‹ Satires et portraitsChapitre 5 sur 18 · I. Voir BiiiêUndir (les Bains de Lucques · texte numérisé non relu

I. Voir BiiiêUndir (les Bains de Lucques

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puissance des capitales. On sait assez de quelle importance sont de seinblables rendez-vous des forcés les plus diverses, et cette centralisation des intelligences et des autorités sociales. Sans Paris, la France n'aurait jamais fait sa révolution. C'est qu'à Paris un très-grand nombre d'esprits distingués avaient trouvé moyen de mener une existence plus ou moins indépendante et sans inquiétude, de converser ensemble, etc. Il a fallu des siècles pour amener cet état de choses favorable. Grâce au système de la rente, Paris serait devenu bien plus vite Paris, et les Allemands qui seraient heureux dlavoir une semblable capitale, ne devraient pas se plaindre d'un système comme celui-là, qui centralise, permet à beaucoup de gens de vivre dans le lieu de leur choix, et de donner de là à l'humanité toutes les impulsions utiles...

C'est de ce point de vue que Rothschild considère son action et son influence. Je suis tout à fait de son avis; je vais même plus loin, et je vois dans Rothschild un des plus grands révolutionnaires qui ont fondé la démocratie moderne. Richelieu, Robespierre et Rothschild, sont pour moi trois noms terroristes, et représentant la destruction graduelle

de la vieille aristocratie; Richelieu, Robespierre et Rothschild sont les trois plus formidables niveleurs de TEurope» Richelieu détruisit la souveraineté de la noblesse féodale, et la courba sous Tarbitraire monarchique qui la dégrada par le service de la cour, ou la laissa pourrir en province dans une oisiveté gentilhommière. Robespierre coupa la tête à cette aristocratie servile et corrompue. Mais le sol restait, et le nouveau maître du sol, le propriétaire foncier, était redevenu tout à fait un aristocrate comme ses devanciers, dont il con||;iuait les prétentions sous des noms différents. Alors vint Rothschild, et il détruisit la suprématie du sol en élevant à la plus haute puissance le système des papiers d'Etat; il mobilisa ainsi la grande propriété et les grands revenus, et investit en quelque sorte Targent des anciens privilèges du sol. Il est vrai quil fonda ainsi une aristocratie nouvelle; mais celle-ci, reposant sur ce qu il y a de plus mobile au monde, c'est-à-dire l'argent, ne pourra jamais avoir une influence aussi dommageable que l'ancienne aristocratie, qui avait ses racines dans le sol, dans la terre même. L'argent est plus liquide que l'eau, plus f)uide que l'air, et l'on pardonne

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volontiers à Taristocratie d'argent ses impertinences, en songeant à sa fragilité... Elle s'écoule et s'évapore, avant qu'on s'en soit douté,

£n rapprochant plus haut les noms de Richelieu, de Robespierre et de Rothschild, je faisais la remarque que ces trois grands terroristes avaient encore entre eux bien d'autres ressemblances. C'est ainsi qu'ils ont en commun, par exemple, une certaine passion peu naturelle pour la poésie; Richelieu écrivait de mauvaises tragédies, Robespierre faisait de pitoyables madrigaux, et James Rothschild, quand il est de bonne humeur, se met à rimer...

Mais tout cela n'est point à sa place ici, et ces feuilles traitent tout d'abord d'un révolutionnaire moins considérable, Louis Boerne. Celui-ci — nous l'avons déjà remarqué avec regret — ressentait la haine la plus profonde pour les Rothschild, et, comme nous passions devant la maison qui fut leur berceau à Francfort, cette haine se fit jour dans l'entretien, d'une manière aussi crue et empoisonnée que plus tard dans ses Lettres de Paris. Il rendait cependant justice à leurs qualités personnelles, ^t il m'avoua très-naïvement qu'il ne pouvait que

les haïr , mais que, malgré tous ses efforts, il lui ;;tait impossible de les trouver méprisables ou même ridicules.

— Car, voyez-vous, disait-il, les Rothschild ont tant d'argent, une telle masse d'argent, qu'ils nous inspirent une sorte de frissonnement de respect; ils s'identifient pour ainsi dire avec l'idée de l'argent en général, et on ne saurait mépriser l'argent. Ces gens ont, d'ailleurs, employé le moyen le plus sûr pour échapper au ridicule qui a atteint tant d'autres famillea de millionnaires baronnisés de l'Ancien Testament : ils s'abstiennent de l'eau bénite chrétienne. Le baptême est maintenant à l'ordre du jour chez les juifs opulents, et l'Évangile, qui a été vainement prêché aux pauvres de la Judée, est aujourd'hui in floribus auprès des riches. Mais., comme l'acceptation du christianisme n'est qu'une illusion qu'on se fait à soi-même, sinon un mensonge, et que ce christianisme simulé contraste parfois d'une manière singulièrement criante avec le vieil Adam, ces gens-là prêtent dangereusement aux plaisanteries et aux railleries. Ou bien croiriez-vous que, par le baptême, la nature intérieure soit complètement transformée? Croiriez-vous que l'on puisse

changer des poux en puces, en les arrosant d'eau ?

— Je ne crois pas.

— Moi non plus, et c'est pour moi un spectacle aussi mélancolique que ridicule quand les anciens poux qui viennent encore d'Egypte, du temps des plaies de Pharaon, se figurent tout à coup qu'ils sont des puces, et se mettent à sauter à la chrétienne. A Berlin, j'ai rencontré dans la rue de vieilles filles d'Israèl qui portaient au cou de longues croix, des croix plus longues encore que leur nez, et qui leur descendaient jusqu'au creux de l'estomac; elles tenaient à la main un livre de cantiques évangéliques, et parlaient du magnifique sermon qu'elles venaient d'entendre à l'église de la Trinité. L'une demandait à l'autre chez qui elle avait pris la sainte Cène, et, avec cela, elles sentaient de la bouche. J'ai éprouvé encore plus de dégoût en voyant de sales juifs barbus, arrivant de leurs cloaques de Pologne, pour se faire recruter ù Berlin pour le ciel, par la société de conversion, et qui prêchaient le christianisme dans leur dialecte scorbutique, et exhalaient une si affreuse odeur. Il aurait été désirable, en tout cas, qu'on eût baptisé ces Polonais pouilleux, non pas avec de

Teau ordinaire, mais avec de Teau de Cologne,

— Cher docteur, interrompis-je, ne parlons pas de cordes dans la maison d'un pendu. Dites-moi plutôt où sont maintenant les grands bœufs qui^ me racontait mon père, erraient ici dans le cimetière juif de Francfort, et, pendant la nuit, beuglaient si effroyablement, que le repos des voisins en était troublé?

— Monsieur votre père, dit Boerne en riant, ne vous a pas trompé. Autrefois, les marchands juifs de bétail, conformément aux prescriptions bibliques, avaient Tusage de consacrer au bon Dieu le premier-né mâle de lenrs vaches, et, dans ce but, ils les envoyaient de toutes les contrées de TAllemagne à Francfort, où l'on faisait paître ces bœufs dans le cimetière juif, qu'ils ne quittaient plus jusqu'à leur mort, et où, en effet, ils beuglaient souvent d*une façon terrible. Mais les vieux bœufs ne sont plus, et le bétail d'aujourd'hui n'est plus orthodoxe, et ses premiers-nés restent tranquillement chez eux, si même ils ne passent au christiniasme. Les vieux bœufs sont mortst

Je dois mentionner à cette occasion que, pendant mon séiour à Francfort, Boerne m'invita à dîner

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chez un de ses arais^et cela, parce que cet ami,fidè* lement attaché aux coutumes juives, devait m'offrir le mets renommé qu'on appelle schalet; effectivement, j'eus le plaisir de savourer ce plat, qui est peut-être encore d'origine égyptienne^ et aussi vieux que les pyramides. Je m'étonne que Boerne, plus tard, lorsque, en.apparénce par un caprice humo* ristique, mais en réalité dans une intention pléhéienne, il excitait la populace, par toute sorte d'inventions et d'insinuations contre une télé couronnée de poëte (comme en général contre tous les porteurs de couronne), — je m'étonne que, dans ses écrits, il n'ait pas raconté avec quel appétit, quel enthousiasme, quelle piété, quelle conviction, j'ai dévoré un jour, chez le docteur St..., le vieux mets juif, le schalet ) Il est vrai que ce mets est ex-* cellent, et c'est une chose digne des plus douloureux regrets que l'Église chrétienne, qui a emprunté tant de bonnes choses au vieux judaïsme, n'ait pas en même temps adopté le schalet. Peut-être se l'estelle réservé pour l'avenir, et, un jour, quand ses affaires iront tout à fait mal, quand ses symboles les plus saints, et la croix elle-même, auront perdu leur vertu, alors l'Église chrétienne aura recours au

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schalet, et les peuples qui lui auront échappé ren* treront dans son giron avec un nouvel appétit/ Les juifs tout au moins se rattacheront alors avec ferveur au christianisme... car, je le vois clairement, ce n'est que le schalet qui les retient dans leur ancienne alliance. Boerne m'assura même que les apostats^ qui avaient passé à l'alliance nouvelle n'avaient qu'à flairer le schaletpour éprouver un certain mal du pays de la synagogue; de sorte que le schalet était, pour ainsi dire, le ranz des vaches des juifs.

Nous allâmes aussi à Bornheim, le jour du sabbat, pour y prendre le café, et contempler les filles d'Israël... C'étaient de belles filles, et qui avaient un délicieux parfum de schalet. Boerne'clignait des yeux. Dans ce mystérieux clignotement, avec sa convoitise inquiète qui s'alarme de la voix intérieure, se trouvait toute la dissemblance de nos manières de sentir. Boerne, en effet, sinon dans ses pensées, du moins dans ses sentiments, était un esclave de Tabstinence nazaréenne; et, comme cela arrive à tous lés gens de son espèce qui reconnaissent dans l'abstinence des sens la vertu suprême, mais ne peuvent la pratiquer entièreme»t, il n'osait qu'à la dé-

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robée, tremblant et rougissant, comme un enfant friand, goûter a^x pommes défendues d'Eve. Je ne sais si^ chez ces gens-là, la jouissance est plus intense que pour nous, qui n'avons pas comme eux Tattrait de la fraude secrète, de la contrebande morale; ne prétend-on pas que Mahomet n'a défendu le vin à ses Turcs que pour qu'il leur parût d'autant plus doux?

En société, Boerne était taciturne et monosvllabique, et ce n'est que dans le tête-à-tête, et quand il croyait se trouver avec un homme qui pensait comme lui, qu'il s'abandonnait au courant du discours. Que Boerne m'ait pris pour un tel homme, f ce fut de sa part une erreur qui eut pour moi, dans

la suite, des conséquences fort désagréables. Déjà alors, à Francfort, nous ne nous trouvions d'accord que dans le domaine de la politique, et nullement dans ceux delà philosophie, ou de l'art, ou de la nature, qui tous lui étaient fermés. Peut-être m'échappera-^il plus tard^ sur ce point, quelques trçiits ca^ ractéristiques. Nous étions, en général, de nature opposée, et cette dissemblance ne tenait pas seulement peut-être à notre nature morale, mais aussi à

notre nature physique.

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11 n'y a, en définitive, que deux espèces d'hommes, les maigres et les gras^ ou plutôt les hommes qui sont toujours plus effilés, et ceux qui, après avoir été fluets au début, passent peu à peu à la cor» pulence la plus vaste.

Les premiers sont l'espèce dangereuse, ceux que César craignait tant, c Je voudrais qu'il fût plus gras, » disait-il de Cassius. — Brutus était d'une tout autre sorte, et je suis convaincu que, s'il n'eût pas perdu la bataille de Phiiippes, et s'il ne s'était pas tué dans cette circonstance, il serait devenu aussi gros que l'écrivain de ces pages. « Et Brutus était un brave homme. >

Puisque ces mots me rappellent Shakspeare, je saisis l'occasion pour me prononcer en faveur d'une ancienne leçon, selon laquelle Hamlet était appelé gras. Regrettable prince de Danemark! La nature t'avait destiné à passer doucement ta vie dans le plus florissant embonpoint, et voilà que tout à coup « le monde sort de ses gonds, » et il faut que tu l'y remettes! Pauvre gros prince de Danemark!...

Les trois jours que je passai à Francfort dans la société de Boerne, s'écoulèrent dans une tranquillité presque idyllique. II mit tous ses soins à m'être

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agréable. Il fit resplendir poui* moi, aussi joyease* ment que possible, toutes les fusées de son esprit, et, comme dans les feux d* artifice chinois, Tartificier lui-même, dans le bouquet final, monte en Tair au milieu d'un pétillement de flammes et d'étincelles, ainsi les discours humoristiques.de Fhomme se te^ minaient toujours par un jet de feu extravagant, où il se livrait lui-même le plus hardiment du monde. Il était innocent comme un enfant. Jusqu'au dernier moment de mon séjour à Francfort, il courut débonnairement à mes côtés, cherchant dans mes yeux s'il ne pourrait point encore me faire quelque plaisir.

11 savait qu'à la demande du vieux baron Cotta, j'allais à Munich pour y prendre la rédaction des Annales politiques, et consacrer aussi mon activité à quelques établissements littéraires projetés. Il s'agissait alors de créer, pour la presse libérale, ces organes qui purent exercer plus tard une si heureuse influence. ; il s'agissait de semer l'avenir, semence pour laquelle, dans le présent, les ennemis seuls avaient des yeux, de sorte que le pauvre semeur ne moissonna autre chose que chagrins et injures. On connaît assez les misères empoisonnées

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de la propagande ultramontaine et aristocratique de Munich^ contre moi et mes amis.

— Gardez-vous de vous mettre à dos les prêtres, à Munich !

Ce furent les derniers mots que Boerne me chuchota à Toreille au moment de mon départ. J*étais déjà assis dans le coupé de la malleposte; il me regarda encore longtemps, tristement, comme un. vieux nautonier qui s'est retiré sur terre ferme, et se sent ému de pitié en voyant un jeune gars prendre la mer pour la première fois. Le vétéran croyait avoir dit adieu pour jamais à Télément perfide, et pouvoir finir ses jours tranquillement au port. Pauvre homme) Les dieux ne voulurent pas lui accorder le repos 1 II lui fallut retourner bientôt sur la haute mer, et, là, nos vaisseaux se rencontrèrent pendant la tempête furieuse où il devait périr. Quels hurlements ! quels craquements terribles I A la lueur des jaunes éclairs qui entr*ouvraient les noires nuées, je pus voir le courage et Tinquiétude se succéder douloureusement sur son visage t II était au gouvernail de son navire, et bravait le courroux des vagues qui parfois menaçaient de Tengloutir, parfois seulement

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l'arrosaient et l'inondaient; ce qui offrait un coup d*œil lamentable et comique, de sorte qu*on pouvait tout ensemble pleurer et rire. Pauvre homme ! Son vaisseau n* avait plus d'ancre^ et son cœur était sans espoir... Je vis son mât se briser, les vents déchirer ses cordages... Je le vis tendre la main vers moi..* Je ne pouvais la saisir, je ne pouvais livrer à une perte certaine le précieux chargement, les trésors sacrés qui m'étaient confiés... Je portais à bord de mon vaisseau les dieux de l'avenir.

Ce fut pendant l'automne de 1831, un an après la révolution de juillet, que je revis à Paris le doctenr Louis Boerne *. J'allai lui rendre visite à l'hôtel de Casiille, et je ne fus pas médiocrement surpris du changement qui s'était opéré dans toute sa per-

i. Entre ma première et ma seconde rencontre avec Lonis Boerne se place cette révoLution de juillet qui a, pour ainsi ilire, scindé notre époque en deux moitiés. Les lettres qui pré-

sonne. Le peu de chair que j'avais jadis remarqué sur son corps avait alors entièrement disparu; peut-être s'était-il fondu aux rayons du soleil de juillet, qui lui avaient, hélas 1 frappé aussi sur le cer

cèdent (a) penrent donner une idée des dispositions dans lesquelles me troava ca grand événement, et; dans les présents mémoires, elles doivent servir de trait d'unian entre le premier et le troisième livre. Sans cela, la transition sériait trop brusque* Ces lettres sont, en outre, un document propre à constater la disposition d'esprit dans laquelle ces événements trouvèrent l'Allemagne, où au découragement et à l'abattement le plus morne succéda immédiatement la confiance la plus enthousiaste en l'avenir. Tous les arbres de l'espérance refleurirent, et même les troncs les plus rabougris et qui étaient séchés depuis longtemps poussèrent de nouveaux bourgeons. Depuis que Luther avait défendu ses thèses à la diète de Worms devant tout l'Empire assemblé, aucun événement n'agita ma patrie allemande aussi profondément que la révolution de juillet. Cette agitation, il est yrai, fut un peu calmée plus tard; mais elle se ranima en 1840, et, depuis lors, le feu couva sous la cendre sans interruption, jusqu'en février 1848, où les flammes de la révolution éclatèrent de nouveau dans une conflagration générale. A présent, les vieux pompiers de la Sain te- Alliance, avec leur vieil appareil de sauvetage poliiique, sont rentrés en scène; mais leur insuffisance se manifeste également déjà à cette heure. Qu'est-ce que le sort réserve aux Allemands? Je n'aime pas à prophétie

(a) Les lettres auxquelles Heine fait allasion forment, dans Tédition allemande, le second livre du Boerne. Nous les avons retranchées de la traduciion de cet éc it, parce qu'elles sont une partie intégrante de réditioQ française de l'Allemagne de Heine, dentelles ouvrent le second ▼olame. (Voir De VAllemaçne, tome II, page 6, Lévy frères, 1863.)

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veaa. II était assis ou plutôt logé dans une grande robe de chambre de soie à ramages comme une tortue dans sa carapace, et, lorsque, de temps en temps, il en faisait sortir, en l'inclinant vers moi

ser, et je crois qu'il vaat mieux relater le passé, dans lequel se

reflète l'avenir.

Je me suis fait scrupule de donner un plus grand nombre de ces lettres, parce que, dans les premières, l'ivresse de liberlJ qui régnait alors sortait par trop violemment de toutes les bornes imposées par les rôgl ements de police, tandis que celles d'uno da^ postérieure contiennent des réflexions qui sentent trop l'homme dégrisé des illusions, dont le cœur et l'esprit s'abandonnent au découragement, à la défaillance et au désespoir. Dès les premiers jours de mon arrivée dans la capitale de la Révolutionne remarquai que les choses avaient en réalité de tout autres couleurs que celles que leur avait prêtées à distance le prisme de mon enthousiasme ■ Les cheveux blancs que je voyais flotter si majestueusement sur les épaules de la Fayette, le héros des deux mondes, se changèrent, vus de près« en une perruque brune couvrant à peine un crâne étroit. Médor lui-même, le chien Médor, à qui j'allai rendre ma visite dans la cour du Louvre, se prélassait sous des drapeaux tricolores et des trophées, et so laissait tranquillement donner la- pâtée : ce n'était plus le vrai Médor, c'était une bête tout ordinaire qui s'arro^'eait le droit de se faire servir, comme il arrive souvent chez les Français, et qui, comme tant d'autres, exploitait la gloire de la révoiuiion de juillet... Il était choyé, protégé, élevé peut-être &ux plus hautes dignités, tandis que le vrai Médor, quelcnes jours après la Tictoire, s'était retiré modestement et sans brait, comme le yrai peuple qui a fait la révolution.

Pauvre peuple I pauvre chien !

C'est une histoire déjà passablement aucicune. De temps im'*

d'un air soupçonneux, sa petite tète grêle, j'éprouvais une impression pénibl^. Mais la compassion prenait le dessus lorsque, de Tample manche de cette robe de chambre, on voyait sa pauvre main amaigrie se tendre vers vous pour vous saluer ou pour presser amicalement la vôtre. Sa voix avait un certain tremblottement maladif, et sur ses joues on voyait déjà ces tons d'un rouge cru qui annoncent la phihisie. La méHance blessante qui se manifestait dans tous ses traits et dans tous ses mouvements, était peut-être une conséquence de la dureté d'oreille dont il était déjà atteint précédemment, mais qui n'avait fait qu'augmenter depuis lors et qui ne contribua pas peu à me rendre sa conversation fatigante.

mémorial, ce n'est pas pour lai, mais pout d'autres, que le peuple souffre et verse son sang. En juillet i830, il a vuincu pour cette bourgeoisie qui ne vaut pas mieux que la noblesse dont elle a pris la place avec le même égoïsme... Le peuple n'a gagné à sa victoire que repentir et aggravation de misère. Mais* soyez convaincus que, si le tocsin sonne de nouveau, si le peuple reprend le fusil, il combattra cette fois pour lui-même et exigera le juste prix de sa vicioire. Alors, le vrai Médor, le MéUur aiitiienlique ser-a honore et choyé... Dieu sait où il court à présent, honni, conspué, et mourant de faim...

Mais silence, mon cœur, tu te trahis trop...

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— Soyez le bienvenu à Paris î me cria-t-il en me voyant entrer. Bravo I je suis convaincu que les bons, les mieux intentionnés seront bientôt tous ici. C'est ici la convention de tous les patriotes de l'Europe. Il faut que tous les peuples européens se donnent la main pour la grande œuvre ; il faut que tous les princes de l'Europe soient occupés dans leur propre pays pour qu'ils ne puissent pas étouffer en commun la liberté en Allemagne. Ah! Dieu! l'Allemagne ! Nous y verrons sous peu des événements bien sombres et beaucoup de sang versé. Les révolutions sont une chose terrible ; mais elles sont nécessaires comme les amputations lorsqu'il y a un membre gangrené. Il faut alors couper proniptement, sans hésitation et sans crainte. Tout retard entraîne un danger, et celui qui, saisi de compassion ou d'effroi à la vue de tant de sang, n'accomplit l'opération qu'à moitié, celui-là agit plus cruellement que le pire des forcenés. Au diable les chirurgiens au cœur faible et leur demi -besogne ! Harat avait complètement raison : il faut saigner le genre humain ; et, si on lui avait accordé les trois cents mille têtes qu*il demandait, des milliers d'hommes, parmi les meilleurs, n'auraient pas péri,

et le monde serait pour toujours guéri de son ancien mal.

» La république — je laisse parler mon homme, en supprimant maintes digressions capricieuses — > la république, voilà ce qu'il nous faut conquérir. La république seule peut nous sauver. Au diable les soi-disant chartes constitutionnelles dont nos bavards parlementaires attendent le salut 1 Les constitutions sont à la liberté ce que les religions positives sont à la religion naturelle ; elles feront par leur élément stalile autant de mal que ces religions positives qui, calculées pour un certain état intellectuel du peuple, sont même, dans le principe, supérieures à cet état, mais qui, plus tard, deviennent très-gênantes quand l'esprit du peuple s'est élevé au-dessus du dogme. Les constitutions répondent à un état politique où les privilégiés abandonnent quelques->uns de leurs droits et où les pauxTCS hommes qui auparavant étaient complètement mis de côté sont tout à coup transportés de joie parce qu'ils ont, eux aussi, obtenu des droits... Mais cette joie cesse dès que les hommes, grâce à leur condition plus libre, sont devenus accessibleâ à Tidée d'une liberté complète, sans aucune restriction et

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tout à fait égalitaire. Ce qui nous parait aujourd'hui l'acquisition la plus magnifique, paraîtra à DOS neveux un misérable apanage, et le plus minco privilège qu-aura conservé l'ancienne aristocratie, peut-être le droit d'orner ses habits de persil, excitera alors autant d'indignation que la plus dure servitude ; il en excitera même davantage, car l'aristocratie se parera avec d'autant plus d'arrogance de son privilège du persil, le dernier qu'elle aura gardé f... Il n'y a que la religion naturelle, que la république qui puissent nous sauver. Mais, avant de pouvoir songer à fonder un état de choses nouveau, un régime meilleur, il faut anéantir les derniers restes de l'ancien régime. Les faibles, les inertes et les quiétistes ne l'entendent pas ainsi, je le sais. Ils nous reprochent, à nous autres révolutionnaires, de tout démolir sans être en mesure de rien mettre à la place ; et ils vantent les institutions du moyen âge dans lesquelles l'humanité s'était fait un nid si tranquille et si sûr. Tandis qu'à présent, disent-ils, tont est nu, décoloré, désolé ; la vie est pleine de doute et d'indifférence.

» Autrefois, j'entrais toujours en fureur quand l'entendais ces panégyristes du moyen âge; mais, au-

îourd'hui, je me suis accoutumé à leur chanson^ et je ne m'irrite plus que lorsque ces aimables chanteurs changent de ton et se plaignent sans cesse de notre rage de démolition. Selon eux, nous n'avons qu'une seule idée dans la tête, c'est de tout démolir. Quelle stupide accusation ! Peut-on, en effet, construire avant d'avoir démoli le vieil édifice, et le démolisseur n'est-il pas aussi méritant que le constructeur, ne l'est-il même pas davantage, puisque son œuvre est plus importante ? Dans ma ville natale, par exemple, il y avait, sur la place de la Trinité, une vieille église toute lézardée qui menaçait ruine; on craignait à chaque instant de la voir s'écrouler, et sa chute aurait pu tuer ou estropier beaucoup de monde. On la démolit, et les démolisseurs prévinrent un grand mal, tandis que ceux qui l'avaient construite jadis n'avaient produit qu'un grand bien. Or, ne peut-on pas mieux se passer d'un grand bien que supporter un grand mal? 11 est vrai que ces vieux murs étaient un splendide r?ste d'une époque de foi, et que les pieuses reliques du moyen âge avaient, la nuit, par le clair de lune, un aspect des plus poétiques... Maïs, si, de ces reliques du moyen âge, quelques pierres, venant à se

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détacher, tombent sur la tête d'un passant (ainsi qu'il arriva à mon pauvre cousin, qui perdit beaucoup de sang et souffre encore aujourd'hui de sa i blessure), ce passant maudit les adorateurs de vieux monuments, tandis qu'il bénit les vaillants travailleurs qui démolissent des ruines aussi dangereuses... Oui, ils l'ont démolie ; ils l'ont rasée au niveau du sol, et, maintenant^ sur la place qu'elle couvrait, il pousse de jeunes arbres verts, et, à midi, les petits enfants y jouent en pleine lumière du soleil.

Bans ces sortes de discours, on ne retrouvait plus aucune trace du Boerne insouciant d'autrefois ; sa gaieté franche et naïve faisait place par moments à une parole pleine de fiel et d'amertune; son ton devenait d'une sécheresse désolante ; et il semblait altéré de sang. En sautant d'un sujet à Tautre, il n'obéissait plus à la folio de son caprice, mais au caprice de sa folie ; ce qu'il fallait attribuer surtout à la masse de journaux de toutes couleurs dont la lecture l'absorbait jour et nuit. Au beau milieu de ses déclamations terroristes, il saisissait tout à coup une de ces feuilles du jour amoncelées en désordre devant lui, et il s'écriait en riant:

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— Tenez^ vous pouvez le lire, c'est imprimé ici : a L'Allemagne est grosse de graves -événements. » Oui, c'est vrai, l'Allemagne porte dans ses flancs de grandes choses, mais la délivrance sera pénible. Il UOus faudra un accoucheur énergique qui ne craigne pas de se servir des instruments de fer. Qu'en pensez- vous?

•-« J'en pense que l'Allemagne n'est pas grosse du tout.

— Non, non, vous vous trompez. Ce sera peuttire un avortement, mais l'Allemagne enfantera. Seulement, il faut nous débarrasser des vieilles bavardes qui se pressent autour d'elle et viennent lui oifrir leurs services de sages-femmes. Telle est, par exemple, cette vieille carcasse de Rotteck. Cette vieille femme n'est pas même un honnête homme. Ce chétif écrivain fait un peu de libéralisme démagogique et exploite l'enthousiasme du jour pour gagner les masses, procurer quelque débit à ses

. mauvais livres et surtout se donner quelque importance. Moitié renard, moitié chien, il se couvre de la peau du loup pour hurler avec les loups. J'aime encore mille fois mieux cet imbécile de Raumer;— je suis justement en train de lire ses LeUres sur

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Paris. — Celui-là est tout à fait chien, et, quand il fait entendre son grognement libéral, il ne trompe personne ; chacun sait que c'est un caniche bien dressé qui ne mord jamais. Cela court sans cesse à droite et à gauche, mangeant à toutes les cuisines ; il voudrait bien aussi mettre le nez dans notre soupe^ mais il craint les coups de pied de ses hauts protecteurs. Ils lui en donnent en effet et prennent cette pauvre brute pour un révolutionnaire. Mon Dieu, il ne demande que la liberté de flatter un peu (îc la queue, et, si on la lui accorde, il lèche avec reconnaissance les éperons dorés des chevaliers de rUckermark. Rien n'est plus plaisant que cette infa* tigableagitation à côté de cette infatigable patience* Ce double trait de son caractère ressort admirablement dans ses lettres^ où le pauvre chien courant raconte comme quoi il faisait queue tranquillement devant les théâtres parisiens... Je vous assure qu'il faisait queue patiemment avec la grande queue, et il est assez simple pour le raconter lui-même. Mais ce qui est encore beaucoup plus fort, ce qui montre à nu toute la bassesse de son âme, c'est cet aveu que, chaque fois, il sortait du théâtre un peu avant la fiii et vendait sa contre-marque. II est vrai que, comme

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étranger, il n'était pas tenu de savoir que cette vente ravale la dignité d'un homme comme il faut ; mais il n'avait qu'à examiner les gens auxquels il vendait sa contre-marque pour s'apercevoir que ce n'était que l'écume de la société, des voleurs et des maquereaux; bref, des gens avec lesquels un homme comme il faut ne parle pas volontiers, avec lesquels, à plus forte raison, il ne fait pas de marchés. Il faut être bien malpropre de sa nature pour recevoir de l'argent de mains aussi malpropres!

Afin qu'on ne pense pas que je suis de tout point d'accord avec Boerne dans le jugement qu'il porte sur M. le professeur Frédéric de Raumer, je ferai remarquer à son avantage que je le tiens, en effet, pour un être malpropre, mais non pour une bête. Je dois aussi faire la remarque expresse que le mot malpropre ne doit pas être pris ici dans le sens matériel... La femme.de M. le professeur jetterait les hauts cris ; elle ferait imprimer toutes ses notes de blanchissage où Ton verrait par le menu combien de chemises et de chemisettes propres son cher petit homme a mises dans le courant de l'année,.. . et je suis convaincu que le nombre en est grand; car, dans le courant de Tannée, M. le professeur Rau-

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mer court tant, conséquemmeut sue tant, qu'il doit avoir souvent besoin de changer de linge. C'est que, la gloire ne lui tombant pas toute rôtie à domicile, il doit être constamment sur ses jambes pour la chercher; c'est que, lorsqu'il écrit un livre, il lui faut d*abord courir de Ponce à Pilate pour en ramasser les idées, puis enfin veiller à ce que l'œuvre péniblement recueillie soit convenablement appuyée par la claque littéraire. Ce petit homme de réglisse^ qui représente assez bien le mouvement perpétuel, est tout à fait unique dans ce genre d'industrie, et ce n'est pas à tort qu'une femme d'esprit disait un jour : « Pour lui, écrire, c'est courir. » Partout où il y a quelque chose à faire, on est sûr de trouver le petit Raumer d'Ànhalt-Dessau. Dernièrement, il courut à Londres; mais, avant son départ, il courut trois mois durant, mendiant de tous côtés les lettres de recommandation nécessaires pour son voyage. Après avoir rôdé dans la société anglaise et recueilli à la course la matière d'un livre, il trouve, toujours à la course, un éditeur, pour la traduction anglaise, et Sara Austin, mon aimable amie, est forcée de prêter sa plume pour traduire un allemand raboteux comme du papier brouillard en bel et bon

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anglais doux comme du vélin ; il lui faut encore pousser ses amis à faire dans les difiérentes revues des comptes rendus du produit qu elle a dû traduire... Et ces comptes rendus obtenus à la force du jarret, Brockhaus, de Leipzig, les fait à son tour traduire en allemand sous ce titre : Jugements de la presse anglaise sur madame de Baumer, »

Je ne partage pas, je le répète, l'opinion de Boerne sur M. de Raumer ; c'est un personnage malpropre, mais ce n'est point une bête, comme le pensait Boerne. Peut-être est-ce parce qu'il publiait également des Lettres sur Paris qu'il critiquait si sévèrement son pauvre rival, et l'accablait en toute occasion de ses plus mordantes railleries.

Oui, ne riez pas, M. de Raumer était alors un rival de Boerne, dont les Lettres sur Paris parurent presqu'en même temps que celles où le petit Raumer correspondait de Paris avec madame Crelinger et son époux.

Ces lettres sont depuis longtemps oubliées, et nous ne nous rappelons plus que le plaisant effet qu'elles produisirent lorsqu'elles parurent sur le marché littéraire en même temps que les Lettres parisiennes de Boerne. Quant à ces dernières, j'a*

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voue que les deux premiers volumes qui me tombèrent entre les mains à cette époque ne m'ont pas médiocrement effrayé. Je fus surpris de ce ton ultrà-radical auquel je m'attendais moins de la part deBoerne que de celle de tout autre. L'homme qui, dans son style décent, tiré à quatre épingles, s'inspectait et se contrôlait toujours lui-même, qui pesait et mesurait chaque syllabe avant de la coucher sur le papier;... l'homme qui, dans sa manière d'écrire, conservait toujours quelque chose des habitudes épicières de sa ville impériale, sinon des allures méticuleuses de ses anciennes fonctions, l'ex-grefiSer de police de Francfort-sur-le-Mein, se lançait dans un tel sans-culottisme de pensée et d'expression, que jamais rien de pareil ne s'était vu en Allemagne. Ciel! quelles terribles alliances de motsl comme ces verbes sentent la haute trahison! que de crimes de lèse-majesté dans ces accusatifs t quels impératifs I quels points d'interrogation défendus par les règlements de police! quelles métaphores dont Tombre seule méritait vingt ans de forteresse I Hais, malgré l'efirpi que m'inspiraient ces lettres, elles réveillèrent en moi un souvenir qui, par une bizarrerie des plus comiques, m'égayait

%% éATIRKS ET PORTRAITS

presque jusqu'au rire et qu'il m* est tout à fait impossible de passer ici sous silence. Je l'avoue, le Boerne qui se révélait à moi dans ces lettres me rappelait exactement le vieil agent de police qui, lorsque j'étais enfant, régnait dans ma ville natale. Je dis régnait, car, administrant avec sa canne, dont le pouvoir était illimité, la tranquillité publique, il inspirait à tous les bambins de mon âge le même respect qu'on éprouve en présence d'une majesté, et, à son seul aspect, nous nous dispersions sur-le-champ lorsque nous nous livrions dans la rue à des jeux pa^r trop bruyants. Cet agent de police devint fou tout À'un coup; il s'imagina qu'il était un jeune gamin comme nous, et, à notre profonde stupéfaction, nous le vîmes un jour, lui, le tout* puissant maître delà rue^ au lieu d'assurer la tranquillité publique, nous provoquer au plus bruyant désordre. « Vous êtes beaucoup trop paisibles, nous criait-il ; mais, moi, je veux vous montrer comment on doit faire du vacarme I » Et, en même temps, il se mit à pousser des rugissements de lion, à imito? le miaulement du chat, à tirer les sonnettes à toutes les portes de façon à les arracher, enfin à casser les vitres à grands coups de pierres^

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toujours eu nous criant : « Je veux vous apprendre, mes enfants, comment on fait du vacarme 1 » Nou^ autres jeunes drôles, nous nous amusions fort à voir le vieux bonhomme, et nous courions derrière lui en poussant des cris de joie, lorsqu'on vint l'arrêter pour le conduire à la maison des fous.

Donc^ en lisant les lettres de Boerne, je songeais sans cesse à ce vieil agent de police, et souvent je croyais l'entendre encore crier : « Je veux vous apprendre comment on fait du vacarme t §

Dans la conversation, la recrudescence de la folie politique de Boerne vous frappait moins^ parce' qu'elle restait en harmonie avec les passions violentes de son entourage immédiat, qui se tenait toujours prêt^à combattre, et de fait passait assez souvent à l'action. Quand j'allai voir Boerne pour la seconde fois dans la rue de Provence, où il s'était définitivement installé, je trouvai dans son salon une ménagerie d'hommes telle, qu'on trouverait à peine la pareille au Jardin des Plantes. Au fond étaient blottis quelques ours blancs d'Allemagne qui fumaient la pipe sans presque souffler mot, et lançaient seulement de temps à autre, d'une voix

caverneuse, quelques jurons patriotiques. A côté

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d'eux était tapi un ïotip polonais qui, coiffé d'un bonnet rouge, hurlait parfois d'un ton rauque les observations les plus doucereuses et les plus fades. J'y trouvai aussi un singe français, un des plus vilains singes que j'aie jamais vus. Il faisait eon-* tinuellement des grimaces, afin que l'on pût choi-* sir la plus belle. Le sujet le plus insignifiant dans cette ménagerie de Boerne était un M. *, le fils du vieux *, marchand de vins à Francfort-surle-Mein, qui certainement était très à jeun lorsqu'il l'engendra... Son corps long et maigre ressemblait à l'ombre d'une bouteille d'eau de Cologne, sans avoir toutefois le parfum de son contenu.

Malgré son air fluet, il portait, à ce que prétendait Beorne^ douze gilets de flanelle sans lesquels il n'eût pas pu vivre. Boerne s'en amusait sans cesse :

Je vous présente ici, me dit-il, une**; elle n'est pas assurément de première grosseur, cependant, elle «st apparentée avec le soleil et reçoit de lui sa lumière... C'est un parent soumis de

t . Le nom est assez facile à deviner, car il suffit de traduire en allemand le mot français étoile qui est ici sous-entendu.

{Note du traducteur.)

LOUIS BOERNB 67

M. de Rothschild... Imaginez- vous, monsieur *, que, cette nuit, j'ai vu pendre en i^ve le Rothschild de Francfort et c'était vous qui lui passiez la corde au cou...

M. % épouvanté de ces paroles, criait d'une voix lamentable :

— Monsieur Bemé^ je vous en prie, ne redites pas celât.. J'ai des môdifs,.. j'ai des môdifs^ répéta plusieurs fois le jeune homme.

Et, se tournant vers moi, il me pria à voix basse de le suivre dans un coin de la chambre, pour qu'il me confiât sa délicate bôsition.

— Voyez-vous, me dit-il à l'oreille, j'ai une bâsition téligade, La femme de M. de Rothschild est, pour ainsi dire, ma tante. Je vous en prie, ne racontez pas dans la maison de M. le baron de Rothschild que vous m'avez vu ici chez Berné.,. J'ai

des mâdifst

Boerne se divertissait continuellement de ce malheureux, et il le taquinaft surtout sur sa manière de baragouiner le français sans presque desserrer les dents.

— Mon cher compatriote, lui disaiUI, les Français ont tort de se moquer de vous; ils prouvent

parla leur ignorance. S'ils comprenaient l'ailemand, ils verraient combien vos locutions sont correctes, au point de vue de la construction allemande bien entendu... £t, d'ailleurs, pourquoi nieriez-vous votre nationalité ? Quanta moi, j'admire l'habileté avec laquelle vous traduisez en français votre langue maternelle, le juif de Francfort... Les Français sont un peuple ignorant, et ils ne parviendront jamais à bien apprendre l'allemand. Ils n ont pas de patience... Nous autres Allemands, nous sommes le peuple le plus patient et le plus docile. Que de choses ne devons-nous pas savoir dès notre enfance! que de latin ! que de grec î que de rois de Perse avec toute leur parenté jusqu'au grand-père t.. • Je gage qu*un de ces ignares de Français ne sait même pas encore dans ses vieux jours que la femme de Cyrus s'appelait madame Mandane et qu'elle était née Astyage.

Aussi avons-nous publié les meilleurs manuels pour toutes les sciences. V Histoire ecclésiastique de Néander et V Arithmétique de Meyer Hirsch sont des livres classiques. Nous sommes un peuple de penseurs, et, comme nous avions tant de pensées qud nous ne pouvions pas toutes les écrire, nous avons

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inventé rimprimerie; de même que, comme àforco de penser et d'écrire des livres, nous n*avlons pas do pain, nous avons inventé les pommes de terre.

~- Le peuple allemand, grommela dans son coin le patriote allemand, a aussi inventé la poudre !

Boerne se tourna vivement, vers le patriote qui Tavait interrompu par cette remarque, et lui dit ea souriant d'un air sarcastique :

— Vous vous trompe^; mon ami, on ne peut pas affirmer de la sorte que le peuple allemand a inventé la poudre. Le peuple allemand se compose de trente millions d'hommes. Vu seul d'entre eux a inventé la poudre; les 29,999,999 autres ne l'ont pas inventée. Au reste, la poudre, comme l'imprimerie» n'est une bonne invention qu'autant qu'on en fait bon usage. Nous autres Allemands, nous nous ser* vons de la presse pour propager la sottise, et de la poudre pour propager l'esclavage.

Comme on lui contestait cette proposition erronée, Boerne, reprenant sa thèse, poursuivit :

— Allons, soit, je conviens que la presse allemande a fait beaucoup de bien; mais le mal qu'elle a imprime l'emporte sur le bien. En tout cas, on doit m'accorder cela relativement à la liberté ci«*

vile... Hélas! quand je parcours toute Thistofre d'Allemagne, je remarque que les Allemands ont peu de talent pour apprendre la liberté civile , mais que, par contre, ils ont toujours appris facilement la servitude, aussi bien en théorie qu'en pratique, et qu'ils ont enseigné avec succès cette discipline, non-seulement chez eux, mais même à l'étranger. Les Allemands ont toujours été les ludi magistri de la servitude, et, là où il fallait faire entrer à coups de bâton dans les corps ou dans les esprits la doctrine de l'obéissance passive, c'est un Allemand qu'on a pris pour instructeur. Nous avons aussi ré-» pandu la servitude sur toute l'Europe, et, comme monuments de ce déluge, nous voyons les familles princières de l'Allemagne assises sur tous les trônes européens, de même que, par suite des anciens déluges, on trouve sur les plus hautes montagnes des débris pétrifiés de monstres marins... Maintenant encore, à peine un peuple devient*il libre, on lui attache sur le dos un bâton allemand... Même dans la patrie sainte d'Harmodius et d'Aristogiton, dans la Grèce rendue à la liberté, on introduit en ce mo* ment la servitude allemande; sur l'Acropole, coule la bière de Bavière et règne le bâton bavarois. Oui',

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c'est quelque chose d'effrayant que le roi de Bavière, ce petit tyran, ce méchant poète, ait pu placer son fils sur le trône d'un pays où fleurissaient jadis la liberté et la poésie, d'un pays où il y a une plaine qui s'appelle Marathon, et une montagne qui s'appsUe le Parnasse t Je ne puis pas y songer s^ns que mon cerveau frémisse!.., A ce que j'ai lu dans le journal d'aujourd'hui, il y a encore trois étudiants de Munich qui ont du s'agenouiller devant l'image du rQi Louis, et demander pardon. S'agenouiller devant l'image d'un homme qui est, en outre, un .méchant poète I Si je le tenais en mon pouvoir, ce méchant poète, je le forcerais à s'agenouiller devant l'image des Muses, et à demander pardon de ses vers comme d'une offense à la majesté de la poésie. Venez encore me parler à présent des empereurs romains, qui faisaient mettre à mort des milliers de chrétiens, parce qu'ils ne voulaient pas s'incliner devant leurs images!... Ces tyrans- là étaient du moins maîtres du monde entier du couchant à l'aurore, et, comme nous le voyons encore aujourd'hui à leurs statues, si ce n'étaient pas des dieux, c'étaient au moins de beaux hommes. On s'incline i^isément après tout devant la puissance et la beauté.

Mais s'agenouiller devant Timpuissance et la laiileur, devant un petit despote de bas étage de l'Ailemagne méridionale, qui a Pair d'un...

Je n'ai pas besoin, sans doute, d'expliquer au lecteur perspicace pourquoi je coupe ici la parole à mon téméraire. Les phrases que j'ai citées sont, je crois, suffisantes pour donner une idée de ses sentiments d'alors ; ils étaient en harmonie avec l'exaltatîon fiévreuse de ces tapageurs allemands qui, depuis la révolution de juillet, arrivaient par bandes échevelées à Paris, et, dès cette époque, se réunissaient aussitôt autour de Boerne. Il est presque incroyable que cette tête, d'ailleurs si sensée, ait pu se laisser enjôler par les plus grossiers frénétiques, et se bercer des plus extravagantes espérances. Il tomba d'abord dans ce cercle de fous dont on pouvait considérer le fameux libraire F..., comme le centre. Ce F..., chose à peine croyable, était tout à fait l'homme selon le cœur de Boerne. La rage brûlante qui dévorait le cœur de Tun, la fièvre tierce de juillet qui faisait trembler ses membres, les convulsions qui l'agitaient en dansant la danse de Saint- Guy du jacobinisme, tout cela trouvait son expression parfaitement exacte dans les Lettres parisiennes

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de Tautre. Toutefois, je n'entends ici, pour Tun comme pour Tautre, que ifelever une aberration d'esprit et non accuser une erreur du cœur. Car F... voulait aussi le bien de la patrie allemande; il était sincère, héroïque, capable de tous les dévouements ; en tout cas,, c'était un honnête homme, et je me crois d'autant plus obligé de lui rendre ce témoignage que, depuis qu'il est condamné au silence dans sa rigoureuse captivité, la calomnie servile s'attaque à sa réputation. On peut l'accuser de mainte imprudence, mais pas d'une seule action équivoque; il a surtout montré dans le malheur beaucoup de caractère; il était enflammé du civisme le plus pur, et, autour de la marotte dont les bruyants grelots environnent sa tête, nous devons tresser une couronne de chêne. Le noble fou! je l'aimais mille fois mieux que cet autre libraire, également venu à Paris, pour veiller à une traduction allemande de la Révolution française. Celui-ci , -v. avait des allures patelines et sournoises ; il débitait ^ * ' ' ' > d'un ton dolent des tirades philanthropiques, et /uM' ressemblait à une hyène qui a pris médecine... Du reste, on vantait aussi sa probité ; on disait même qu'il payait ses dettes lorsqu'il gagnait le gros lot à

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la loterie, et, à raison de cette probité méritoire, il était proposé pour^iinistre des finances de l'empire d*ÂIIemagne régénéré... Entre nous soit dit, il avait dû se eontenterdes finances, parce que F... avait déjà donné par anticipation la placé de ministre de rintérieur à Garnier, de même qu'il avait promis la couronné impériale d^Allemagne au capitaine S... *.

Garhier prétendait, à la vérité, que, si le libraire F... voulait fkire le capitaine S... empereur 'd'Ailemagne, c'est que cette drogue lui devait de l'argent et qu'il né voyait pas d'autre moyen de rentrer dans ses fonds... Mais cela, est inexact et ne prouve que là médisance de Gariiier ; c'est peut-être par astuce républicaine que F... avait choisi pour empereur le plus triste sire, afin de ravaler ainsi la monarchie et de la rendre ridicule.

Cependant, l'influence de P.. .ne tarda pas à cesser lorsque celui-ci quitta Paris, en novembre, jé croîs, et que quelques nouveaux chefs s'élevèrent à ta place du grand agitateur; parmi ceux-ci, les plus

i. n y avait primitivemenl SeyboM dans )e maDUScritori^iaal

que nou*^ 3 vous sous les yeux.

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importants étaient le Garnier dont j'ai déjà parlé et un certain Wolfrum. Je puis bien les nommer par leurs noms, puisque l'un est mort et que l'autre, qui se trouve en sûreté en Angleterre, sera enchanté de tne voir mentionner son importance d'autrefois. Mais tous deux, Garnier en partie, Wolfrum complètement , puisaient leurs inspirations aux lèvres de Boerne, qu'on put considérer, à partir de ce mô* ment, comme Tâme de la propagande parisienne. La folie resta la même; seulement, pour parler comme Polonius, on y mit de la méthode.

Je me suisservi tout à l'heure du mot propagande ; mais je le prends dans uil autre sens que certains délateurs qui entendent par là une société secrète, une conspiration des esprits révolutionnaires dé toute l'Europe, une sorte de franc-maçonnerie sanguinaire, athée et régicide. Non, cette propagande parisienne comptait plus de mains calleuses que de fortes têtes; c'étaient des réunions d'ouvriers de langue allemande qui s'assemblaient dans une. grande salle du passage du Saumon ou dans les faubourgs^ et dont le but principal était de causer, dans lécher idiome national, des affaires du pays. Là, les esprits étaient fanatisés par des discours passion--

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nés dans le sens de la Tribune de la Bavière rhénane, et, comme le républicanisme est une doctrine toute droite, plus facile à comprendre que le gouvernement consti tu tfonnel, par exemple, qui suppose déjà une certaine variété de connaissances, des milliers d'ouvriers allemands devenaient en peu de temps républicains et prêchaient la foi nouvelle. Cette propagande était autrement dangereuse que tous les épouvantails mensongers dont les délateurs en question effrayaient nos gouvernements allemands, et peut-être Boerne était-il beaucoup moins puissant par la plume que par la parole. Cette pa-

rôle, les ouvriers auxquels il l'adressait, la dévoraient avec une foi tout allemande, et allaient la propager dans le pays natal avec un zèle d'apôtres. Il y a une quantité énorme d'ouvriers allemands qui, en faisant leur tour^ vont et viennent sans cesse de France en Allemagne, et d'Allemagne en France. Aussi, quand je lisais les plaisanteries de certains journaux de l'Allemagne du Nord à l'adresse de Boerne, qui, à la tête de six cents ouvriers tailleurs allemands, était monté sur les buttes Montmartre pour leur adresser un sermon sur la montagne, je haussais les épaules de pitié, mais non pas pour

Boerne, car il répandait une semence qui portera tôt ou tard les plus terribles fruits. Il parlait trèsbien, d'une manière laconique^ convaincante et populaire; ses discours, nus et sans art^ étaient tout à fait dans le ton du sermon sur la montagne. Je ne l'ai entendu, à la vérité, parler qu'une seule fois au passage du Saumon, où Garnier présidait Vassem^ blée du peuple... Boerne parla sur la société de la presse, qui devait se garder de prendre une forme aristocratique; Garnier tonna contre Nicolas, le czar de Russie; un ouvrier cordonnier contrefait et bancroche prit la parole et prétendit que tous les hommes étaient égaux ^•.. Je me sentis singulièrement outré de cette impertinence... Ce fut la première et la dernière fois que j'assistai à l'assemblée du peuple.

Mais cette fois unique était bien suffisante. A cette occasion, ciier lecteur, je vais te faire un aveu auquel sans doute tu ne t'attends guère. Tu penses peut-être que la plus haute ambition de ma vie a toujours été de devenir un grand poëte, peut-être

I. Le mot gleUh, égaux, signifie aussi en allemand : pareils, ce qui explique la pbiase suivante. (Note du traducteur)

78 SATIiSS BT PORTRAITS

même ^'é^e couronné m Gapilole comme feu ser FrmeescoPetr^ea?... Sb bien, pon; ce sont plutôt les grands orateurs populaires que j'ai toujours enviés ; j'auvais voulu, au pri^j: 4e ma vie, faire entendre sur la place publique^ ^ une foule mêlée, cette grande parole qui soulève ou apaise les passions populaires et dontretfet est toujours instantané, le t'avouerai même, \mt à fa|t entre nous, qu'au tempa de ma j^unes^, à cet âge d'ipei^périeBce o^ il nou^ prend des envies déjouer la comédie, je me figurais souvent être dans ce rôle. Je voulais absolument devenir un grand orateur, et, comme Pémostbènes, je déclamais parfois au bord de la mer quand les hurlements du vent se mêlaient au mugissement des vagues; c est ainsi qu'on ejceroe ses poumons et qu'on s*accoutume à parler au milieu du plu^ grand tumulte d'une assemblée populaire. Il m'arrivait fr équemment s^ussi de parler en pleine campagne dey^int un gr^nd nombre de bœufs et de vaches, et de parvenir k beugler plus fort que cette assemblée populfiir^ de bêlai}. II est déjà plus di^cile d§ p^panoncer un discours devant des moutons. A tout ce qu'on leur dit, lorsqu'on les exhorte à s'affranchir, a ne pas aller patiemment à l'abattoir comme leurs

LOiriS BOEENII Ti

aneêtres, ces imbéciles vous répondant psp un Mi bée si inébranlablement résigné» qu'il y a dâ quoi en perdre contenance. Bref, je faisais tout ce qu'il fallait pour pouvoir, si Ton nous jouait un jour une I révolution, paraîtra sur la scène comme orateur populaire allemand. Mais^ hélas I dès lapremière ré^ pétition, je remarquai que, dans une pareille pièce» jd ne pourrais j amais jouer jpaoY^ rôle de prédileo^ tion; car, dans une révolution allemande, on fume. Figurez-vous mon effroi lorsque, dans la séance de l'assemblée populaire à laquelle j'assistai à Paris, je trouvai tous les sauveurs de la pis^trie la pipe à la bouche^ et toute la salle tellement remplie d'une puante fumée de c€inasir$ t, que j'en fus tout de suite sufToqué et qu'il m'eût été tout simplement imposa sible 4fi prononcer un seul mot.

Je ne peux pas supporter la fumée de tabac, et je m'aper^s que^ dans une révolution allemande^ le Tôle de grand orateur à la façon do Boerne et oon^ sorts n'était pas fait pour moi» Je remarquai sùr<f tout que la carrière d'un tribun allemand n'est pas

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