‹ Satires (volume 2)Chapitre 47 sur 58 · LES FILLES DE BABYLONE · texte numérisé non relu

LES FILLES DE BABYLONE

Il xj a six ou sept ans, je venais d'entendre à Saint- Sidirice la vixx parole de M. l'abbé Combulot décrivant les sple7ideurs, les prévarications et le châtiment de Bahylone. Dans cette éloquence nourrie de la moelle de l'Écriture, j'avais admiré particulièrement les traits empruntés au livre d'Isale ; et comme 'je m'appliquais à en rendre la merveilleuse vigueur, je m'aperçus que je traduisais en vers. L'idée me vint de pousser cet essai à toute la prophétie sur Bubylone. J'y réussis, trop aisément peut-être. Ces fortes beautés de l'Écriture portent comme les fortes eaux de la mer. D'Isaîe je imssai à Jérémie, prophète aussi de la destruction de Bahylone ;

puis à Daniel, qui en a été le témoin^ et dont le texte ■plus bref laisse à l'imagination phis de liberté.

J'en étais resté là ; mais, après quelque temps, la fatigue de mes yeux et d'autres préoccupations plus tristes m' éloignèrent de mes travaux accoutumés. On me conseillaitla promenade à l'ombre. Il n'y avait d'ombre possible pour moi que celle des rues de Paris. Je me souvins d'un exercice d'esprit où, j'avais trouvé un utile et agréable délassement, et je repris mon commerce avec le Prophète. Je lisais un chapitre, et, cheminant au hasard, je m'appliquais à le tourner suivant mon dessein, m'attaehant au texte ou prenant carrière au gré de l'occasion. Après tout, la rue n'était pas un cabinet de travail si mal choisi pour semblable l^esogne; l'inspiration s'y soutenait assez, et je finis par tirer quelque chose de la plupart des prophéties qui menacent l'orgueil et les crimes des nations. L'ensemble forme une sorte de poème auquel j'ai donné pour titre le nom que l'Écriture applique aux nations coupables et réprouvées, Filiee Babylonis.

Le sujet méritait une main plus habile. Mais la riche mine n'est pas fermée parce qu'un obscur ouvrier, s'enhardissant à manier un instrument qu'il ne connaît pas, n'en a su tirer que peu d'or. J'ai cédé à une tentation trop forte. Jamais un écrivain n'ouvrira la Bible sans la sentir inimitable et sans être tenté de l'ir-

miter; j'ajoute qiie cette témérité ne le laissera jamais sans quelque profit. Quant au fond, ce sont les oracles (hkins qxi'il se donne à méditer ; quant à la forme, aucune faiblesse ne la peut défigurer assez pour lui enlever toute trace de splendeur : les images sont grandes, abondantes, simples, soudaines; elles éclairent les vérités les plus sûres de tout ce que la poésie a de plus saisissa7it. La poésie moderne, accablée d'oripeaux, bat des chemins où elle ne trouve j)lus rien de neuf, et qui ne méfient à rien de bon; l'Écriture sainte est un monde où, tout poète véritable trouvera toujours des fleurs et de l'or.

La plupart des poètes français qui se sont inspirés de l'Écriture sainte l'ont tournée trop à la française , c'està-dire noyée dans les élégances et les paraphrases. Tel est le tort de Eacine, malgré la beauté supérieure d'Athalie, et surtout tel est le tort de Godeau, de Jean- Baptiste, de Pompignan. Nos contemporains, dans leurs trop rares excursions sur les lisières des vastes domaines bibliques, n'y ont cherché qu'une prétendue couleur locale, comme s'ils se proposaient seulement de lutter axir ces peintres de la matière qui prétendent nous avoir montré des patriarches lorsqu'ils ont copié des Bédouins. J'ai tâché de suivre, entre ces deux écueils, la voie indiquée par Bossuet. Le lecteur peut-être ne s'en apercevra pas et sourira de cette témérité nouvelle; mais enfin, Bossuet, libre et noble, est le vrai maître.

Il a paru superflu de marquer les endroits mdtis nu simplement traduits. L'abondance de ces renvois fati- (juerait le lecteur sans lui apprendre rien d'essentiel, — et r éclat du texte ferait trop pâlir la version.

Voici seulement quelque notes, pour aider les souvenirs du lecteur :

IsAïE, de la famille royale de David, prophétisa dans Jérusalem environ soixante ans, de l'an 739 à l'an C81 avant N.-S. Il avait atteint une très-grande vieillesse lorsque le roi impie Manassès, irrité de ses reprochcfi, le fit cruellement mourir.

Jérémie commença de prophétiser so«(.s le régne de .losias, l'an 629; il vit et pleura la prise de Jérusalem, l'an 606, ixir les Babyloniens, dont il annonça ou dont il avait annoncé déjà la mine, à l'exemple d'Isaîe.

Daniel, du sunij royal de Juda, fut conduit en captivité à Babylone, après la prise de Jérusalem, et élevé dans la science des Chaldécns, d'ailleurs très-inférieure à celle des Hébreux. Il exerça de grands emplois sous yabuchodonosor et sous ses successeurs; plusieurs fuis aussi il fut en disg'rèice. Ni lu faveur ni la disgrâce ne lui firent abandonner le vrai Dieu. Il vit la prise de Ihibyhrne, en :)3S^ environ deux siècles a}>rès la ]irc-

diction d'haie, et il obtint de Cym^s le décret qui m il fvi à la captivité.

Balthasae, dernier roi des Babyloniens, était petitfds de NabHchodo7iosor et de la sage Nitocris. Sous lui Bahylone périt, lorsqu'elle avait atteint sa plus qra)ïde splendeur.

CvKus, roi des Perses, vainqueur de Babylone et libcrateur des Hébreux, nommé par son nom plus de cent ans avant sa naissance dans la 2n'ophétie d'Isaie, xinl accomplir tout à la fois les menaces de Dieu sur la ville pécheresse et les promesses de sa miséricorde envers les Juifs pardonnes. A cause de cela, il est désigné comme la figure du Bon Pasteur. Isaîe l'appelle l'Oint de Dieu : Qui dico Cyro : Pastor meus es... Heec dicit Dominus : Christo meo Cyro. (xliv, 28; xlv, I.)

Babylone, type des dtés pécheresses, a été décrite par Hérodote, qui l'a ^Aie lorsque, déjà démantelée et en quelque sorte décapitée par Darius, elle achevait de périr sous le bâton des Médes. Il n'en reste jilus rien, xiinsi de Saniaric. des riUes de jloab, de Tyr.

Jérusalem, souvent menacée, souvent par donnée et sijuvent punie, a vu s'accomplir toutes les prophéties

redoutables qui la corner aaieid. Ruinée, morte et immortelle, elle a commencé de ne plus vivre que dans le tombeau, dés le moment où Jésus-Christ, si magnifiquement annoncé par ses prophètes, a fondé la Jérusalem éternelle, c'est-à-dire l'Église catholique, où les débris de Jérusalem infidèle prendront place à la fin des temps.

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