner une petite somme d'argent comme dédommagement stipulé, l'immortalité de Menzel finira dès aujourd'hui. Ou bien aurait-il quelque chose à craindre pour sa personne ? Juste ciel I Quand les hordes mongoles arriveront à Stuttgart, M. Menzel n'a qu'à faire demander à la garderobe du théâtre un costume d'Amour, s'armer de l'arc et de la flèche, les Baskirs, aussitôt qu'ils verront son visage, s'écrieront joyeusement : a Voilà notre frère! j»
J'ai dit que, chez nos teutomanes, la haine affichée pour les Français était un jeu doublement faux. Leur premier but est d'obtenir ainsi une popularité qui s'acquiert à très-bon marché^ puisqu'on n'a à redouter par là ni de perdre une place, ni de
perdre la liberté. Tonner contre les puissances do son propre pays est' déjà chose plus grave. Mais, pour se faire valoir commedes tribuns du peuple, il faut que nos teutomanes risquent parfois un mot de liberté contre les gouvernements allemands, et, dans l'imprudente lâcheté de leur cœur, ils se figurent que les gouvernements leur pardonnent volontiers à l'occasion un brin de démagogie, pourvu qu'ils prêchent, en échange, avec d'autant plus do persévérance, la haine aux Français. Ils ne devinent pas que nos princes maintenant ne craignent plus la France, qu'ils n'ont plus besoin, comme moyen de défense, des haines nationales, et qu'ils envisagent le roi des Français comme l'appui le plus sûr du principe monarchique.
Celui qui a jamais connu les froides et humides journées et les longues nuits de l'exil, celui qui a monté et descendu «( le dur escalier de l'étranger^ & celui-là coïnprendra pourquoi je repousse les accusations qui s'adressent à mon patriotisme, avec plus d'indignation que toutes les autres calomnies qui, depuis des années, se sont attachées à moi ca si grand nombre, et que je supporte. avec patience et orgueil. Je dis avec orgueil, car il pouvait ainsi
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me venir à l'esprit celte fière pensée que f appartiens, moi aussi, à celte troupe des élus de la gloire dont le souvenir subsiste dans l'humanité, et qui partout ont laissé sur la terre^ auprès des traces lumineuses et saintes de leurs pas, les ombres fangeuses de la calomnie.
Ce n'est pas moi non plus, ce sont mes écrits^ que je voudrais aussi défendre contre l'inculpation d'athéisme et d'immoralité* Mais je ne pourrais le faire que s'il m'était permis de développer du haut; d'une synthèse mes vues sur la morale et la religion. Il est à espérer, pourtant, comme je l'ai dit déjà, que cela me sera bientôt accordé. En attendant, je ne me permets qu'une remarque en ma fa* veur. Les deux ouvrages qui devaient précisément témoigner contre moi comme corpora delicti^ et où l'on prétend découvrir les tendances coupables dont on m'accuse, ne sont point imprimés tels que je les ai écrits, mais ont été mutilés de telle sorte par des mains étrangères, que^ dans un autre temps, et si je n'avais eu à craindre aucun malentendu, j'en aurais décliné la paternité. Je parle de la seconde partie du Salon^ et de l^ École romantique. Grâce aux innombrables et larges suppressions qui
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y ont été faites, la tendance originelle de ces deux livres a complètement disparu, et une tendance toute différente y a été introduite. Je ne dis pas en quoi consistait cette direction primitive; tout ce que je puis dire, c'est qu'elle n'avait rien d'antipa* triotique. Les passages supprimés dans la seconde partie du Salon renfermaient en particulier un plus éclatant témoignage à la grandeur 4u peuple allemand que tout le patriotisme forcé de nos teutoimanes n'en a jamais mis au jour; chacun trouvera ' dans l'édition française de cet écrit, dans le livre De FA Uemagne^ la confirmation de ceque j'avance. L'édition française des livres incriminés prouvera aussi à tous que les tendances de ces écrits n'étaient pas dans le domaine de la religion et de la morale. Beaucoup de personnes m'accusent, au contraire, d'indifférence relativement à tous les systèmes religieux et moraux, et croient que toute doctrine est la bienvenue pour moi, du moment qu'elle se montre propre à favoriser le bien>étre des peuples de l'Europe, ou tout au moins à leur servir d'arme pour le conquérir. Mais on me fait tort. Je ne voudrais jamais combattre avec le mepsonge pour la vérité.
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Qu'est-ce que la vérité ? a Apportez-moi le bassin à laver les mains, ]» dirait Ponce-Pilate.
J'ai écrit ces feuilles dans une singulière disposition d'esprit. Tout en écrivant, je pensais plus à l'Allemagne qu'au public allemand, et mes pensées erraient autour de plus chers objets que ceux dont s'occupait ma plume... Oui, je finis par perdre toute çnvie d'écrire, je m'approchai de la fenêtre et considérai les blancs nuages qui, comme un cortège funèbre, traversaient le ciel nocturne. Un de ces mélancoliques nuages me semble si bien connu, et je voudrais tant me souvenir où et quand j'ai vu déjà une fois ces mêmes formes aériennes ! je me rappelle enfin que c'était dans le nord de l'Allemagne, il y a six ans, peu après la révolution de juillet, dans cette douloureuse soirée où je pris congé pour toujours du plus fidèle compagnon d^armes, de l'ami le plus désintéressé de Thumanité. Il savait bien la triste destinée qui nous attendait Tun et l'autre. En me serrant la main pour la dernière fois, il leva les yeux vers le ciel^ regarda longtemps ce même nuage dont le mélancolique aspect m'attriste à cette heure et me dit d'un ton douloureux : « II n'y a que les natures mauvaises et
vulgaires qui Irouvent leur profit dans une révolution. Dans le cas le plus fâcheux, si elle échoue, ils savent pourtant toujours se tirer à temps d'affaire. Mais que la révolution réussisse ou manque, les hommes d'un grand cœur seront toujours ses victimes. ]»
A ceux qui souffrent dans la patrie, adieu t
Écrit à Paris le 24Janvicr 1834.
Depuis queJ(|ues mois, j'ai parcouru en tout sens la portion prussienne de la Pologne ; je ne suis pas allé bien loin dans la partie russe, et pas du tout dans la Pologne autrichienne. Qu^nt aux l^ommes, j'ai appris à en connaître be^ucoup^ et de toutes )es parties du pays. La plupart, il est vrai, étaient des gentilshommes, et même des plus haut placés. Mais, si mon corps ne se mouvait que dans les cercles de la haute société, dans la banlieue des châteaux^ mon esprit errait souvent dans les huttes du bas peuple. Vous avez là le poipt de vi;e pour l'appréciation di3 mon jugement sur le pays.
SiO SATIftBS BT POITIAITS
Je n'ai rien de ravissant à vous dire sur l'extérieur du pays. Nulle part des groupes de rochers pittoresques, des cascades romantiques, des bocages à rossignols, etc. ; il n'y a ici que de vastes étendues plates de terre cultivée, bonne presque partout, et d'épaisses et tristes forêts de sapins. La Pologne ne vit que de l'agriculture et de l'élève du bétail; presque pas traces de fabriques et d'industrie. Les villages polonais offrent le plus lamentable aspect : des étables basses, construites en terre^ couvertes de lattes minces ou de nattes de jonc. Là vit le paysan polonais avec son bétail et le reste de sa famille, heureux d'être en vie, et ne pensant à rien moins qu'aux esthétiques de Berlin. On ne peut nier pourtant que le paysan polonais n'ait souvent plus de sentiment et de bon sens que le paysan allemand en maints pays. J'ai rencontré souvent chez le plus humble Polonais cette saillie originale (non pas l'humeur, la saillie de Târae) qui à chaque occasion jaillit avec une variété de couleurs merveilleuses, et cet enthousiasme sentimental^ cet éclat brillant d'un sentiment ossianique de la nature, dont la passion provoque l'essor aussi involontairement que la rou- '^ur du visage. Le paysan polonais porte encore
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son costume national, une jaquette sans manches qui descend jusqu*au milieu des cuisses, et un sur* tout semé de brandebourgs de couleur claire. Ce surtout, ordinairement vert ou bleu clair, est le modèle grossier des fines polonaises de nos élégants. La tête est couverte d'un petit chapeau rond, bordé de blanc, se terminant en pointe comme un cône tronqué, et orné de rubans bariolés ou de plumes de paon. Ainsi costumé, on voit, le dimanche, le paysan polonais s'acheminer vers la ville pour faire trois choses : d'abord se faire raser, secondement entendre la messe, et troisièmement enfin s'enivrer à mort. On voit ceux que cette triple besogne a rendus certainement fort heureux, étendus tout de leur long dans le ruisseau de la rue, privés de sens, et entourés d'une bandé d'amis qui, mélancoliquement groupés, semblent s'étonner que l'homme ici-bas puisse supporter si peu de chose! Qu'est-ce que l'homme, si trois pintes d'eau-de-vie le mettent à terre? Et pourtant les Polonais se sont élevés dans le boire à une hauteur surhumaine. Le paysan est bien bâti, de forte race, l'air militaire, et a d'ordidinaire les cheveux blonds; la plupart les portent
fort longs. Aussi beaucoup de paysans ont-ils la
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pliqilQ polonaise (wetchselzopp ) y hri agréable m^' ladie dont il est à espérer que nous jouirons un jour, quand la manie des longs cheveux sera plus générale encore dans les pays d'Allemagne. La servilité du paysan polonais envers le noble est révoltante. Il incline sa tête presqu*aux pieds du seigneur, et prononce la formule : « Je baise les pieds.» Celui qui veut voir l'obéissance personnifiée, n'a qu'à regarder un paysan polonais devant son seigneur; il n'y manque que la queue frétillante. A cette vue, je pense involontairement : c Et Dieu créa l'homme à son image I » et je suis pris d'une douleur infinie quand je vois l'homme aussi profopdément humilié devant un autre homme. Ce n'est que devant le roi qu'on doit se courber ; à part ce dernier article, j'adopte complètement le catéchisme des Américains du I^ord. J'avoue que je préfère les arbres de la prairie aux arbres gé« néalogiques, que j'estime beaucoup plus Je droit de l'hpmme que le droit canon, et que je mets à plus haut prix les ordres de la raison que les abstrac*
t. Le nom allemand de cette maladie (weUhsêlzopf) veut dire ^a cadinêiU d$ la Viituîe,
tîons d'historiens myopes; mais, quand vous me demandez si le paysan polonais est malheureux, et si sa position sera meilleure lorsque les serfs d'aujourd'hui seront devenus de libres propriétaires, je menlirais en répondant tout à fait affirmativement. Quand on prend l'idée du bonheur dans son sens relatif, et qu'on remarque que ce n'est pas un malheur, si on en a pris l'habitude dès sa jeunesse, de travailler tout le jour et de manquer 4p ces commodités de la vie que l'on tie connaît mémo pas, il faut convenir que le paysan polonais n'est pas malheureux dans le sens propre du mot; d'autant plus qu'il ne possède absolument rien, et passe sa vie dans cette insouciance qui est envisagée par plusieurs comme le bonheur suprême. Mais il n'y û, aucune ironie de ma part à dire que, dans le cas où Ton ferait, tout à coup, du paysan polonais un propriétaire indépendant, il se trouverait bientôt dans la position la plus incommode du monde, et que sûrement beaucoup d'entré eux tomberaient dans la plus grande misère. Avec son insouciance, devenue maintenant une seconde nature, le paysan administrerait mal sa propriété, et^ si un malheur l'atteignait, il serait absolument perdu. Aujour-
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d*bui, quand la récolte manque, il faut que le seigneur envoie au paysan de son propre blé; ce serait lui qui perdrait, en effet, si le paysan mourait de faim, ou ne pouvait pas semer. Pour la même raison, il faut qu'il lui envoie une nouvelle pièce de bétail, quand le bœuf ou la vache du paysan a péri. Il lui donne du bois en hiver, il lui envoie médecin et médecine quand il est malade lui ou quelqu'un de sa famille; bref, le seigneur est son cura- *
leur perpétuel. Je me suis convaincu que cette tutelle est exercée par la plupart des seigneurs très-consciencieusement et charitablement; et, en général, j'ai trouvé que les nobles traitent leurs paysans avec douceur et bonté ; tout au moins les restes de l'ancienne dureté sont rares. Beaucoup de nobles désirent même Findépendanee des paysans : le plus grand homme que la Pologne ait produit, et dont le souvenir vit encore dans tous les cœurs, Tbaddée Kosciusko, était un ardent partisan de cette émancipation, et les idées d'un favori pénètrent sans qu'on s'en aperçoive dans toutes les âmes. D'ailleurs, l'influence des idées françaises, qui trouvent un plus facile accès en Pologne que partout ailleurs, agit d'une manière incalculable sur la con-
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dilion des paysans. Vous voyez que leur état n'est pas si mauvais, et qu'on peut espérer leur affranchissement graduel. C'est là le but auquel parait tendre le gouvernement prussien par des mesures bien entendues. Puisse cette bienfaisante lenteur réussir! Elle est plus sûre, et pour le moment plus utile, qu'une précipitation avide de bouleversements. Mais celle-ci est bonne parfois, quoi qu'on en dise.
En Pologne, entre le paysan et le seigneur se trouvent les juifs. Ceux- ci forment presque plus du quart de la population, font tous les métiers, et peuvent à bon droit être nommés le tiers état de la Pologne. Nos faiseurs de statistiques, qui appliquent à-toutes choses la mesure allemande ou française, disent donc à tort que la Pologne n'a point de tiers étal, parce qu'en Pologne cette classe est fiéparée des autres d'une manière plus tranchée, parce que ses membres trouvent leur plaisir aux malentendus de l'Ancien Testament, et qu'ils sont encore fort éloignés extérieurement de cet idéal du bourgeois sentimental^ tel qu'on le voit si joliment représenté, dans son plus beau costume du dimanche, sous la figure d'un philistin de ville impériale,
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dans quelque Almanach des Dames de Nuremberg. Vous voyez donc que les juifs en Pologne, par leur position et leur nombre, sont d*une plus grande importance, au point de vue de Téconomiede TÉtat^ que chez nous, et que, pour en bien parler, il faut autre chose que la profondeur sentimentale des romanciers de cabinets de lecture du nord de TAUemagne, ou la profondeur philosophique des spi* rituels garçons de boutique de TAllemagne du Siid. On m'a dit que les juifs du grand-duché de Posen étaient très-inférieurs en civilisation aul juifs autrichiens d'Autriche; aussi je ne dirai rien de positif sur les juifs polonais en géfaéral, etje préfère vous renvoyer à l'écrit de David Friedlânder, les Israélites dans le royaume de Pologne ijèetlin^ 1819). Depuis la publication de ce livre, écrit avec une impartialité et une philosophie rares (qui va jusqu'à méconnaître injustement les mérites et la valeur morale des rabbins), l'état des juifs polonais ne s'est vraisemblablement guère modifié. Dans le grand-duché , comme encore aujourd'hui dans le reste de la Pologne, c'étaient eux seuls qui s'adonnaient à tous les métiers ; on voit maintenant arriver beaucoup d'artisans allemands, et les paysans
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polonais eux-mêmes semblent prendre plus de goût aux travaux de ce genre. Mais il est curieux que le Polonais devienne d'ordinaire cordonnier, ou brasseur de bière, ou distillateur de brandevin. Dans lin faubourg de Posen (la Walischei), j'ai vu des enseignes de savetier sur la moitié des maisons, et je pensais à la ville de Ërarlford, dans le Messier de Wakefield de Shakspeare. Les juifs qui ne se font pas baptiser n'obtiennent aucun emploi civil dans la Prusse polonaise; par contre, dans la Pologne russe, on a trouvé opportun d'admettre les juifs à tous les emplois de l'État. Du reste, l'arsenic des mines de ce pays n'a pas encore été sublimé en une philosophie ultra-pieuse, et les loups des forêts de la vief lie Pologne ne sont pas encore dressés à hurler des citations historiques.
Il serait à désirer que notre gouvernement cherchât, par des moyens bien entendus, à inspirer aux juifs du grand-duché plus d'amour pour l'agriculture, car il ne doit s'y trouver que fort peu de cultivateurs juifs. Ils sont nombreux, au contraire, dans la Pologne russe. La répugnance des juifs polonais pour la charrue vient sans doute de ce qu'ils ont vu autrefois le paysan serf dans un état eitérieure-
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ment si triste. Que la classe des paysans sorte de son abaissement, et les juifs saisiront les cornes de la charrue. — A peu d'exceptions près, toutes les auberges de Pologne sont dans les mains des juifs, et leurs nombreuses distilleries de brandevin font beaucoup de mal au pays, en favorisant l'ivrognerie parmi les paysans. Hais j'ai déjà dit plus haut que la consommation du brandevin était un des éléments de .leur bonheur. — Chaque seigneur a, au village ou à la ville, un juif qu'il appelle facteur, et qui exécute toutes ses commissions, ses achats et ses- ventes, prend pour lui des informations, etc., institution singulièi*e qui montre combien les nobles polonais aiment leurs aises. L'extérieur du juif polonais est efifrayant. Je frissonne en pensant au premier village polonais que j'ai vu près de Meseritz, et qui est presque entièrement habité par des juifs. La feuille hebdomadaire de W — ck, même préparée en soupe, n'aurait pu me soulever le cœur comme ces sales figures en guenilles; et les discours emphatiques d'un élève de troisième, enthousiaste de la gymnastique et de la patrie, n'au* rait pas martyrisé aussi affreusement mes oreilles que le jargon des juifs polonais. Toutefois, ce dé-
goût se changea bientôt en pitié quand je vis de plus près rétat de ces gens, les trous en forme d'étable à porcs où ils demeurent, piaillent, prient, trafiquent et... souiFrent. Leur langue est un allemand croisé d*hébreu, et façonné à la polonaise. Ils ont émigré d'Allemagne en Pologne, dans des temps très-anciens, à cause des persécutions religieuses; car les Polonais, en cas semblables, se sont toujours distingués par leur tolérance. Lors« que les dévots conseillaient à un roi de Pologne de ramener par la force les protestants polonais au catholicisme, il répondit : Snm rex populorum, sed non conscientiarum. — Les juifs apportèrent les premiers en Pologne l'industrie et le commerce, et furent favorisés, sous Casimir le Grand, par des privilèges considérables. Ils semblent avoir été beaucoup plus rapprochés de la noblesse que des paysans; car, d'après une ancienne loi, le juif qui passait au christianisme était, eo ipso^ élevé à la noblesse. Je ne sais si cette loi est tombée en désuétude, et lequel des deux a réellement perdu de sa valeur. — Dans ces temps anciens, les juifs, par leur civilisation et leur culture d*esprit, étaient fort élevés au-dessus du noble, qui ne s'occupait
d'autre chose que l'art grossier de la guerre, et n'avait pas encore le vernis français. Us étudiaient au moins toujours leurs livres de science et de religion hébraïques, pour Tamour desquels ils avaient quitté leur patrie et une vie plus facile. Hais ils n'ont évidemment pas marché avec la culture européenne, et leur spiritualisme a dégénéfë en une triste superstition à laquelle des subtilités scolastiques ont donné mille formes bizarres. Toutefois., malgré le baroare bonnet de fourrure qui couvre sa tête, et les idées plus barbares encore qui la remplissent, j'estime beaucoup plus le juif polonais que tant de juifs allemands qtli portent un chapeau bolivar sur la tête et leur Jean-Paul au dedans. Dans son isolement complet, le caractère du juif polonais est devenu un tout; dans une atmosphère tolérante, ce caractère a reçu l'empreinte de la liberté. L'homme intérieur n'est pas devenu uu mélange confus de sentiments hétérogènes, et ne «'est pas gâté dans la contrainte des murs du ghetto de Francfort, des très-sages ordonnances de police, et des charitables lois d'exception. Le juif polonais,
avec sa pelisse sale, sa barbe bien habitée, son ^deur d'ail, et son jargon israélite, me plaît encore