‹ Satires (volume 2)Chapitre 11 sur 58 · PÉTRARQUE · texte numérisé non relu

PÉTRARQUE

La Peine

XÉïRABQUE, ayant hnonttî Laiire, Ne laissa plus passer un jour Sans clamer partout : x Je l'adore, Je languis et je meurs d'amour ! »

11 tint tort longtemps cette gamme écrivit sonnet sur sonnet, Et mit en tel honneur sa flamme, Que tout le monde en bouillonnait.

De sa verve un peu mijaurée, Certaines fois, forçant le cours,

Il présente à son adorée

Un beau bouquet de calembours.

Laure est Vénus sortant de l'onde ; De l'éclat de son teint vermeil Elle peut éclairer le monde ; Ses yeux font blêmir le soleil.

Bref, c'est un objet adorable !

— Mais, dit-il d'un ton abattu, Rien ici-bas n'est comparable A ses charmes, que sa vertu!

Et ià-dessus, en hyperboles, Il peint ses martyres cuisants...

On admire ces fariboles Depuis environ cinq cents ans.

Voyant comme il se désespère, Le Pape dit : « Épouse-la ! »

11 répond au Pape : « Saint-Père, J'ai bien trop d'esprit pour cela!

K Le mariage décolore Étonnamment ces chers objets.

Époux, je n'aimerais plus Laure ; A quoi pendrais-je mes sonnets? »

Laiire, qui n'était pas poëte, Au poëte fit un salut; Et promptemcnt se mit en quête D'un gentilhomme qui lui plût.

Elle en eut des fils légitimes, — Onze ! — Pétrarque, sans retards, Versant toujours larmes et rimes. Peupla Carpentras de bâtards.

Le Triomphe'

Uratis le bon Pétrarque avait, durant trois lustres. Chanté madame Laure et ses attraits mûris; Bon amant, bon rimeur, de ses travaux illustres Il attendait encor le prix.

I. Le triomphe de Pétrarque eut lieu à Konie eu 1 341. Les détails souvent grotesques de celle cérémonie nous ont été conservés par Senuccio del Bene, Florentin, témoin oculaire.

11 le rerul onlin, mais non do sa oonilessf. Belle et femme de bien imperturbablement ; Ni pour tant de sonnets pleins de délicatesse : On les chantait trop couramment.

11 avait, par bonheur, fait un poënie en forme, Pièce de haut latin, très-àpre à déguster. La gloire sur ce plomb, avec un bruit énorme, Trouva moyen de s'ajuster.

Soudain Naple, et Paris, et le sénat de Home. A l'auteur d'Africa font offrir le laurier. Dans l'embarras du chois, à son aise, notic hounne Suppute et se laisse prier.

Hnlin il choisit Rome, et le peuple est en fête. Déjà le Capitole attend l'heureux vainqueur. 11 arrive : Evvival Des pieds jus([u'k la tète, On l'habille en triomphateur.

On lui met le cothurne et le soulier comique, Sur le dos l'habit blanc des empereurs romains, La mitre sur la tète, au cou la lyre antique, Des gants de loutre sur les mains.

Une jeune beauté dans une étoffe bleue, Fagotée à l'antique avec un grave soin,

|)(^ jOii liabit Iraiiiaiit purlait la Ioiiltuc queue Une cire alIiinK'e au poing.

Sur un c'iiar symbolique orné de broderies,

Il monte. On y voyait les Muses, Apollon.

Le bon roussin IVirasc et les cent friperies

(hii nieultlent le sacrt' \allnii.

D'oripeaux airuhh's, cinquante })ersonnage? Au \if représentaient les œuvres du héros : Des nymphes, des vertus, des amours, des sau\aget Formés en quadrilles moraux.

Des faunes alentour fuisaienl la cabriole, Bacchus menait le char de l'air d'un fier-à-bras...; Pétrarque ainsi monta vers le haut Capitole, En équipage de bœuf gras.

Sur le chemin, orné de tleurs et dorillammes, Le gros peuple poussait de gros alléluias, Et du haut des balcons, à son aspect, les dames Effeuillaient des camélias.

Les plus femmes de bien blâmaient son inhumaine, Les plus froides lançaient des regards animés, Les autres l'aspergeaient d'ambre et de marjolaine. Ou jetaient des œufs parfumés.

On arrive. Pétrarque alors, d'une voix claire. Débite savamment un discours bien appris; Le héraut le proclame, et tout le populaire Bat des mains et pousse cent cris.

Le poëte est coiffé d'une triple couronne. Lierre, myrte et lauriers, symboles délicats! Et de plus, le sénat (qu'il soit loué!) lui donne Un rubis de cinq cents ducats.

Ducats d'or, s'il vous plaît! C'est, en notre monnaie, Vingt mille francs au moins. Poêles, quels beaux jours! L'Institut à présent vous fait sauter la haie Pour cent écus mis au concours !

Or, Pétrarque, nanti de ce rubis si rose. Dut faire un peu d'escrime en un salon secret. Pourquoi? Senuccio n'en dit rien autre chose, Sinon ce mot : — Il le fallait!

Le poëte revint \ers le [)euple en liesse, El ce peuple charmant, se surpassant encor. Glissa d'autres ducats à l'enfant du Permesse : Toujours cinq cents, toujours en or!

Ce fut laimable fin de ces belles folies. A l'église on entra sans autre compliment;

Puis iiu palais Colonne, après vôpre el complies, On soupa l'oimidablement.

La table desservie, oubliant sa t'aligue, Le vainqueur au beau sexe adressa quelques vers, Et termina la fête en dansant une gigue... Le reste est su de l'univers.

Le Repentir

JJoM Pétrarque, étant vieux et conseiller d'État,

Relut les chants où v it sa fameuse tendresse :

« Ainsi je célébrais, dit-il, ma folle ivresse,

« Quand j'étais un autre homme et dans un autre état. »

« Ma flûte, ajoutait-il, n'a fait (pie trop d'éclat! « J'ai vraiment sans mesure illustré ma maîtresse, ■( Et de vaine espérance et de vaine détresse, « J'ai trop longtemps permis que mon cœur se gonflât.

« Oue tu m'as pris de jours, ù frivole besogne !

« Lorsqu'à présent j'y pense, en moi j'en ai vergogne;

« J'ai servi de risée au [teuple, et je connais

« Oue je fus un grand fol M )•

En allcndiuil la l'arque, De ce discours sensé le conseiller Pétrarque Fil un sonnet... qu'il mit en préface aux Sonnets.

Ma bcu vcggi' or, si corne al popol tuUo Kdvola fui grau tempo, onde soventc Ui me medesmo meco mi vergogno...

K (lel mio vaiiCL;giai' vcrgogiia è 'I fViiltu.

(l'KTiuitr..», l'itii'inîi' ili tutto il Cmiznnievi:)

VAilUlIKKI

UKL lutin désœuN ré, ce ?oir, sur les i^tilets. M'a nommé Vacquerie et ses amis follets?

Normand du Ha\re. mais doué d'un accent kurde, Vac([uerie est en France un des noms de l'absurde.

11 taisait un journal non\mé V Événement, Avec les deux Hugo; trio frais et cliarmant. Jeunes gens de grand cœur et de grands paragrai)he? Vu sublime accrochés par deu\ fortes agrafes, Girardins de ce bout, Hugos de ce côté, lis prétendaient refaire à fond l'humanité. Michelet en était, je croià, comme nourrice ; Ensuite on voyait Gaifîe, et Boyer. et Meurice. Et d'autres moins fameux, parmi lesquels Erdan.

Gluifuii du même zèle exerçait là sa dent;

Tous insultaient à tout. La pléiade assassine

Ne laissait rien vivant, pas plus Dieu que Racine.

On ne voulait souffrir aucun prince debout.

On comptait renverser le roi-prêtre, surtout.

On jetait bas Boileau, l'Église et la police.

Bref, sans le vieux Victor, de ces fureurs complice.

Et sans le grand Emile, experts à les charmer,

On se fût demandé ce qu'ils pouvaient aimer.

Mais s'il faut parler franc, dans la bande ahurie. Pas un seul, à mon gré, n'égalait Yacquerie. Jouvenceau de trente ans, de quarante ans au plus, 11 eût été le roi des poètes velus; L'impossible vivant grouillait dans sa cervelle : Tragadalbas n'est pas son oeuvre la plus belle, J'ai lu de ses morceaux qui passaient par delà! Le dieu de l'incongru sur son berceau parla, Et dans sa langue à lui, que personne n'a sue. Lui livra des secrets cachés à monsieur Sue. Il était très-fécond ; il faisait prose et vers, Il traitait en un mois cent sujets à l'envers. El sur cha([U(^ [)ropos, sans jjrendro aiu'nne peine. Il touchait le fin fond de la folie humaine. Pour ma part, je croyais fort à son avenir. Il était démocrate, et je voyais venir

Sur soii front calfeutré le sacre politique. Homme prédestiné, fait pour la République ! Avec quelle chaleur j'aurais donné ma voix Pour te hucher. poëte, à ce noble pavois, Pour te faire grimper sur la planche aux harangues. Pour lire tes discours traduits eu plusieurs langues. Pour entendre la foule acclamer ton talent, Pour voir le vieil Hugo, d'un visage dolent. Célébrant tes succès dont sa gloire est ternie. Douter devant le tien de son propre génie!

Hélas! nous sommes loin de ce ravissement. Depuis le Deux Décembre, adieu VÉiéncmeut: La patrouille a fermé cette fraîche boutique; Hugo s'est externe, Girardin est antique. Meurice s'est trouvé propre à l'ait du ballet, Quelqu'autre Charenton a reçu Michelet, Erdan a fait un livre à renfermer au greffe, Boyer est en bureau, dit-on; le seigneur Gaiffe Qu'on ne connut jamais n'est pas même inconnu. Où Gaiffe est-il allé? D'où Gaiffe est-il venu? Et dans ce monde plein d'objets de moquerie, Oui me dira pourquoi je pense à Vacquerie?

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