‹ Satires et portraitsChapitre 16 sur 18 · VICTOR COUSIN · texte numérisé non relu

VICTOR COUSIN

sa louàtige, que, s'il a quelquefois tourné la quenouille des commères, Il n'a du moins jamais quitté la peau du lion.

En continuant la comparaison avec Hercule, nous devrions faire encore remarquer une flatteuse différence. Le peuple attribue au fils d'Alcmène beaucoup de travaux qui avaient été accomplis par ses contemporains; mais les ouvrages de M. Couisân sont d'une telle hauteur, confondent tellement l'imagination, que le peuple ne comprend pas comment un seul homme a pu les accomplir. De là vient cette tradition que les ouvrages qui ont paru sous 1« nom de ce héros doivent être attribués à plusieurs de ses contemporains.

La même chose arrivera un jour à Napoléon.

Nous ne pouvons déjà plus comprendre comment un seul héros a pu faire tant de grandes choses. Et de même que, dès à présent, on dit de M. Cousin qu'il a su exploiter des talents étrangers, et donner leurs travaux comme les siens propres, on prétendra un jour du pauvre Napoléon que ce n'est pas lui, mais... Dieu sait qui t M. Sébastian!^ peut-être, qui a gagné les batailles de Mar^ngo, d'Austerlitz et d'Iéna.

Les grands hommes font prévaloir leur infltience, non-seulement par leurs actes, mais encore par leur existence personnelle. Sous ce rapport, M. Cousin ne mérite que des éloges. C'est là qu'il paraît dans une splendeur sans tache. Son exemple a fait beaucoup pour détruire un préjugé qui avait peutêtre, jusqu'à présent, détourné beaucoup de ses compatriotes de se livrer tout entiers à la plus noble de toutes les tendances, à l'étude de la philosophie. On s'imaginait généralement dans ce pays qu'un homme adonné à cette étude était perdu pour la vie pratique; que les spéculations métaphysiques étouffaient toute intelligence des spéculations industrielles, et qu'il fallait, pour devenir un grand philosophe, renoncer à l'éclat des hautes fonctions, se vouer à une naïve pauvreté, et s*abstenir de toute intrigue. Cette erreur, qui écartait tant de Français du domaine de l'abstraction, M. Cousin Ta victorieusement ruinée, et il a montré, par son propro exemple, qu'on peut être à la fois philosophe im* mortel et pair de France viager.

Quelques voltairiens, il est vrai, expliquent ce phénomène par ce simple fait, que, de ces deux qualités, la dernière seule est constatée. Peut-on

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