‹ Satires (volume 2)Chapitre 50 sur 58 · MO · texte numérisé non relu

MO

Parole du Seigneur :

— 3Foi, le Dieu de? armées, J'affaiblirai les mains ([ue j'ai jadis armées, .l'ôlcrai de Jacob, ingrat et vil troupeau, Et la force du pain et la force de l'eau ; Ils seront sans courage et sans vigueur aucune. J'ùterai de chez eux la sagesse importune, Les sages, les vieillards, les hommes avisés, Et les prophètes saints, qu'ils ont tant méprisés. A ses vœux ignorants je livre ce vulgaire. J'ôterai de chez eux tous les hommes de guerre. Tous les gens de grand cœur ; leurs conseils turbulents Nauront plus à lutter contre les cheveux blancs ; Ils ne combattront plus ceux qui, sous mes portiques, Prudents ont médité les paroles mystiques; Ils n'auront plus de chefs puisqu'ils n'en veulent plus.

Leurs conducteurs seront des hommes dissolus, Des discoureurs sans foi, des larrons, des infâmes, Et leurs rois, des enfants gouvernés par les femmes. Et tout sera tumulte en ce peuple déliiit, Et guerre, et trahison, et révolte, et forfait. Chacun contre chacun se déclarera'maitre. Lenfant méprisera l'homme qui l'a vu naître; Dans la ville sans lois les derniers plébéiens De l'ordre et du respect briseront les liens ; Et l'on verra partout de sauvages colères Alimenter le feu des haines populaires; Et l'on dira partout, poussé du même effroi : « Faisons une couronne et cherchons-nous un roi ! « Qui veut régner? Qui veut être roi? » Mais personne Ne veut ouvrir la main et prendre la couronne. En ces jours de terreur, quel bras est assez fort Pour gu(Tir cette plaie et vaincre cette morl?

Car Jérusalem tombe et Juda se ruine ; Et Moi je vous dirai le fléau qui les mine : Leurs œuvres sont lé mal où tous deux périront. Leur péché, qui m'irrite, est écrit sur leur front. Juda contre lui-même a rendu témoignage. Regardez, et voyez cet impudent visage.

Et comme l'arrogant se targue en son péché ! Malheur, malheur à toi, pervers! Tu m'as cherché,

Tu me verras! Je viens. J'ai compté les victimes; J'accablerai tes mains du fardeau de tes crimes.

Mon peuple ! des voleurs aux femmes attachés, Des chercheurs d'aventure experts en faux marchés, Des hâbleurs insolents caressant ta folie, De ton vin dérobé te revendent la lie; Lorsque tu perds le sens, ils te disent heureux De voir enfin leurs jours, d'être guidé par eux ; Et, pour te faire choir vi\ant en leurs repaires, Ils t'ont montré l'Éden hors des lois de tes pères.

Or le Seigneur a dit : Je suis prêt à juger ; Je jugerai Juda comme un peuple étranger.

Venez au jugement, vous, anciens, et vous. Princes : Venez, loups affamés qui mangez des provinces ; Venez, sages trompeurs qui voulez m'ignorer! Vous avais-je donné ce peuple à dévorer ? Est-ce un bétail à vous et que vous pouvez tondre, Accabler, dépecer ? Vous aurez à répondre ! Vous répondrez de tout! J'irai dans vos maisons Délivrer les brebis, reprendre les toisons ; J'irai venger "mon peuple et perdre vos usures. Venez au jugement, rendez compte, parjures ! La dépouille du pauvre a rempli vos palais ;

Mais son àme, mon bien, le femple où je me plais,

Son âme, mon trésor, qu'esl-elle devenue?

Dans l'àme de mes fils ma gloire est inconnue.

Et mon Nom trois fois saint lui-même est oublié!

Comme un lourd animal vers la terre plié,

Le front bas, le cœur sourd, sans amour, sans prière,

Tout ce peuple abêti méprise la lumière.

Pour le réduire au joug vous l'avez corrompu ;

S'il me craignait encor, le joug serait rompu.

Vos conseils, ô pervers, souillent mon noble ouvrage !

Vous avez dit : « Faisons ce peuple à notre image ;

Enivrons-le d'orgueil, de vin, de volupté ;

Éloignons du Seigneur son esprit hébété ;

Qu'en son cœur révolté jusqu'à la moindre fibre,

Esclave de Satan, il se prétende libre,

Et qu'il haïsse enfin le Dieu qu'il aura fui.

Lorsqu'il en sera là, nous régnerons sur lui... «

Mais j'en jure par Moi, vous rendrez compte, infâmes !

Je redemanderai mes enfants à vos âmes !

Le Seigneur dit encor :

Les filles de Sion Excitent ma colère et mon aversion ; Elles me font rougir. Sachez-le, je déteste La femme aux yeux hardis, au maintien immodeste,

Qui, par ses pas, son air, ses gestes aflectés.

Par ses dieveux luisants avec art ajustés,

Par toute son élude et toute sa parure.

Allume clans le peuple vui foyer de luxure.

Vous voulez qu'on vous voie, etj'ai les yeux sur vous!

Vos longs cheveux, objets de tant de soins jaloux ,

Je les ferai tomber et je vous rendrai chauves:

Et l'or, et les rubans, les nœuds aux reflets fauves.

Les diamants taillés qui pendent sur le front,

Avec les longs cheveux pour jamais tomberont.

Et je vous ôterai vos bracelets, vos bagues.

Les voiles complaisants, menteurs en leurs plis vagues,

Les écharpes de soie aux dessins élégants ,

Le fard et les colliers, les habits arrogants.

Je vous ôterai tout. J'ôtc les broderie!?.

Les talismans secrets ornés de pierreries.

Les boîtes de parfums ; ces parfums séducteurs,

Versés sur vous, seront changés en puanteurs.

Vous marcherez pieds nus, humbles. Des cordes dures

Se noueront sur vos reins, où luit l'or des ceintures ;

Et le cilice étroit, de vos robes de fleurs

Remplacera le faste et les vives couleurs.

A'ssise sur la terre et de larmes trempée ,

Sion pleure ses forts dévorés par l'épée,

Et le Tcmi)lc où trop tard ses regrets ont gémi,

Et ses portes en deuil qu'insulte l'ennenii.

En ce lemps-là, bientôt, surmontant toute lionle,

Sept femmes à la fois, de celles que l'on compte,

Iront trouver un homme, et lui diront : « Prends-nous!

« Nous ne voulons de toi que d'être notre époux.

« Nous saurons travailler et devenir utiles;

« Mais ôte-nous l'alTront des entrailles stériles,

« Afin qu'en Israël notre sein insulté

" Ne se flétrisse pas sans avoir allaité! »

Éphraïm, Éphraïm ! soixanle-cinq années Pleines de deuil sanglant te sont encor données, Et tu ne seras plus un peuple !

En ce jour-là, Ceux que l'impie Achaz follement appela, Et la mouche d'Egypte et l'abeille aguerrie, L'abeille qui bourdonne aux terres d'Assyrie, Viendront. On les verra, bataillons dévorants. Dans les creux des rochers, sur les bords des torrents. Sur tous les arbrisseaux, dans toutes les vallées... 0 villes d'Éphraïm ! ô terres désolées ! Car ces jours seront tels qu'Éphraïm ni Juda N'en ont point vu depuis que Jacob se scinda. Tout fils est orphelin et toute femme est veuve. - Ils viennent! le Seigneur fait déborder le fleuve ;

L'eau monte le malin, l'eau monte encor le soir , La Judée en aura jusqu'au cou. Nul espoir! Le Seigneur a juré d'épuiser sa colère. Comme on tond la brebis il tondra celte terre: Elle sera fauchée, il n'y restera rien. L'Egypte est son soldat; le fer assyrien Servira dans sa main comme un rasoir qu'on loue, Pour raser tout le corps, et la tête, et la joue.

Or, écoute, Jacob 1 le Seigneur a dicté :

" Parce que méchamment ce peuple a rejeté « Les eaus de Siloé qui coulent en silence ; « Parce qu'il a, pervers, envié l'alliance « Du pillard de Damas , ma main le laissera « Dans ce torrent d'Assur qui le submergera. »

Seigneur, (jue dites-vous? A la verge étrangère Avez-vous pour toujours délaissé votre terre? David est-il éteint ? Jacob va-t-il périr ? Les eaux de Siloé, les verrons-nous tarir ?

Voici ! les temps sont pleins ! Voici que le prodige De Jessé disparu fait refleurir la tige : Et la Vierge conçoit, et l'Enfant nous est né, El le salut du ciel enfin nous est donné.

Et des jours dlernels enfin je vois l'aurore!

Peuples, assemblez-vous ! assemblez-vous encore, Et vous serez vaincus! Venez, peuples lointains! Hâtez- vous, venez tous avec vos rois hautains, Et vous êtes vaincus ! Chacun a son armure ; De la plaine et des monts, de la mer qui murmure. Du sable où les lions parmi vous ont vécu, Chacun de vous accourt, et chacun est vaincu !

Sur mon Dieu je m'appuie ; Il sera mon courage. A Jacob infidèle il cache son visage, Mais moi je l'attendrai, je n'attendrai que Lui, Ferme dans mon espoir et fort de son appui. Je connais les talents de nos fiers politiques : Ils useront de ruse et d'infâmes pratiques ; Ils iront aux devins , aux abjects nécromans Qui sifflent à voix basse en leurs enchantements. Ils me diront : Venez, consultons la magie ! Je leur dirai : La mort n'enseigne point la vie ; C'est la loi du Seigneur qui sauve de la mort ! Et je verrai leur chute après ce vain effort.

Empruntant à la mort une vie inféconde. Haïs et vagabonds ils iront par le monde, Enflammés de colère et dévorés d'effroi .

— 2iî) —

Maudissants et nuuidUs, n'ayanl ni Dieu ni loi. Dans le ciel plus d'espoir, sur terre point d'asile ! l'arloul (ii'i \onl leiu's pas, partout Dieu les exile; lin tous lieux étrangers, partout objets d'horreur, Ils apportent la liaine et trouvent la terreur.

Gloire à mon Dieu vainqueur!

Sorti de ses ruines

Après des signes éclatants, L'autel du Dieu très-saint, au-dessus des collines

Brille pour le reste des temps; Et des lointains déserts et de la mer profonde,

Formant partout le même vœu, L'ardente foule accourt. Cette foule est le monde,

Qui vient chercher la loi de Dieu.

Et toi, veux-tu tarder et venir la dernière,

Lorsque ta plac% est en avant?

Allons, Jérusalem ! marchons à la lumière

Que nous donne le Dieu vivant !

Seigneur, Dieu trois fois saint, les fils de la promesse

Dans la nuit se sont égares ; Ils ont souillé le sol dont tu leur fis largesse,

Les faux dieux y sont adorés.

De tes dons paternels tout leur i)ays regorge,

Ta main a béni leurs travaux; Leurs champs donnent le blé, le vin, et lliuile, et l'orge :

Us se vantent de leurs chevaux ; Par le commerce ils font plier la mer altière

Sous leurs navires chargés d'or ; Et tous, se prosternant devant cette matière.

Us ont dit : — « Voilà le Dieu fort ! Le Dieu fort, et [)Ourtant à nos œuvres docile

Que nous transformons sous nos doigts!

Il nous sert, celui-là! de son culte facile,

Nous-mêmes nous faisons les lois.

Et quand nous t'adorons, ô matière conquise,

Et faite esclave en notre main, La louange est pour nous plus fine et plus exquise :

Le vrai Dieu, c'est le genre humain! »

Blasphémateurs ! fuyez, pénétrez dans la pierre. Cachez-vous dans les rochers creux.

Désertez vos palais, souhaitez que la terre Vous ouvre des antres affreux :

C'est l'orage de Dieu qui sur vous se déchaîne !

11 vient abaisser les hauteurs, Et la beauté du cèdre, et la force du chêne,

Et l'orgueil des dominateurs. Sa main dans les palais éteint le son des lyres

Que font chanter les voluptés ; Son souffle au sein du port fait sombrer les navires

Dans les flots que l'art a domptés.

Malheur à qui se hausse et s'admire et se vante,

A qui se gonfle au premier rang !

Dieu nivellera tout en ce jour d'épouvante,

Et c'est Lui seul qui sera grand.

Ah ! l'on verra tomber les fiers regards de l'homme !

Hâtant ses pas appesantis, Le superbe fuira; le riche qu'on renomme

Enviera le sort des petits ; Et celui qui chantait et faisait bonne chère.

Tout parfumé d'ambre et de nard, S'estimera content s'il trouve une tanière

Pour s'v blottir comme un renard!

2arî —

Eu ce temps-là, pourtant, que Sion se console! Le germe du Seigneur sur terre grandira; Sion purifiée entendra sa parole, Le monde l'entendra.

Alors seront comblés d'une allégresse pure Ceux qui fidèlement, pleins d'espérance en Moi, Durant ces jours mauvais supportés sans murmure, Auront gardé la foi.

J'ai frappé le méchant sans aimer son supplice, Dit le Seigneur; Sion ne devait pas périr: Dans un esprit d'amour mesurant ma justice, J'ai frappé pour guérir.

Sur la montagne, aux lieux où chante la prière. Le tabernacle saint sous ses voiles épais

Nous ombrage le jour, et la nuit nous éclaire; Nous y goûtons la paix.

0 misère! Juda, sorti de ces abîmes,

Ades maux plus afl'rcux court par déplus grandscrimesl

Peuple atteint de folie, écoute maintenant

Le chant que sur sa vigne a dicté mon parent :

« Sur la plus grasse des collines, En un terrain favorisé.

J'avais ma vigne; j'y creusai Un fossé couronné d'épines.

« J'ôtai les cailloux ; plein d'espoir. J'arrachai l'herbe et la broussaille ; Je bâtis en pierres de taille Une tour ; je fis un pressoir.

« Dans ma vigne ainsi préparée.

Dans mon enclos si bien conquis, Je vins planter un plant exquis, Et le plus beau de la contrée.

« Mais je n'obtins des ceps ingrats Que des fruits aigres et sauvages; Tel fut le prix de mes ouvrages, La récompense de mes bras.

« Dans mon cœur monta la colère, La haine à l'amour succéda.

Jugez ma vigne et moi, Juda :

Ai-je fait ce qu'il fallait faire?

« Après que j'ai tant lra\ aillé, Après tant de soins, tant de peines, Ces grappes sauvagçs et vaines, Ces fruits amers m'ont-iîs paye''?

« Voici l'arrêt que je prononce Sur ma vigne qui m'a trahi :

Que son enclos soil envahi 1 Que l'herbe } croisse avec la ronce!

« Ma fureur sur elle fondra ; Comme l'on m'a payé je paie :

De ma main j'arrache la haie ; Entre et la pille qui voudra!

« Qu'à mon appel viennent en foule Ses ennemi? et ses jaloux ; Qu'on l'écrase sous les cailloux.

Et que sous les pieds on la foule!

« Je rejette d'ingrats élus, Je maudis ma vigne abhorrée :

Cieux ! sur cette terre altérée, Je le défends, ne pleuvez plus! »

0 maison d'Israël, la vigne est ton emblème ! Le planl choisi du Maître, ô Juda, c'est toi-même! Dieu voulait de bons fruits : quels fruits as-tu donnés? Je regarde : partout je ne vois que le vice, • Et la fraude partout, et partout l'injustice; Les pauvres sont abandonnés.

Le Seigneur attentif connaît les yeux qui pleurent, Il entend les soupirs.; il compte ceux (pii meurent: L'usure a bu leur sang, la faim les a tués. Vous qui voyez ce mal froidement, qui le faites, Qui, sourds à la pitié, vous plongez dans les fêtes, Chantant vos dieux prostitués ;

Vous, jjrinces, vous, puissants, vous chez qui tout abonde; Vous qui, peu satisfaits de dominer le monde. Voulez tout envahir; qui, dans vos i)Ians jaloux,

Du ^euil do vos palais coiivoiloz les fluminiores; Avares affamés de la chair de vos frères,

Dieu vous coiinaîl : malheur à vous !

Soif de 1 or, soif du vin, soif des plaisirs! L'usure Pille les indigents pour orner la luxure ! A la voix des sanglots, vous répondez : Rions ! Vous ne rougissez plus de vos mœurs énervées; En vos foyers, salis d'images dépravées, Vous appelez des histrions.

0 pères d'Israël ! dans vos chastes vallées, Rachel et Rebecca n'ont paru que voilées ; Les anges de Sara seuls ont vu la beauté; Mais vos filles n'ont plus cette coutume austère, Et leur cœur se repait du regard adultère Qu'un baladin leur a jeté !

Malheur à vous encor qui ne songez qu'à boire, Stupides débauchés qui faites votre gloire D'une coupe plus large et d'un plus long festin!... Ils tombent orgueilleux sous la table rougie Lorsqu'ils ont insulté par les feux de l'orgie Aux clartés chastes du matin !

Menteurs , malheur à vous ! Par des discours cyniques

Chacun va se targuant de ses œuvres iniques, Et vante sans pudeur son péché plus hideux : Ceux qui devraient pleurer et qui se glorifient, Ceux-là, dit le Seigneur, sont ceux qui me défient ; Je les entends, je suis près d'eux!

Poètes effrontés, puits d'obscènes paroles. Mimes impertinents, lâches sculpteurs d'idoles. Artistes sans pudeur inspirés des enfers. Troupe esclave livrée aux services infâmes, Malheur à vous ! malheur, vils corrupteurs des âmes, Féconds en ouvrages pervers!

Blasphémateurs enflés des venins de l'abîme. Fous méchants qui, rêvant la gloire pour le crime, Traitez de Bien le i\ral, traitez de Mal le Bien ; Négateurs obstinés des célestes lumières, Rebelles devant Dieu, Caïns parmi vos frères, Nés de Satan, votre soutien;

Malheur ! car c'est par vous qu'un peuple se déprave : Par vous plus criminel, son péché qu'il aggrave Plus loin du repentir l'emporte chaque jour. Vous bravez le Seigneur ; vous dites : Qu'il se hâte ! Attendez! le levain fermente dans la pâte Et le bois soc est dans le four.

Les. inenncos de Dion tonnent à mes oreilles : Malheur, gens de péché, malheur à vos merveilles! Malheur aux grands palais que l'orgueil a meublés ! Le glaive nettoiera ces hautaines demeures, Et le long désespoir viendra compter les heures Sous les portiques écroulés.

Frustré dans le travail où son espoir se fonde, L'homme en vain répandra sa sueur inféconde : Tout sera dévoré par un souffle enflammé; La vigne apparaîtra languissante et tarie, Le blé ne produira qu'une paille amaigrie. Et rendra moins qu'on n'a semé.

Malheur, peuple insensé qui pèches et qui railles! Malheur à toi ! L'enfer dilate ses entrailles, Il ouvre devant toi ses abîmes de feu : Là seront sans vigueur tes plus mâles courages ; Là tu verras tomber tes vaillants et tes sages, Qui t'enseignaient à braver Dieu.

En ce jour les savants connaîtront leur science, Les prudents apprendront ce que vaut leur prudence, Les vendeurs de justice enfin seront jugés. Le Seigneur s'est lassé. C'était trop de scandales. Trop de blas]>hémateurs et trop d'âmes vénales, Trop d'honneurs aux dieux étrangers!

C'est pourquoi, coauac un feu (jui dë\ore le chaume, Le courroux du Seigneur dévore ce royaume, El les champs et la ville, et le ;zerme et la fleur. Point d'abri contre lui ! Les races pécheresses, Quimd leur jour est \enu n'ont plus de forteresses, Leurs vaillants n'ont plus de valeur.

Et les monts les plus fiers s'inclinent sous la honte, El partout la terreur avec l'ennemi monte ; Sans enterrer les morts on fuit, mais pour mourir. Les morts sont entassés dans les places publiques, Les champs en sont couverts; j'ai vu sous les portiques Le corps de l'orgueilleux pourrir.

Après ces coups sanglants, ô profondeur du ciimel Dieu n'a pas satisfait sa fureur légitime. Et son courroux s'enflamme, et son bras est levé : Et ce peuple endurci, se souillant dans la poudre, Jadis sourd à l'amour, reste sourd à la foudre Et ne veut pas être sauvé!

Dieu donne le signal. Aux confins de la terre

Se dresse un peuple altier qu'il a fait pour la guerre;

Les chariots sont prêts, les chevaux sont sellés :

Venez! Comme au silUet accourent les abeilles, lis viennent. Nous verrons leurs cohortes, pareilles Aux moissonneurs parmi les blés.

Celui qui les commande est fort et sans alarmes; 11 bra\e le sommeil, et du poids de ses armes 11 ne s'allège pas dans ses rudes travaux ; Rien n'entrave sa marche audacieuse et sûre ; Pas un de ses soldats n'a perdu sa chaussure ; 11 veille aux pieds de ses chevaux.

11 a muni ses traits de pointes menavanles, Ses glaives éclatants sont en des mains puissantes, Ses arcs toujours bandés frappent le but lointain; A sa voix qui rugit fout se meut et se règle; Son étendard joyeux bat les airs, comme un aigle Déjà maître de son butin.

Fantassins et chevaux, et chars que rien n'arrête, Prompts comme l'ouragan, forts comme la tempête, Fondent sur nous avec le grand bruit de la mer... Au lion rugissant qui reprendra sa proie? Il la tient et la garde, et sous ses dents la broie. Captive en ses ongles de fer.

Et nous, terrifiés, pantelants, en silence,

.letant partout les yeux dans ce désastre immense,

Nous ne voyons partout que nuit et que terreur; Et le feu nous dévore, et le sang nous inonde ; Et nul rayon du riel de cette nuit profonde N'éclaire la profonde horreur.

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