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De tous ses ouvrages, c'était celui qu'il estimait le plus, et dans la préface de la deuxième édition il a pris soin de faire connaître son opinion à Mgr de Matignon, évêque de Lisieux, auquel le volume était dédié, et cela dans les termes les plus naïfs et les plus originaux : « Que si » l'estime que fait un homme de son tiavail, lui dit-il, » en peut rendre le don plus considérable, je ne vous cèle » pas. Monseigneur, que celuy-ci est le seul que je n'ay » point de honte d'advouer et avec lequel je courray » toujours plus volontiers fortune. Il a des frères, et qui » peut-estre ne sont pas sans recommandation ; mais , » pour luy, il succède par préciput aux affections du » père. » Il y voyait encore, pour employer ses expressions, « une œuvre non d'imagination ou de mémoire, » mais d'entendement, la pierre de touche de toutes ses » estudes, le véritable charactère de ses sentiments. » Au fond, le travail se réduisait à une sorte de vademecuni, oii des préceptes de politique, de morale et de savoir-vi\Te, étaient amalgamés en quatrains, composés suivant la formule mise à la mode par la vogue de Pibrac et de ses disciples. Garaby se rangeait en toute humilité à la suite du maître :
« Mon premier dessein, nous dit-il, n'étoit que de » former quelques maximes pour ma conduite particulière. » Et parce que la mesure et cadance des vers les pou-
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» voient rendre plus agréables a lire et plus faciles a » retrouver dans ma mémoire, je pensay dès lors qu'il » seroit à propos de les raccourcir dans les limites des » quatrains, ayant en cela pour exemples les autheurs du » petit livre tout d'or de l'Eschole de Salerue, un Matthieu, » un Pibrac et plusieurs autres.... Je ne doute pas qu'il y » en ait a qui un style, trenché de si court, ne plaise pas, » esprits semblables aux médecins méthodiques qui vont » aux remèdes à plein verre, à pleine bouteille. En cela » j'ay suivi mon goust particulier que je ne croy pas fort » esloigné de raison. J'imite les chimiques qui cherchent » l'essence non la quantité des choses, qui contraires aux » Méthodiques ne présentent leurs drogues qu'avec la » cuiller. En sorte que ce ne sera point m'offencer de me » croire ennemi formel de la harangue, c'est a dire du » discours trop diffus. Il me faut du solide, non de la » crème fouettée ou du galimatias qui en est presque » inséparable. Discentibus convenit prolixior oratio, » scientibiis brevior : illa ducet, hxc monet (1). »
Après cela, il est bien entendu que, si le lecteur ne goûte pas ces oracles sybillins, et ne considère pas, en fin de compte, le quatrain dogmatique comme le dernier mot de la poésie, il ne peut en accuser que la dépravation
(1) Sentiments ckrestiens, politiques et moraux. Préface au lecteur.
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de son goût, l'insuffisance de ses études ou la faiblesse de son esprit. La Luzerne ne transige pas sur ce sujet, et, en terminant son avertissement, il nous fait connaître toute sa pensée avec un laisser-aller admirable, digne de Scudéry, d'Angot ou de Sonnet de Gourval.
« On jugera de ma pensée comme on voudra, mais je » puis dire sans vanité qu'il faut estre un peu moins » qu'ignorant tout a fait pour atteindre a l'intelligence de » cet omTage. Qui n'entend à demi mot n'y entend rien » du tout. Sa profession est de vous montrer le chemin » au doigt, mais c'est à vous de poursui\Te, cela s'entend » qu'il en faut penser plus qu'il n'en dit et qu'il n'y a » maxime qui ne puisse exercer un bon esprit une journée » entière (1). »
Peut-être est-ce faute de disposition, mais, après une lecture pourtant très consciencieuse, il nous a semblé que les maximes n'étaient pas toujours aussi profondes et aussi fécondes en déductions qu'on eût pu s'y attendre avec un pareil programme. Nous essaierions, du reste, vainement, de donner une idée complète de ce mélange bizarre de prose et de vers, oii tous les moralistes anciens et modernes sont successivement mis à contribution. Le propre d'une composition de ce genre est de se
(1) Sentiments chrestiens, poUliques et moraux. Préface au lecteur.