PIS I.A POLOGNE
plus quQ 4'autres dans toute la splendeur de leura titres de rente sur l'Ëtat.
Comme je Tai remarqué plus haut, ne vous at* tendez dans cette lettre à aucune description Hq scènes ravissante^ de la nature, d'œuyres d'art splendides, etc.; il n'y a que les hommes, et particulièrement les plus nobles de l'espèce, c'est-à-diri^ les gentilshommes, qui méritent en Pologne l'attention du voyageur. Et vraim^pt il me semble que, lorsqu'on voit un vigoureux gentilhomme polonais, un vrai noble, et une belle Polonaise, dans leur véritable éclat, il y 9 là quelque chose qui charme l'âme au moins autant que ^aspect d'un château romantique sur un rocher, pu d*iine Vé^us do Uédicis en marbris. Je vous donnerais volontiers une description du caractère des nobles polonais, et cela ferai* une très-précieuse mosaïque d'adjectifs ; hospitalier^ fier, brave, souple, faux (cette petite pierre jaune ne peut pas manquer), irritable, enthou- §iaste, joueur, généreux et arrogant. Mais j'ai trop souvent déclamé moi-même contre les écrivailleurs de brochures qui, après avoir vu sautiller un maître de danse parisien, se mettent à improviser le portrait d'un peuple, --* ^t^ quan4 ils ont vu bâiller
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un gros négociant en coton, de Liverpool, en font autant : — ces caractéristiques générales sont la source de tout mal. Il faut plus d'une vie d'homme pour saisir le caractère d'un seul individu, et une nation se compose de millions d'individus. Ce n'est qu'en considérant l'histoire d'un homme, l'histoire de son éducation et de sa vie, qu'il nous est possible de comprendre les traits essentiels de son caractère. Dans des classes entières, dont les membres
prennent, par l'éducation et la vie, une même direction, quelques traits saillants doivent cependant se faire remarquer, c'est ce qui a lieu chez les nobles polonais, et ce n'est qu'à ce point de vue qu'on peut dire quelque chose de général sur leur caractère. L'éducation même est^ partout et toujours, déterminée par les conditions de lieu et de temps, par le sol et par l'histoire politique. En Pologne, c'est encore plus le cas que partout ailleurs. La Pologne est située entre la Russie et... la France. Je ne parle pas de l'Allemagne, parce qu'un grand nombre de Polonais la considéraient injuste* ment comme un large marais par-dessus lequel il fallait vite sauter pour arriver dans la terre promise où les mœurs et les parfumeries se fabriquent
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avec le plus de finesse. La Pologne fut aussi exposée aux influences les plus hétérogènes, la barbarie pénétrant dé Test par les contacts hostiles avec la Russie, et une civilisation rafSnée à l'excès venant de Fotiest par le contact sympathique de la France : de là ce singulier mélange de culture et de barbarie dans le caractère et la vie domestique des Polonais. Je ne dis pas précisément que toute la barbarie est venue de Test; on en avait dans le pays même une provision suffisante; mais, dans les derniers temps, cette invasion est fort visible. La vie à la campagne exerce une influence considérable sur le caractère des nobles polonais. Un petit nombre d'entre eux seulement sont élevés dans les villes; la plupart des jeunes garçons restent dans les terres de leurs parents jusqu'à ce que leur éducation soit faite, et que les soins peu laborieux d'un gouverneur, ou une fréquentation peu longue de l'école, ou simplement la bonne nature^ les aient mis en état de prendre du 'service, ou d'aller à l'Université, ou de recevoir, de cette Lutèce qui lèche les ours, le dernier poli et la consécration définiuve d'une éducation distinguée. Comme tous
n'ont pas les mêmes moyens à leur disposition^ il
va sans dire qu'il fai^t (aire une distinction entre les gentilshommes p^uvres^^ les nobles riches^ et les magnats. Les. premiers vivent SQuyent très-misérablement^ presque çQ^ime le ps^yss^n, et n'ont pa^ de prétentions à la culture de l'esprit. Quant aux gentilshonanies riches et aux magnats, la différence entre eux n'est pas saillapte, et parfois échappe presque entièrement aux étrangers. En soi. Indignité d'un noble polonais {civi$ polonais) est de la même étendue pour le plus psiuvre que pour le plus riche. Al^is Tid^e d'une dignité supérieure s'est attachée au pom de certaines fa^pilles, qui se sont distinguées de tout temps parl'éteafiue d^ leurs propriétés, ou par les seryices rendus à l'État, et ou les distingue çomuiujiémept sous le nom de magnats* Les Czartoryski, jes Radziwil^ les Zoïnoyski, les Sapieha, les Pqniî^towski, lesPotoçki, etc., spnt cqusidérés, il est yrai^ commue de simples nobles polo^ nais, ?^ussi Wen que tel pauvre gentilhomme qiU tient peut-être les cornes de sa charrue; toutefois, cf« fçic(o^ dencmimy ils forment la haute noblesse. Leur considération est même plus fortement établie que celle de la haute noblesse allemande, parce qu'ils se sont donné eux-mêmes leur dignité, et qiie ce n'est
t>B tA POiOGNtS ^^
pas seulement quelque vieille demoiselle su roîde corsage, mais le peuple tout entier qui porte dans sa tête leur arbre généalogique. On rencontre rare* ment aujourd'hui la dénomination de siaroste, qui 6§t devenqei d'ailleurs, un simple titre. Le nom de cotnte est aussi un simple titre chez les Polonais, et il n'y a eu qu'un petit nombre de ces titres distribués par la Prusse et l'Autriche. Quant à l'orgueil nobiliaire, les Polonais ne le connaissent pas, et il n'existe que dans les pays où s'élève une bourgeoisie puissante, ayant ses aspirations et ses prétentions à elle. Ce n'est que lorsque le paysan polonais pourra acheter des terres, et que le juif polonais ne se montrera plus aussi prévenant pour le gentilhomme, que l'orgueil nobiliaire pourra se développer chez ce dernier, et ce fait témoignerait d'un progrès dans Tétat du pays. Comme ici les juifs sont plus haut placés que les paysans, ce sont eux d'abord qui entreront en collision avec cet orgueil nobiliaire, qui prendra certainement alors un nom plus religieux.
Ce caractère particulier de la noblesse polonaise^
que je viens d'indiquer en passant, a contribué surtout, comme (m peut penser, à la forme singulière
ment étrange qu'a prise Thistoire politique delà Pologne; et les influences historiques sur l'éducation des Polonais, et par suite sur leur caractère national, ont été peut-être plus importantes encore que celle du sol. L'idée d'égalité a développé chez les nobles polonais cet orgueil national qui nous étonne souvent par sa grandeur, qui souvent aussi nous blesse par son dédain pour les Allemands, et qui contraste si fort avec la modeste réserve qu'enseigne le knout. C'est cette égalité qui donna naissance à l'ambition grandiose que l'on voit animer les plus petits comme les plus grands, et qui aspira souvent au faîte de la puissance, parce que la Pologne fut, la plupart du temps, un empire électif. Régner, c'était là le fruit exquis que tout Polonais aurait voulu cueillir. Ce n'est point par les armes de l'esprit, qui ne conduisent que lentement au but, qu'il voulait s'en emparer; c'est par un coup d'épée hardi qu'il comptait l'abattre, pour le savourer hâtivement. De là chez les Polonais cette préférence pour l'état militaire, où les entraînait leur caractère vif et disputeur; delà chez eux tant de bons soldats et généraux, mais si peu d'hommes d'État, et moins encore de savants parvenus à la réputation. Le pa-
triotisme est chez les Polonais le grand sentiment qui absorbe tous les autres, comme l'Océan les fleuves. Un Français, qui ne pouvait comprendre cet amour du pays, disait un jour en secouant finement la tête et contemplant les plaines marécageuses dé la Pologne : « Et voilà ce que ces gens appellent une patrie! )» Mais ce n'est pas du sol même, c'est des luttes pour son indépendance, des souvenirs historiques, et du malheur, que ce patriotisme est né chez les Polonais. Il brûle aujourd'hui aussi ardemment, peut-être plus ardemment encore qu'aux jours de Kosciusko. C'est presque jusqu'au ridicule que les Polonais honorent tout ce qui est patriotique. Comme un mourant qui se débat contre la mort, leur âme se révolte et se soulève contre l'idée de l'anéantissement de leur nationalité. Ces mouvements convulsifs du peuple polonais à l'agonie ont quelque chose d'effrayant... Mais tous les peuples de l'Europe et du monde devront traverser cette agonie, afin que la vie sorte de la mort, et qu'à la nationalité païenne succède la fraternité chrétienne. Je n'entends point par là l'abandon de ces belles particularités dans lesquelles se complaît surtout l'amour, mais cette confédération frater-
t5S SAtlIttS Bt ^éBtftAITS
nelle et universelle des peuples, ee christianistoie primitif auquel, nous autres Allemands, nous aspirons surtout, et qui ont le mieux fnspiré les plus nobles de nos écrivains, Lessing, Herder, Schiller, etc. Les nobles polonais, aussi bien que nousmêmes, en sont fort éloignés encore. Une grande partie d'entre eux vivent dans les formes du catholicisme, sans comprendre malheureusement Tesprit qui les anime, et leur transition actuelle à des formes humanitaires ; une portioii plus grande encore se rallie à la philosoplie française. Je ne veux assurément pas médire de celle-ci; il y a des heures où je la vénère, et beaucoup ; je suis moimémo en quelque manière un de ses filS; Mais je crois pourtant qu'il lui manque la chose essentielle ^ l'amour. Là où ne brille pas cette étoile, c'est la ntiit, quand même toutes les lumières de l'Encyclopédie feraient jaillir leurs plus brillants feUx d'arti- Hcé. — Si le mot de patrie est le premier mot du Polonais, celui de liberté est le second. Une belle parole, la plus belle assurément après celle d'amour. Mais c'est aussi avec celle d'amour, la plus ^ comprise, et celle qui sert à désigner les choses us contradictoires. C'est ici le cas. La liberté
de la plupart des Polonais li'ést pas la liberté divine, celle de Washington; un petit nombre seulement, des hommes comme Kosciusko, ont compris celle-ci et cherché à la répandre. Beaucoup sans doute parlent avec enthousiasme de cette liberté, mais ils iie foiit rien pour émanciper leurs paysans. Le mot dé liberté, qui résonne si beau et si retentissant dans Thistoire polonaise, n'était que la devise de la noblesse, qui cherchait à arracher à la royauté autant de privilèges que possible, pour augmenter sa propre puissance, et provoquer ainsi l'anarchie. G*étatt tôiit comme en Allemagne^ où la liberté coqsistâit surloiit en ceci : réduire l'empereur à la besace, pour t[ùe la noblesse pût vivre opulemment
dâhs là débauché, et régner arbitrairement: et cet
ont le chef était solideriient lié sur son
siégé et, à là fin, n'avait plus dans sa main qu'un sceptre dé bois, iin tel empire devait périr. Par le fait, rhistolire de là Pologne est, en raccourci, l'histolre de rAliémàgné, si ce n'est qu'en Pologne les grands he s'étaient pas aussi complètement affranchis et rendus indépendants du chef de l'État que chei noua, et que là circonspection allemande avait tbujourè tèïhpéré l'ànàrchîe par un certain ordre.
SOO SATIRES BT PORTRAITS
Si Luther, Thomme de Dieu et le mari de Catherine de Bora, s'était trouvé devant une diète à Cracovie, on ne l'aurait pas laissé à coup sûr s'expliquer aussi tranquillement qu'à Worms. Ce principe de la liberté tumultueuse (qui vaut mieux peut-être que le sommeil de l'esclavage) a cependant, malgré sa grandeur, conduit les Polonais à leur perte. Mais il est étonnant de voir quelle puissance exerce à lui seul sur les Polonais le mot de liberté ; leurs âmes brûlent et s'enflamment en apprenant que quelque part on combat pour la liberté; leurs yeux brillent en regardant du côté de la Grèce et de l'Amérique du Sud. Mais, en Pologne même, comme je l'ai dît plus haut, on ne comprend, par l'oppression de la liberté, que la suppression des droits de la noblesse, et l'égalisation progressive des classes. Nous savons mieux cela; les libertés doivent disparaître, là où doit fleurir l'universelle liberté de la loi.
Maintenant, agenouillez-vous, ou tout au moins mettez chapeau bas : —je vais parler des femme*^ polonaises. Mon esprit erre aux bords du Gange et cherche, pour les comparer, les plus délicates et les plus charmantes fleurs. Mais que sont au prix de ces gracieuses créatures tous les attraits des fleurs de
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Hallika, d'Oschaddi, de Nagakesar, des fleurs de lotus, et de toutes les autres, quels que soient leurs noms, — Kamalata, P^dma^ Kamala, Tamala, Sirischa, etc. !.. Si j'avais le pinceau de Raphaël, les mélodies de Mozart, et la langue de Galderon, je réussirais peut-être à éveiller dans votre cœur Tenchantement que vous éprouveriez en voyant une vraie Polonaise, une Aphrodite de la Vistule, apparaître en personne devant vos yeux charmés. Mais que sont les barbouillages colorés de Raphaël auprès de ces tableaux d'autel de la beau^té, que le Dieu vivant a joyeusement dessinés dans ses, heures les plus sereines I Qu'est-ce que la musique enragée
' de Mozart auprès des paroles qui coulent des lèvres de rose de ces suaves créatures t Qa'est-ce que toutes les étoiles de la terre et les fleurs du ciel de Galderon, auprès de ces êtres charmants que j'appelle, aussi, en bonqe langue de Galderon, des anges de la terre, parce que j'appelle les anges mêmes les Polonaises du ciel 1 Oui, mon ami, celui qui regarde
'' dans leurs yeux de gazelles croit au ciel, quand même il serait le plus ardent sectateur du baron d'Holbach!...
Quant au caractère des Polonaises, je n'en dirai
2)2 SATIAbS BT ^OkTAAiTS
qu*unmot: elles sont femmes. Qui voudrait se faire fort d'esquisser le caractère des femmes?
Un irès-digne philosophe — qui a écrit deux m-octavo de caractères féminins — a fini par sur* prendre sa ptôpté femiiie dans les bras d'uh militaire. Je ne veux point dire par là que les femmeâ n'aient pas de caractère. Mon Dieu, non! Elles en ont plutôt chaque jour un autre. Je ne veux pas non plus èensùirer ce changement perpétuel de caractère. C'est même Un avantage. Un caractère est le (jroduit d'un système dé principes stéréotypés. Si ces prihcipes sont erronés, toute là vie ne sera qu'une grande et longue èrrëuî*. Noiis disons qu'un homme a du caractère lorsqu'il agit jd' après des principes fixes, ne réfléchissant pas que, chëÀ un tel homme, la liberté de la- volonté à disparu, que son esprit ne progresse pas, et que luimême est l'esclave aveuglé de ses pensées siiirarinées. Nous disons aussi qu'un homme est conséquent lorsqu'il eh reste à ce qu'il a dit e^ fait une fois pour toutes, et nous sommés souvent assez tblérànts pour excuser des fous et des scélérats, pourvu qu'on puisse dire d'eux qu'ils ont agi d'une manière conséquente* Mais cet asservissement
moral ne se trouve guère que chez les hommes; dans Tesprit des femmes denteure toujours vivant et mobile Télément dé la liberté. Chaque jour, elles changent d'idées sur la vie et le monde, la plupart du temps sans s'en apercevoir. Ëlies se lèvent le matin comme dès enfants insouciants, bâtissent à midi un système qui s'écroule le soir comme un château de cartes. Ont-elles aujourd'hui de mauvais principes, je parie que, demain, elles en auront d'excellents. Elles changent d'opinion aussi souvent que de toilette. Quand aucune pensée dominante ne règne dans leur esprit, c'est alors l'état par excellence, l'interrègne de l'âme. £t cet interrègne est chez les femmes le temps de la plus grande pureté et de la plus grande force, et les inspire plus sûrement que toutes les lanternes d'abstractions philosophiques qui nous égarent si souvent, nous autres hommes. N'allez pas croire que je fasse ici le rôle de Vadvocatus diaboli^ et que je veuille louer les femmes de celte absence de caractère, que nos béj aunes jeunes et vieux déplo* rent du fond de l'âme, — maltraités qu'ils sont, les uns par l'amour, les autres par Thymen. Remarquez aussi que, dans ce jugement général sur les femmes»
S64 8ÀT1EBS ET PORTRAITS
ce sont les Polonaises que j'ai surtout en vue, et que les femmes allemandes en sont à moitié exceptées. Le peuple allemand, par sa profondeur innée, a des dispositions toutes particulières à la fermeté de caractère, et il s'en est communiqué quelque chose aux femmes, quelque chose qui augmente de plus en plus avec le temps ; de sorte que, chez les . dames allemandes âgées, même chez des femmes de moyen âge, c'est-à-dire des femmes de quarante ans, il se rencontre des caractères assez racornis. Les Polonaises sont infiniment différentes des femmes allemandes. La nature slave en général, et les mœurs polonaises en particulier, peuvent avoir produit ce résultat. Au point de vue de l'amabilité, je ne veux point mettre la Polonaise au-dessus de r Allemande; — on ne peut les comparer. Qui voudrait mettre une Vénus du Titien au-dessus d'une Marie du Corrége? Dans une vallée couverte de fleurs, aux clairs rayons du soleil, je voudrais avoir une Polonaise pour compagne de promenade; sous les tilleuls éclairés par la lune, je choisirais une Allemande. Dans un voyage à travers l'Espagne, la France et Tltalie, je voudrais avoir avec moi une Polonaise, — mais Une Allemande pour le voyage
à travers la vie. Parmi les femmes polonaises, on trouvera peu de modèles de vie domestique, de sollicitude maternelle, de pieuse humilité, et de toutes les vertus paisibles des femmes allemandes. Hais ces vertus du foyer se trouvent surtout chez nous dans la bourgeoisie, et dans une portion de la noblesse qui s'est rattachée à la bourgeoisie par ses mœurs. Dans le reste de la noblesse allemande, on s'aperçoit davantage de l'absence de ces vertus domestiques, et d'une manière bien plus sensible que chez les femmes de la noblesse polonaise. Oui, chez celles-ci, il n'arrive jamais qu'on attache du prix à l'absence de ces vertus, et qu'on s'en fasse accroire pour cela, comme beaucoup de dames nobles en Allemagne qui n'ont pas assez d'argent ou d'esprit pour s'élever au-dessus de la bour- . geoisie, et qui cherchent à se distinguer au moins par le mépris dos vertus bourgeoises, et en conservant les vices de la vieille noblesse qui ne coûtent rien.
Les femmes des Polonais ne sont pas non plus fiëres de leurs ancêtres, et il ne vient pas à l'esprit d'une noble demoiselle polonaise de se pavaner fièrement parce que son aïeul, le cavalier de proie.
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qui détroussait, il y a quelques centaines d'années, les passants sur les chemins, a échappé à la punition méritée de la corde. — Le sentiment religieux est plus profond che2 les femmes allemandes que chez les Polonaises. Gelles^i vivent plus au dehors qu'aii dedans; ce sont de gaies enfants qui se signent devant les images des saints, courent légèrement à travers la vie comme dans une salle de bal, et rient, et dansent, et sont aimables. Vraiment, je ne voudrais pas appeler étourderie, pas même légèreté, cette disposition facile des Polonaises qui est si fort encouragée par les mœurs légères du pays, par le léger ton français qui S*y mêle, par la légère langue française que Ton parle de préférence en Pologne, presque comme une langue maternelle, et par la légère littérature française dont le dessert— c'est-àdire les romans — est dévoré par les Polonaises; et, quant à la pureté des mœurs, je suis convaincu que les Polonaises ne lé cèdent point aux femmes allemandes. Les débordements de quelques femmes de magnats polonais ont fait beaucoup parler, en divers temps, à cause de leur énormité, et le vulgaire, comme je le disais plus haut, juge de toute une nation d'après les qudqiies individus suspects
^É LA POLOiàNk 267
i^u'il â pii rencontrer. U'ailleUrs, il faut penser que les Polonaises sont belles, et que les belles femmes, pOMT des motife connus^ sont le plus exposées aux mauvais propos, et n'y échappent pas lorsque, comme les Polonaises, et sanà songer à mal, elles passent leiir vie gaiement, légèrement et gracieusement. Croyez-moi, Ton h*est pas ifnoins vertueux à Varsovie qu'à Berlin; seulement, les vagues de là Vistule roiilënt un peu plus impétueusement que les eaux basses de la silencieuse Sprée.
Je passe des femmes aux sentiments politiques des Polonais, et je dois recoiinaîtrè que lès événements déà derniei*s temps ont douloureusement ému rame exaltée des gentilshommes de ce pays. Ceux qui ne sont pas Polonais sont aussi pénétrés de compassioti en éntlmérant li^s souffrances politiques qui, datis un petit nombre d'années, ont atteint ce peuple. Beaucoup de nos journalistes se tirent commodément d'affaire eh disant légèrement (}ue les Polonais, par leur désunion, se sont eux-mêmes attiré leur sort, et qu'ainsi ils ne sont pas à plaindre. C'est une échappatoire abfUrde. Aucun peuple, considéré comme un tout ne fait de fauté; àed actes naissëtit cl^uhe nécessité
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intérieure, et ses destinées en sont constamment le résultat. Une pensée plus haute se révèle à l'observateur, c'est que l'histoire ( Nature, Dieu, Providence, etc. ) poursuit avec les peuples, non moins qu'avec les individus, ses grandes visées, et que maint peuple doit souffrir, afin que l'humanité subsiste, et progresse toujours de plus en plus. Les Polonais, peuple slave, placé à la porte du monde germanique, semblent par leur situation avoir été particulièrement destinés à remplir certains buts dans l'histoire du monde. Leur lutte contre la perte totale de leur nationalité a constamment produit des phénomènes qui ont imprimé à tout le peuple un autre caractère, et doivent agir aussi sur celui des peuples voisins. ~ Le caractère de Polonais a été jusqu'ici militaire ; chaque nobk polonais était soldat, et la Pologne une grandi école de guerre. Mais, aujourd'hui, ce n'est plus le cas: un très-petit nombre recherchent la carrièn des armes. La jeunesse polonaise veut cependaal de l'occupation, et la plupart ont choisi un autp champ d'activité, c'est-à-dire les sciences. Partoi 8e montrent les traces de cette nouvelle directioi d'esprit; favorisées de plus d'une manière par
DE LA I^OLOGNB 269
les circonstances des temps et des lieux, ces tendances, dans quelques dizaines d'années, donneront au caractère national une nouvelle forme. Dernièrement encore, vous avez vu à Berlin ce gai . concours de jeunes Polonais qui, avec une noble ardeur et une assiduité exemplaire, pénétraient dans tous les domaines des sciences, particulièrement dans la philosophie à sa source, dans l'auditoire de Hegel, et malheureusement, aujourd'hui, à la suite d'événements fâcheux, se sont éloignés de Berlin. C'est un symptôme réjouissant que les Polonais déposent peu à peu leur aveugle* préférence pour la littérature française, apprennent à apprécier la littérature allemande plus solide, et longtemps négligée, et prennent goût précisément au plus profond des philosophes allemands. Ce fait montre qu'ils ont saisi l'esprit de notre temps, dont la science est le sceau et la tendance. Beaucoup de Polonais apprennent aujourd'hui l'allemand, et une quantité de bons livres allemands sont traduits en polonais. Les Polonais redoutent la ruine entière de leur nationalité; ils remarquent combien une littérature nationale, peut contribuer à la conserver et "— chose
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étrange fet t)Ourtànt vraie — beaucoup de Polonais m*ont dit très-sérieusement qu'on travaillait à Varsovie à une littérature... polonaise. C'est sans doute un grand malentendu de croire qu'une littérature, qui doit sortir organiquement d un ] peuplé tout entier, puisse être l'œuvre collective d'une société de savants, dans la serre chaude littéraire d'une capitale; mais ce bon vouloir est déjà un commencement^ et il faut que quelque chose de spfendide apparaisse dahs une littérature, pour que cette littérature soit envisagée comme un des intérêts généraux de la patrie : ce sens patriotique doit sans doute produire quelques erreurs, surtout dans la poésie et l'histoire. La poésie prendra une teinte d'exaltation, mais
perdra, il faut l'espérer, la coupe française et Sé rapprochera dô l'esprit du romantisme allemand.
Un dé meâ amià polonais mé disait, pour me vexer particulièrement :
— Nous avons des poètes romantiques aussi bons que les vôtres ; mais, chez nous, ils sont encore dans les maisons , de fous !
Pans rhistôite, ta rancune politique des Polo-
DR LA »OLOâNB S74
nais ne conduira pas toujours à Timpartialité, et Thistoire de la Pologne se détachera de l'histoire universelle d'une manière tout à fait exclusive et disproportionnée; mais on veillera avec d'autant plus de soin à la conservation de tout ce qui est important pour l'histoire du pays, et avec d'autant plus de sollicitude, que l'on redoute, à cause de la manière désastreuse dont on a procédé, dans la dernière guerre, avec les livres de la bibliothèque de Varsovie,, de voir disparaître tous Ifes monuments nationaux et tous les vieux documents polonais 5 c'est pour cela, semble-t-il, qu'un Zamoyski a fondé récemment Une bibliothèque pour rhistoire de Pologne, dans la lointaine Edimbourg. Je vous rends attentif au grand nombre d'ouvrages nouveaux qui sortiront prochainement des presses de Varsovie, et, pour ce qui concerne la littérature polonaise déjà existante, je vous renvoie au livre très-spirituel de Kaulfuss. J'attends de grandes choses de cette transformation intellectuelle de la Pologne, et ce peuple tout entier m'apparàlt comme un vieux soldat qu! suspend au clou, près de ses lauriers, sa vieil) eépée, se tourne vers les arts de la paix, songe aux histoires du passé, scrute les
lois de la nature et mesure les étoiles, ou même la longueur et la brièveté des syllabes comme le fait Carnot. Le Polonais maniera la plume aussi ^ bien que la lance, et se montrera aussi brave sur le terrain de la science que sur les champs de bataille. Précisément parce que les esprits sont restés si longtemps en friche, la semence y produira des fruits plus divers et plus beaux. Chez plusieurs* peuples de TEuropë, Fesprit semble émoussé par tant de frottements, et, çà et là, il s'est en quelque sorte enseveli dans ses triomphes. D'ailleurs, les Polonais pourront s'approprier les plus purs résultats des travaux intellectuels de TËurope depuis des siècles, et, tandis que ces peuples qui ont péniblement travaillé jusqu'ici à la tour de Babel de la^ civilisation européenne sont épuisés^ nos nouveaux venus, avec leur promptitude slave et leur vigueur restée entière, pourront faire avancer l'œuvre commune. A cela s'ajoute que le plus petit nombre seulement de ces nouveaux travailleurs met la main à l'œuvre pour un salaire, comme c'est le cas chez nous en Allemagne, où les sciences sont un métier, et la Muse elle-même une vache à lait que l'on trait pour des honoraires jusqu'à ce qu'elle ne donne
plus que de Peau pure. Les Polonais qui se vouent maintenant aux sciences et aux arts, sont des gentilshommes, et, pour la plupart, ont assez de fortune pour né pas devoir attendre leur subsis^ tance du produit de leurs études et de leurs travaux scientifiques. Cet avantage est incalculable. Il est vrai que la faim a déjà produit de magnifiques choses, — mais Famour de plus* spendides encore. Les circonstances locales, surtout d'éducation à la campagne, favorisent encore les progrès intellectuels des Polonais. La vie de campagne en Pologne n'est pas aussi solitaire et silencieuse que chez nous, parce que les nobles polonais se visitent jusqu'à des dizaines de lieues de distance, restent souvent chez leurs voisins, avec leur famille entière, pendant des semaines, et voyagent comme des nomades avec des lits bien emballés; de sorte qu'il me semblait que le grand-duché de Posen tout entier n'était qu'une grande ville dont les maisons seraient seulement éloignées les unes des autres de quelques lieues ; parfois même, il m'apparaissait comme une petite ville, parce que les Polonais se connaissent ous, que chacun est au fait des circonstances le famille et des affaires des autres, et que celles-ci,
tu SATIESS ^T PQI^TftAtTS
comme dans les petites villes, défrayent souvent la conversation. Toutefois, Texisteiice bruyante que mènent parfois les Polonais dans leurs terres n'est pas aussi nuisible à l'éducation de la jeunesse que le tumulte des villes, dont les bruiis changent à chaque instant, détournent Fesprit de la jeunesse de l'intuition de la nature, le dispersent et le surexcitent par la diversité et l'excès. Ces diversions passagères à la vie tranquille de la campagne sont même salutaires à la jeunesse, puisqu'elle est ainsi réveillée et secouée lorsqu'elle risquerait de s'endormir ou de s'aigrir, comme cela arrive si souvent chez nous, dans une tranquillité non interrompue. La vie saine et libre de la campagne a contribué sans doute à donner aux Polonais cette grandeur et cette force de caractère qu'ils montrent dans la guerre et dans le malheur. Ils gardent ainsi un esprit sain dans un corps sain ; c'est ce qu'il faut au savant, aussi bien qu'au soldat. L'histoire nous montre que la plupart des hommes qui ont fait quelque chose de grand ont passé leur jeunesse dans la solitude.
J'ai entendu beaucoup louer, dans ces derniers temps, l'éducation des moines au moyen âge ; oa
vantait la paé^hode des écoles claustrales, on énnipérait les grands hommes qui sont sortis de ces écoles, et dont Tesprit, même dans nos temps dp raiBnement intellectueU aurait encore sa valeur; — on oubliait que ce ne sont pas les moines, mais la retraite monacale, non pas la méthode de leurs écoles, mais la claustration elle-même, qui nourrissait et fortifiait ces espntsu Si Ton entourait d'une muraille nos établissements d'éducation, cela agirait mieux que tous nos systèmes pédagogiques, tant humanistes que pratiques. Qu'on fass^ la même chose pour nos pensions de jeunes filles, qui maintenant sont si bien placées en face du théâtre^ de la salle de danse, et de la grand'garde, et nos pensionnaires perdront leurs rêveries kaléidpscopiques et leur fade sentimentalité à. la modo dii dernier drame.
Je vous dirai peu de chose des habitants des villes prusso-polonaisesj c'est une population mélangée d'employés prussiens^ d'émigrés allemands, de Polonais silésiens, de Polonais, de juifs, de rnilt* taires,, etc. Les fonctionnaires allemaads-prussiens ne se sentent pas précisément traités avec préve« nance par les nobles polonais. Beaucoup d'employés
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sont placés en Pologne contre leur gré et cherchent à en sortir aussi vite que possible; d'autres sont retenus en Pologne par leurs circonstances domestiques. Parmi eux, il s'en trouve aussi qui sont heureux d'être isolés de rAllemagné; qui s'efforcent d'oublier aussi prompteraent que possible, en bâillant, le peu de connaissances qu'un employé doit acquérir pour passer ses examens ; qui ont basé leur philosophie sur un bon repas, et, près de leur chope de mau* vaise bière, pestent contre les gentilshommes polonais c(ui boivent tous les jours du vin de Hongrie, et n'ont pas des piles de dossiers à débrouiller. Quant aux militaires prussiens, je n'ai que peu de chose à en dire; comme partout, ils sont braves, courageux, polis, francs et loyaux. Le Polonais les estime parce qu'il a le sens soldatesque, et que partout les braves s'apprécient; quant à un sentiment plus cordial, il n'en est pas encore question.
Posen^ la capitale du grand-duché, a un aspect sombre et peu récréatif. Son seul attrait est le grand nombre des églises catholiques; mais il n'y en a pas une de belle. En vain, chaque matin^ je pérégrinais d'une de ces églises à Tautre, pour chercher quelque beau tableau ancien. Ici, les anciennes
peintures ne sont pas belles, et ce^es qui sont un peu belles ne sont pas anciennes. Les Polonais ont la fatale habitude de restaurer leurs églises. Dans le dôme antique de Gnesen^ Tancienne capitale de la Pologne, je n'ai trouvé que des peintures et des décorations modernes. Rien ne m'y a intéressé que la porte de fonte, aux nombreuses figures, qui était autrefois la porte de Kiew, et dont s'empara le victorieux Boguslaw; on y voit encore un coup de son glaive. L^empereur Napoléon, quand il passa à Gnesen, en fit enlever un petit morceau, et la porte a augmenté encore de valeur depuis qu'elle a été l'objet de cette faveur signalée. J'ai aussi entendu, dans le dôme de Gnesen, après la première messe, un quatuor que saint Adalbert, qui y est inhumé, doit avoir composé lui-même, et que Ton chante tous les dimanches.
Le dôme de Posen est moderne, ou du moins a Taspect moderne ; aussi il ne m'a pas plu. Tout auprès est le palais de l'archevêque, qui est en même temps archevêque de Gnesen, c'est-à-dire cardinal romain, et qui porte en conséquence des bas rouges. C'est un petit homme à cheveux blancs,
fort instruit et d'une urbanité toute française. -
Le haut clergé, ça Pologne, appartient toujours aux familles nobles les plus distinguées; le bas clergé appartient au peuple, il est ignorant, grosr sier,et s'enivre volontiers.. — Les asSQciatioqs d'idées m'amènent directeinent an théâtre. Les babitants de la ville ont assigné aux Musfis un bel édifice ; mais les vierges divines ne s'y sont pa^ installées, et n'ont envoyé à Posen que leurs femmes de chambre, qui se parent de la garde-robe de leurs maitresses, et font leur métier sur les planches p^itientes. L'une écatquille les jambes comme un paoi%, l'autre vQltige comme une bécasse, la troisième glousse comme une dinde, et la quatrième sautilla sur uo pied comme une cigogne. Mais le publict enchanté, ouvre une bouche large dune aune; l'homme à répaulette s'écrie : « Sur l'honneur t Melpomènet Thalie! Polymnîe! Terpsichore! 9 — Il y a aussi un critique de théâtre à Posen, comme si la malheureuse ville n'avait pas asses du théâtre mèmet Les excellentes critiques de cet excellent homme ne figurent jusqu'ici que dans la Gcaette de Posen, mais paraîtront bientôt réupies comme une continuation de la Dramaturgie de Lessing ! Il se peut que ce théâtre de province me paraisse si mauvais parce
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que j'arrive précisément de Bériiti, ël que je viens d'entendre ia Schroeck et la Stich. Non^ je ne veux pas condamner tout entier le théâtre de Posen, je reconnais même qu'il possède un talent tout à fait distingué, deux bons sujets, et quelques autres qui ne sont pÀs absolument mauvais. — Le talent distingué dont je parie est mademoiselle Païen. Son rôle ordinaire est celui de jeune première. Il n'y a rien chez elle du lamento pleurard et du caquet mignôh de ces actrices sentimentales qui se croient faites pour la scène parce que peut-être, dans la vie, elles ont joué le rôle de sentimentales et de coquettes avec quelque succès, et qu'on devrait chasser des planches à coups de sifflet^ précisément parce qu'on les applaudirait de tout son cœur dans un boudoir. Mademoiselle Païen joue avec un égal bonheur les rôles les plus divers, une Elisabeth aussi bien qu'une Marie. Mais elle m'a plu surtout dans la comédie, dans des scènes de salon^ et particulièrement dans les rôles gais et piquants. Elle m'a fait rire royalement dans le rôle de Pauline, de Sûucis sans peines et peines sans soucis. Son jeu est libre, spontané, plein d'aisance, d'une hardiesse entraînante, presque téméraire parfois^ comme cela se rencontt^
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dans un talent vraiment grand. JeTai vue aussi avec ravissement dans quelques rôles d'homme, par exemple dans la Déclaration (tamour^ et dans le C3^ sario de Wolf ; je n'ai à redire ici qu*à des mouvements de bras un peu angideux, défaut que j'attribue aux hommes qui lui servent de modèles. Mademoiselle Païen est encore chanteuse et danseuse; son extérieur est agréable, et il serait dommage que cette jeune fille, si bien douée pour Fart, se perdit dans les bas-fonds des troupes nomades.
Une des utilités du théâtre de Posen est H. Garlsen: il ne dépare aucun rôle.— Madame Païen aussi est une bonne actrice, qui brille dans les rôles de duègne. Elle joue avec hardiesse et liberté^ et n'a pas le défaut ordinaire de ces comédiennes qui représentent avec beaucoup d'art les rôles de vieilles^ mais voudraient nous faire remarquer que, dans la vieille boite, il y a encore une femme aimable. —H.Oldenbourg, un bel homme, est, dans la comédie, un amoureux peu engageant, et un modèle de roideur et de gaucherie ; amoureux tragique, il est supportable. On ne peut méconnaître qu'il ait des dispositions pour la tragédie; mais je dois refuser tout talent dramatique à ses longs bras, qui se ba-
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lancent perpendiculairement sur ses genoux. II m'a plu comme Richard dans Rosemonde^ et y Sii oublié parfois son pathétique faux, parce que ce pathétique est dans la pièce même. M. Munsch lui-même m'a plu dans le rôle du roi, dans l'incomparable scène de fracas qui termine le . second acte de ce drame. Il a Thabitude, dans les scènes de passion, de pousser des sons inarticulés qui ressemblent à un aboiement.— Mademoiselle Franz, jeune première également, joue mal par modestie ; elle a quelque chose de parlant dans le visage, c'est-à-dire la bouche. — Madame Fabrizius est une petite figure mignonne, et elle enchanterait à coup sûr hors du théâtre. Son mari, dans la comédie VOrdredu duc^ a parodié si admirablement le ^and Fritz ^ que la police aurait dû s'en mêler.— Madame Garlsen est la femme de M. Garlsen. Mais M. Yogt est le comique; il le dit d'ailleurs lui-même, car c'est lui qui fait l'affiche. C'est le favori de la galerie, et son principe est qa'on doit jouer un rôle comme l'autre; j'ai vu avec admiration qu'il restait fidèle à ce principe : dans le rôle de Fels de Felsenberg, dans celui du