Espèce dd tabac qui se famé beaucoup en Alîcmagtie
{Noté du tradueteur,)
précisément semée de roses et encore moins de roses propres. Ainsi il faut donner de vigoureuses poignées de main à tous ces auditeurs, à ces « chers frères et amis. » Boerne a peut-être parlé par métaphore, lorsqu'il a dit : « Si un roi me serrait la main, je la passerais dans le feu pour la purifier ; » mais ce qui n'est pas du tout métaphorique, ce que je pense tout à fait à la lettre, c'est que, si le peuple me serrait la main^ j'irais me la laver.
Il faut avoir vu le peuple de ses propres yeux en vrai temps de révolution^ il faut l'avoir senti de son propre nez, il faut avoir entendu de ses propres oreilles la façon dont s'exprime ce souverain roi des rats, pour comprendre le sens de ces paroles de Mirabeau : a On ne fait pas les révolutions avec de l'eau de rose. » Tant que nous lisons les révolutions dans les livres, tout nous en semble très-beau. Il en est de cela comme de ces paysages artistement gravés sur vélin blanc; c'est la pureté, la grâce même; mais, lorsqu'ensuite nous les voyons en nature, bien qu'ils gagnent peut-être sous le rapport du grandiose, ils présentent dans les détails un aspect sale et repoussant; sur la gravure, les tas de fumier ne sentent rien, et Fœil traverse aisément le marais !
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Etait-ce par vertu ou par folie que Louis Boerne en était venu à aspirer avec délices les odeurs les plus détestables et à se vautrer avec bonheur dans ^'■' ^ la boue plébéienne? Qui nous expliquera cette énigme d'un honame qui, élevé dans la soie la plus douce, révéla plus tard par un fier essor la profonde distinction de sa nature, et, sur la fin de sa vie, se fourvoyant tout à coup, prit le ton de la populace et les manières banales d'un démagogue du plus bas étage? Ëtaient-ce les maux de la patrie qui lui inspiraient une si effroyable colère, ou bien fut-il saisi par cette douleur poignante d'une vie perdue?... Oui^ c'était cela peut-être; il vit que, pendant toute cette vie, avec tout son esprit et toute sa modération, il n'avait abouti à rien ni pour lui ni pour les autres, et il voila sa tête, ou, pour parler plus bourgeoisement, il enfonça son bonnet sur ses oreilles, ne voulut plus désormais rien voir ni rien entendre et se précipita dans l'abîme hurlant... C'est toujours une ressource qui vous reste, lorsqu'on est arrivé à ce point de la route où toute espérance s'est évanouie, où toutes les fleurs sont flétries, où le corps est las, Tâme attristée... Je ne veux pas
jurer qu'un jour, dans les mêmes circonstances, je
n'en ferai pas autant... Qui sait? P^ut-être qu'à la fin de mes jours, surmontant ma répugnance pour la fumée de tabac, j'apprendrai k fuiper, et que je prononcerai devant le public le moins débarbouillé des discours qui pe le seront pas plus que lui,
Dernièrement, en feuilletant les Lettres pari^ siennes de Boerne, je tombai sur çp passage qui con^ traste étrangement avec les propqs qui w*o^% échappé plus haut. Il est ainsi conçu :
« Peut-être me ^^mand^rez-vous avep étonne* ment comment j'ose, moi chétif, m9 mettre sur 1% même ligne que Byron? Je vous répondrai en vou» contant ce que vous ne savez pas encore. Quand là! génie de Byron, dans son voyage à travers le fir^ marnent, arriva sur \^ terre pour y passer une nuit* ce fut chez moi qu'îl descendit d'abord; mais, U maison neMui plaisant p^s du tout, il s^ bftta d'en partir et alla loger 4 l'hôtel Byron.
7> Pendant bien des années, j'ai souiTert de cette aventure; longtemps je me suis affligé d'être devenu si peu de chose, de n'avoir abouti à rien I Haintei^ nant, c'est passé, je l'ai oublié et je vis content dans ma pauvreté, Mon malheur est d'être né dans la classe moyenne^ pour laquelle je ne f^uispas dutoai
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fait. Si mon père eût été noillionnaipe ou mendiant^ si j'étais le fils d'un grand seigneur ou d'un vagabond, je serais certainement devenu quelque chose^ La.moitié du chemin que d'autres par Ipur nais* sance avaient d'avaneesur moi, me décourageait; s'ils eussent eu l'avance de tout le chemin, je ne lei aurais pas vus et je les aurais rattrapés. Hais je suis devenu, par ma position, le balancier d'une pendule bourgeoise, oscillant à droite, oscillant à gauche, et toujours obligé de revenir au milieu. »
Boerne écrivait ces lignes le SO mars 1881 é II a été aussi mauvais prophète pour lui-même que pour les autres. La,pendule bourgeoise est devenue une cloche d'alarme dont le son répandit l'angoisse ^t l'épouvante. J'ai déjà montré quels terribles sonneurs tiraient les cordes de cette cloche; j'ai indiqué que Boerne servit d'organe aux passions contem*^ poraines et que ses écrits doivent être considéréSi non pas comme le produit d'un individu, mais comme un document de notre période d'ébranlement politique. Ge qui l'emporta dans cette période et poussa la fermentation jusqu'à l'ébullition, ce furent les événements de Pologne et de la Bavière rhénane; aussi ces événements exercèrent-ils sur
l'esprit de Boerne la plus puissante influence.
Son enthousiasme pour la cause de la Pologne était aussi ardent qu'exclusif, et, lorsque ce courageux peuple succomba malgré la vaillance adoiirable de ses héros, cette catastrophe rompit chez Boerne toutes les digues de la patience et de la raison. L'épouvantable sort de tant de nobles martyrs de ia liberté qui, traversant TAUemagne en longs convois de deuil^ venaient se réunir à Paris, était bien fait pour remuer jusque dans ses profondeurs un cœur noble et généreux. Mais qu'ai -je besoin, cher lecteur, de te rappeler ces tristes événements? Tu as vu toi-même, les larmes aux yeux^ le passage des Polonais à travers l'Allemagne; tu sais comment le peuple allemand si calme, si paisible, lui qui supporte avec tant de patience les maux de son propre pays, fut transporté de pitié et de colère à la vue des infortunés Sarmates, qu'il faillit sortir des gonds et faire pour ces étrangers ce que nous ne ferions jamais pour nous-mêmes^ c'est-à-dire oublier les devoirs les plus sacrés d'un sujet et faire une révolution... au profit des Po* louais.
Oui, le passage des Polonais a plus révolutionné
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le Michel allemand que tous les placards des autorités et les écrits démagogiques, et c'a été une grande faute de la part des divers gouvernements allemands d'avoir permis ce passage dans les conditions que l'on connaît. La plus grande faute fut sans doute de n'avoir pas laissé les Polonais séjourner plus longtemps en Allemagne, car ces chevaliers de la liberté auraient détruit eux-mêmes, si leur séjour se fût prolongé, cette sympathie inquiétante et extrêmement dangereuse quUls inspiraient aux Allemands. Mais ils ne firent que traverser rapidement le pays; ils n'eurent pas le temps de se discréditer les uns les autres par les contes et la vérité, et ils laissèrent derrière eux l'agitation politique la plus dangereuse.
Oui^ nous étions sur le point, nous autres Allemands, de faire une révolution^ non par colère et nécessité comme les autres peuples, mais par compassion et sentimentalisme, par attendrissement pour nos pauvres hôtes les Polonais. Nos cœurs battaient pour la lutte quand ils nous racontaient au coin du foyer tout ce que les Russes leur avaient fait endurer, que de misères ils avaient souffertes, que de coups de knout ils avaient reçus!... Quand
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ils parlaient des coups, nous écoutions avec un ter doublement de sympathie, car un secret pressent timent nous disait que les coups russes qu'avaient déjà reçu» les Polonais, étaiei)t l0s mêmes que nous avons à recevoir encore dans Ts^venir. ^es mères allemandes croisaient, avec eifroi, les mains audessus de leur tête quand elles entendaient que l'empereur Nicolas,'cet anthropophage, mangeait tous les matins trois petits enfaDts de Polonais, tout crus, à la vinaigrette.
Mais celles qui étaient le plus profondément remuées, c'étaient nos jeunes fllies^ lorsqu'à la clarté de la lune, pressées contre le sein héroïque des Polonais martyrs, elles se lamentaient et pleuraient avec eux sur la chute de Varsovie et la victoire des barbares russes... Car les Polonais n'étaient pas comme ces Français frivoles qui, en pareille circonstance, ne font que rire et plaisanter... Non, ces moustaches larmoyantes donnaient aussi quelque chose pour le cœur, elles avaient du sentiment^ et rien n'est comparable au charmant fanatisme avec lequel filles et femmes allemandes conjuraient leurs fiancés et leurs époux de faire le plus tôt possible ne révolution... au profit des Polonais*
Une révolution est up ms^llieur, mais une révolution manqi;ée est un n^all^eur encore plus grand ; or, c'est ce dont nous menaçait l'immigration de ces amis du Nord qui juraient apporté dans nos affaires tout le désordre et toute l'instabilité qui les avaient eux*mêmes perdus chez eux. Leur immixtion nous eût été d'?|Utant plus pernicieuse que Tinexpérience allemande se laissait volontiers guider par les conseils de cette petite finesse polonaise qui se donne pour de la pénétration politique, et que même la modestie allemande, éblouie par ces manières cbevaleresques et brillantes qui sont propres aux Po« lonaiSj aurait confié h ces derniers les postes les plus importantsi. A cetégardjemesuis beaucoup inquiété dans ce temps-là de la popularité des Polonais.
Depuis lors, il s'est produit de grands changements, et même on n'a guère à craindre cette po« pularité pour l'avenir, pour les intérêts ultérieurs de la liberté allemande «. Ûb I non, si un jour l'Aile*
1. Dans le manuscrit original, le passage était primiti- Tement ainsi conçu : < QuQii{ue j'aime beaucoup ies Polonais et que je me sente attiré vers eux par les sentiments da la sympathie la plus profonde , quoique je les respecte et les estime for( dans les relations socis^eii il m'^tt ce|)eadaD|
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magne s'ébranle de nouveau, et ce jour finira bien par venir, alors les Polonais n'existeront plus guère que de nom, ils se seront complètement fondus avec les Russes, et c'est comme Russes que nous les rencontrerons de nouveau sur les champs de bataille au milieu du bruit des canons... et ils seront moins dangereux pour nous comme ennemis que comme amis.
La seule chose avantageuse dont nous leur soyons redevables, c'est cette haine des Russes qu'ils ont semée chez nous et qui, se propageant sans bruit dans les cœurs allemands, nous assurera une puissante union lorsque sonnera la grande heure où nous devrons nous défendre contre ce géant redoutable qui maintenant dort et grandit dans son sompieil ; ce géant qui, les pieds étendus bien avant dans les jardins embaumés de l'Orient et la tête touchant au pôle nord, rêve un nouvel empire du monde... L'Allemagne aura un jour à lutter contre lui, et, pour cela, il est bon que nous apprenions de
ëtë impossible de m'abstenir de la remarque ci-dessas; ce n'est pas que je regarde la popularité des Polonais comme dangereuse pour l'avenir, pour les intérêts de la liberté dans une période ultérieure, oht non, etc. •
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bonne heure à haïr les Russes, que cette haine croisse chez nous, et que tous les autres peuples y participent... C'est un service que nous rendent les émigrés polonais, qui se dispersent aujourd'hui dans le monde entier pour y propager la haine des Russes. Hélas t ces infortunés Polonais, un jour peutêtre seront-ils eux-mêmes les premières victimes de notre aveugle colère; peut-être, quand la lutte commencera, formeront-ils Tavant-garde russe, et goûteront-ils alors les fruits amers de cette haine qu'ils auront eux-mêmes semée! Esf-ce la volonté du destin ou une glorieuse niaiserie qui a toujours condamné les Polonais à se tendre à eux-mêmes les pires des pièges et enfin à creuser leur propre fosse... àepuis l'époque de Sobieski^ qui battit les Turcs, alliés naturels de la Pologne, et sauva les Autrichiens... le chevaleresque imbécile t
J'ai parlé plus haut de la ^ petite finesse polonaise j». Je ne pense pas que cette expression soit mal interprétée, car elle vient d'un homme dont le cœur a battu de très-bonne heure pour la Pologne, et qui, longtemps avant la révolution polonaise, parla et soufirit déjà pour ce peuple héroïque. En tout cas, }e veux adoucir encore cette expression,
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en faisant observer qu'elle se rapporte ici auf années 1831 etlSSâ^ où les Polonais ne possédaient pas encore les preiyiiers éléments de la grande science de la liberté, et où la politique ne leur pat raissait être a^tr^ chose qu'un tissu de malices (}e femmes et de fourberies, bref une manifes^ tation de cette ffetite finesse polonaise pour la-^ quelle ils s'imaginaient avoir un talent tout parti» culier.
Ces Polonais échappés, pour ainsi dire^ du moyen âge de leur pays, et clans la tête desquels l'ignorance formait comme de vastes forêts vierges, se ruèrent sur Paris, et, là, ils se jetèrent soit dans les sections des républicains, soit dans les sacristies de réglise catholique ; car, pour être républicain, H n'y a pas besoin de savoir grand'chose,et,pour être catholique, il n'y a besoin de rien savoir du tout, il suffit de croire» Les plus avisés d'entre eux ne comprenaient la révolution que sous la forme del'émeute> et ils étaient à cent lieues de soupçonner que le tumulte et le désordre de la rue donnent, en Allé* magne surtout, de piètres résultats, La manœuvre qu'un de leurs plus grands hommes d'État employa contre les gouvernementt allemands était aussi dé*
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sastreuse que bouffonne ^ . Il avait remarqué, lors du passage des Polonais à travers TAllemagne, qu'il suffisait d'un seul Polonais pour mettre en mouvement une paisible ville allemande^ et comme, eq sa qualité de Lithuanien très-instruit, il savait fort exactement, par la géographie, que TAllemagne se compose de quelques trente États, il envoyait de temps à autre un Polonais dans la capitale d'un de ces États.
. 1. An lien de la pbrase préeëde&te et d§ la pnmiôre moitié de celle-ci, se trouvait primitiTemept dans le manuscrit original le passage suivant : • Je parlerai ailleurs du beau côté des Polonais, et des qualités qu'en dépit de toutes leurs mloiiiniei mutuelles, en ne saurait japaais leur contester. Malheureusement, il ne pouvait être question ici que de leur vilain côté, de leur ëtroitesse d'esprit dans les choses, politiques qui nous a tant nui et qui pouvait nous nuire davantage encore. Ces malheureuii Polonais, qui ne possédaient pas môme les notions les plus élémentaires de la grande science de la liberté, qui n'avaient dans le cœur qu'une envie barbare de ferrailler, et dans la tête qu'une ignorance comparable à d'immenses forêts vierges ; ces malheureux Polonais ne comprenaient la révolution que sous la forme de l'émeute, et les plus habiles eux-mêmes ne se doutaient pas le moins du monde qu'une révolution radicale en Allemagne aurait été pe3 favorisée par des insurrections populaires ou par des échauffourés, comme à Francfort, où la sagacité polonaise avait conseillé d'attaquer par un feu de peloton la garde de police. Aussi désastreuse que bouffonne était la manœuvre par laquelle L., le grand homme d'État polonais, essayait d'agir d'ici contre les gouvernements allemands, » '
II plaçait, pour ainsi dire, un Polonais sur un quelconque de ces trente États allemands, comme sur les numéros d'une roulette ; probablement il n'avait pas grand espoir de succès, mais il faisait tranquillement ce calcul : < Perdre un seul Polonais, ce n'est pas beaucoup ; et, si pourtant il vient à causer réellement une émeute, si mon numéro gagne, il peut sortir de là toute une révolution ! » .
Je parle de 1831 et 1832. Huit ans se sont écoulés depuis lors ; aussi bien que les héros de langue allemande, les Polonais ont fait mainte expérience amère mais utile, et bon nombre d'entre eux ont pu profiter des tristes loisirs de Texil pour étudier la civilisation. Le malheur .a été peureux une rude école, où ils ont eu l'occasion de prendre de bonnes leçons. S'ils retournent un jour dans leur patrie, ils y répandront la semence la plus salutaire/ et, si ce n'est leur pays, ce sera certainement le monde qui en recueillera les fruits. La lumière qu'ils porteront chez eux se répandra peut-être jusqu'aux derniers confins du nord-est; elle y mettra en feu les som-* bres forêts de pins, et, à la lueur de cet immense incendie, nos ennemis, se voyant face à face, se feront
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horreurs les uns aux autres... Peut-être alors, pris d'un affreux délire, ils s'égorgeront entre eux et nous délivreront du danger de leur visite. La Providence confie parfois la lumière aux mains les plus maladroites afin qu'un salutaire incendie éclate dans le monde...
Non, la Pologne n'est pas perdue... Sa vie efiective ne se terminera pas encore avec son existence politique. De même qu'Israël après la chute de Jérusalem^ la Pologne s'élèvera peut-être, apr^ le chute de Varsovie, aux plus hautes destinées. Peutêtre ce peuple est-il réservé à des exploits que le génie de l'humanité tient en plus haute estime que les batailles gagnées^ que le chevaleresque cliquetis. de sabres et le trépignement de coursiers dont retentit son passé national 1 Et lors même que la Pologne ne devrait pas refleurir et jouer ce grand rôle, elle ne périrait jamais tout entière... Elle vivra éternellement dans les pages les plus glorieuses de l'histoire !
Après le passage des Polonais, j'ai signalé les événements de la Bavière rhénane, comme ayant le plus contribué à l'agitation qui se manifesta en Allemagne, à la suite de la révolution de juillet, et
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comme ayant exercé aussi sur nos compatriotes résidant à Paris la plus grande influence. L'assemblée populaire de Paris n'était autre chose, dans le principe, qu'une affiliation de l'Union de la presse de Deux-Ponts. Un des plus violents orateurs bipontins vint ici; je ne Tai jamais entendu parler dans l'assemblée populaire; je ne le vis alors qu'une seule fbis, et par hasard, dans un café où 11 annonçait, le front haut, le nouveau royaume, menaçant de h potence ces traîtres de modérés, notamment les rédacteurs de la Gazette (TAugsbottrg.., (Je m'étonne d'avoir eu encore à cette époque le courage de continuer à écrire dans la Gazette (FAugsbourg.,. Maintenant, les temps sont moins dangereux... Il s'est écoulé huit ans depuis lors, et le terroriste de 1831, le tribiin de Deux-Ponts est en ce moment un des plus féconds collaborateurs de la Gazette d^Atigsbourg,,.)
La révolution allemande devait sortir de la Bavière rhénane. Deux-Ponts était le Bethléem où la jeune liberté, le sauveur, pleurait dans son berceau en attendant de délivrer le monde. A côté de ce berceau, beuglaient maints petits bœufs, qui, plus tard, lorsque l'on compta sur leurs cornes, se con-
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duisirént comme le plus paisible bétail. On croyait très-positivement que la réyolution allemande commencerait à Deux-Ponts, et tout y était prêt pour l'explosion. Hslis, comme je l'ai dit, la placidité de quelques personnes fit échouer cette tentative de désordre. Il y avait ^ entre autres, parmi les conspirateurs biponlins^ un terrible fier^à-bras, qui criait toujours le plus fort et exhalait avec le plus de vio^ lence sa haine contre les tyrans. Ce fut lui qu'on choisit pour doniier le signai, en poignardant immédiatement le factionnaire placé devant la grand'garde. — « Quoi ! s*écriâ notre homme lorsqu'on lui donna cet ordre, quoi! c'est à moi, à moi que vous osez conseiller iin acte aussi abominable, aussi atroce, aussi sanguinaire? Moi, tuer un innocent factionnaire t lîioî, père de famille f Et ce factionnaire, lui aussi, est peut-être un père de famille! Un père de famille assassiner un père de famille I Oui, le tuer, le poignarder f »
^^ Gomme le docteur Pistor, un des héros bipontins qui m'a raconté cette histoire, est maintenant à l'abri de tout danger, je puis bien dire que c'est lui qui est ici ma caution. Il m' assura que la résolution allemande avait été ajournée par la sensiblerie du
susdit père de famille. Et cependant, le monient était passablement propice. C'est alors seulement et pendant les jours de la fête de Hambach, que la révolution générale aurait pu être tentée en Allemagne avec quelques chances de succès. Ces journées de Hambach furent le dernier délai que nous accorda la déesse de la liberté; les astres étaient favorables ; mais^ à partir de cette époque, toute possibilité de réussite s'évanouit. Il se trouvait, réunis à Hambach, un très-grand nombre d'hommes d'action qui, pleins d'ardeur et de résolution, pouvaient compter en outre sur les secours les plus assurés. Chacun voyait que c'était le moment de tenter un grand coup, et la plupart étaient prêts à jouer leur fortune et leur vie... En réalité, ce ne fut pas la peur seule qui paralysa les langues et les bras. Mais qu'est-ce donc qui empêcha les hommes de Hambach de commencer la révolution?
J'ose à peine le dire, tant cela parait incroyable. Cependant, je tiens l'histoire de source authentique; elle m'a été racontée par un homme connu pour un républicain véridique, et qui faisait lui-même partie du comité de Hambach^ où l'on discuta la question de savoir si l'on commencerait la révolution. Il
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m'avoua confidentiellement que, lorsqu'on en vint à la question de compétence et qu'on discuta le point de savoir si les patriotes présents à Hambach étaient réellement compétents pour commencer une révolution au nom de toute FAllemagne, ceux qui étaient pour l'action immédiate n'eurent pas la majorité, et que celle-ci décida que c l'on n'était pas compétent. »
Schilda t 6 ma patrie t
Que Venedey me pardonne de raconter cette histoire secrète de compétence et de le nommer luimême comme mon garant ; mais c'est la meilleure histoire que j'aie jamais entendue sur cette terre. Quand j'y songe, j'oublie tous les soucis de cette terrestre vallée de larmes, et peut-être qu'après ma mort, dans l'ennui nébuleux du royaume des ombres, le souvenir de cette histoire de compétence pourra m'égayer encore. Oui, je suis convaincu que, si je la racontais à Proserpine, la morose épouse du dieu des enfers, je la ferais sourire, peut-être même rire aux éclats...
Schilda t 6 ma patrie I
9ft SATIRES KT l>ORTRAItS
Cette histoire n'est^elle pas digne d'être brodée sur le retours eil lettres d'or, comine les poésies de Hollakat, que Ton voit à la mosquée de la Mecque? En tout cas, je voudrais la versifier et la fhire mettre en musique, afin qii'ôn la chantât en berçant les enfants des rois... Vous pouvez dormir tranquilles, vous, grands enfants des rois, et, en récompense dé la chanson que je vous ai chantée et qui gtiérit si bien de la peur, je vous demande d'ouvrir les portes de leurs prisons aux patriotes captifs... Vous n'avez rien à risquer, la révolution allemande est encore bien loin de vous, les bonnes choses veulent du temps, et la question de compétence n'est pas encore vidée...
Schildat 6 ma patrie!
Mais^ quoi qu'il en soit^ la fête de Hambacb est un des événements les plus remarquables de l'histoire d'Allemagne, et, si je dois en croire Boerne, qui y assistait, celte fête paraissait d'un bon aagure pour la cause d^ la liberté. J'avais depuis loiig« temps perdu de vue Boerne, et ce fut à son retour de Hambach que je le revis, mais aussi pour la