‹ Satires (volume 2)Chapitre 51 sur 58 · ASSUR · texte numérisé non relu

ASSUR

JJiEU ne t'a pas donné la terre, Homme d'iniquité qui fais subir ta loi. Dieu te voit tourmenter son peuple héréditaire; Sa justice souffre par toi :

Tu connaîtras sa main sévère.

Malheur à vous, juges méchants, Qui du côté (lu fort inclinez la balance! Et malheur à vous, rois aux avares penchants, Qui, par astuce'et violence, Dimez jusqu'à l'herbe des champs !

Tout ce que le Seigneur lui donne,

Vous le vendez au pauvre, et vous le vendez cher.

Le pauvre est donc à vous? Dieu donc vous l'abandonne ? Vous vous partagez cette chair, Et vous croirez que Dieu pardonne!

Ses regards se sont irrités.

11 a vu dans Juda cet insolent contraste : La misère des champs, le luxe des cités,

Et par les vices et le faste

Tous les délires excités.

.le \ous dirai votre folie :

(le peuple, en le pillant, vous l'avez corrompu, Et ce n'est plus qu'un vase où fermente la lie.

Avec le Ciel il a rompu.

Retrouvez un frein qui le lie!

11 nourrit detîVayants désirs, Il ourdit contre vous des vengeances sauvages ; Il veut de l'or, des jeux, des festins, des loisirs.

Consultez-vous, riches et sages ;

Faites au peuple des plaisirs!

Non, n'espérez plus qu'il attende!

11 a pesé le joug il le voudra briser. Le feu de la révolte a couvé sous la cendre :

Oui saura l'art de l'apaiser

Quand Dieu voudra qu'il se répande?

Ce n'est pas tout de me traliir, De transirresser mes lois, d'insulter mes prophètes, D'opprimer devant moi pour me faire haïr :

Tout cela, princes, vous le faites ;

Mais je suis là! je viens [)unir.

.Ma patience enfin se lasse; Je ne répare plus ce que vous détruisez. N'ous voilà satisfaits, et cette populace

Pense comme vous l'instruisez ;

Dans vos filets je vous enlace !

Les prières sont des vertus ; Les autels respectés font un peuple prospèje Ma main ressuscitait vos pères abattus

Parce ([u'ils gardaient la prière...

Vos prêtres mêmes se sont tus!

N'avez-vous pas vu Samarie, Et sa force détruite et ses hauts murs pillés? L'autel est le rempart qui sauve la patrie.

Quand les autels sont oubliés,

La nation tombe, flétrie.

Race qui m'as déshonoré, Apprends ce que lu vaux lorsque je te délaisse. Je sais ce qu'autrefois mon amour a juré ;

Mais, pour accomplir ma promesse,

Jacob, je te purifierai!

J'envoie Assur. Assur portera ma colère ; Je l'envoie au peuple adultère :

— Va, roi d'Assur, et sois dans mes rnains l'instrument, Sois le bâton du châtiment.

Tombe sur ces perveis : que ton bras les dépouille. Et que ton pied pesant les souille;

Qu'ils reçoivent par toi ce qu'ils ont tant cherché. Je te les livre, ils ont péché. —

Mais Assur ne sait pas que cest Moi qui l'envoie ; Ce stupide s'enfle de joie.

Il se dit en son cœur qu'il est un conquérant ; Parce qu'il tue, il se croit grand.

« Les royaumes, dit-il, deviennent, mes provinces; « J'ai fait rois mes ducs et mes princes.

(' N'ai-je pas pris Calano ot soumis do mon hras « Charcamis, Arpliad ot Damas?

« Tout succombe, tout cède au grand roi d'Assyrie; « J'ai pris la forte Saraarie.

« Jusqu'à Jérusalem j'irai. Qui défendra « Jérusalem ? Et qui m'arrêtera ?

« Et comme j'ai pillé les dieux de tous les autres, « Jacob, je pillerai les vôtres.

« Je prendrai l'or du temple et l'autel précieux « Où siégeait le Seigneur des cieux.

« Car je suis le puissant, le vaillant et le sage; « Toute ma gloire est mon ouvrage.

« J'ai vaincu les plus fiers et les plus redoutés, « Et mes mains les ont emportés.

« Comme on emporte un nid délaissé dans les chaumes, « Ainsi j'emporte les royaumes ;

« Et pas un n'a, devant l'oiseleur aguerri, '< Remué l'aile ou fait un cri! »

Ainsi parle ce fou. — Moi, le Dieu des Armées. Dit le Seigneur, j'attends et ris de ses fumées. Quand j'aurai sur Sion accompli mes desseins, El dans Jérusalem vengé mes autels saints, Alors de ce grand cœur je verrai la vaillance ; Alors de ses regards j'abattrai l'insolence. 11 se targue bien fort, mais cela tombera. Jusqu'à l'endroit marqué, non plus loin, il ira. Quoi donc? l'instrument vil devant le bras s'élè\e! Le bâton croit qu'il frajipe, et l'on entend le glaive Annoncer qu'il tuera ! — Tu tueras, si je veux! Sous la gloire d'Assur j'allumerai des feux Qui le feront sécher; et ce fort qui se vante, En un jour abîmé, seul et plein d'épouvante, S'enfuira pantelant. Je le ferais périr Si je voyais en lui moins d'orgueil à punir. Ses princes arrogants engraissés de rapine, Ses féroces soldats, et le cèdre et l'épine, Je lui prends tout; le feu dévore sa forêt. Ce qui reste, un enfant des yeux le compterait, Comme on compte les mâts d'un navire qui sombre.

Et vos restes, à vous, vos restes, faible nombre,

lï^raM ol Jacoh, \os restes préservés

So loiirrieronl vers Dieu (jui los aura sau\('s.

.Ma promesso subsiste, elle est iinpérissahlo.

Mais, fussioz-vous nombreux comme l'herbe cl le sable,

Je ferai parmi vous un tel retranchement

Ou'un indigent troupeau survivra seulement.

Kl ceux-là, s'éloignant des idoles du vice,

Fermes et purs, seront inondés de justice.

Mon peuple, c'est pourquoi je t'ouvre un abri sur. Demeure dans Sion et ne crains pas Assur. Coupable, je l'emploie à punir des coupables; F'ar lui j'écraserai des pécheurs incurables. Ainsi l'Égyptien fut autrefois mon bras. Cet Assur n'a qu'un jour, et tu me connaîtras. Je tiens l'Assyrien dans ma main souveraine; Soudain fut son triomphe et sa chute est soudaine.

Dans Aïath il arrive; il passe par Magron ; II s'allège à Machmas. Plus terrible et plus prompt, Il fait halle à Gaba. Rama, dans l'épouvante, Le voit marcher encor sans déplier sa tente. Gabaath a pu fuir. 0 fille de Gallim I Tes cris ont retenti jusque sur Garizim. Tu l'entends, Laïsa, garde bien ta muraille! D'Anathot faible et pauvre en passant il se raille,

Et ne l'aUaque [luiiil. .Médéméiui s'enfuit. Gabim, pour se défendre, a travaillé la nuit. 11 se hâte, il poursuit. Le bruit de sa fanfare Éclate vers le soir dans Nobé qui s'efTare ; Mais, profitant du jour, par un conseil savant, Sans attendre la nuit il pousse plus avant. Il voit Jérusalem : c'est le cœur et la tète, C'est là qu'il veut frapper, et, content, il s'arrête. Il regarde sa proie, il la tiendra demain : Vers la ville et le temple il agite la main...

Les justes, cependani, le [ronl dans la poussière.

A l'écart de la foule effrayée et sans voix,

De David pénitent redisent la prière;

Et Dieu brise la lance et vide le carquois.

(i Du profond abîme Vers toi j'ai crié.

Moi, Seigneur, l'infime.

Le pécheur souill(' :

Entends ma prière.

Et du ver de terre, Seigneur, prends pi lié!

« Si Ui liens lo coniple De tous mes forfaits, L'éternelle honte Me couvre à jamais !

Père, sois propice !

Devant ta justice Tout homme est mauvais.

(' La miséricorde llègne dans ton cœur; Ta bonté déborde Sur l'humble pécheur :

Elle t'a fait père ; En elle j'espère, Dieu libérateur!

« Mon âme frivole Put se détourner; Mais j'ai ta parole, Tu veux pardonner ; Je prends confiance; De ma délivrance L'heure va sonner.

« Du soir à l'aurore.

De l'aurore au soir.

Mon ànie l iniitlorr, Ferme en son espoir.

Couronné d'étoiles, Dans tes cieux sans voiles, Je pourrai te voir.

« C'est toi qui délivres, 0 Dieu de bonté!

Jacoh va revivre Par ta charité.

Montre-nous ta face :

Sa splendeur efface Notre iniquit(3! »

Assur déjà suppute, en rêvant le carnage. Les trésors de la ville et du temple au pillage; 11 ignore qu'on prie et s'en soucierait peu... Bientôt, bientôt, Assur! et tu connaîtras Dieu.

Roi, goûte ta ^ ictoire et savoure ce leurre ; Hàte-toi, je te donne une heure.

A travers la fanfare et tes cris triomphants, J'entends les pleurs de mes enfants.

Mes justes ont prié dans celte l'oule vile : Leur prière a gardé la ville.

Et maintenant, Assur, que par toi j'ai puni, Rois des rois ton règne a fini.

Va-l'en. Vois tes soldats : la terreur les enlève, lis ont cru qu'ils voyaient mon glaive.

Tes satrapes sont morts dans la boue. Aux bergers Tes butins seront partagés.

Les patres d'Israël à leurs brebis bêlantes Ont fait un abri de tes tentes.

Ton sceptre les amuse; ils ont donné pour lils A leurs chiens tes drapeaux salis.

Et toi, suant la peur, à travers tes royaumes. Tu cherches un nid dans les chaumes ;

Tu crains le moindre jour, tu crains le moindre bruit; Tu crains les spectres de la nuit.

Une feuille qui tombe, un roseau qui s'incline Glacent Idii cn-ur dans la poilrine:

Tu crains ce que lu vois, tu ciains ce qui n'est pas, Tu trembles au bruit de tes pas.

De tes Étals d'iiier, dans la fuite éperdue, Va, parcours ainsi l'étendue.

Va, ta fosse est creusée, et quelque ignoble main Sans bruit t'y poussera demain.

0 droite du Seigneur! Voici qu'Assur s'étonne.

Au milieu de son camp la terreur l'environne!

Sur ces remparts muets, désarmés devant lui,

Quelle épée est tirée et quelle armure a lui?

Rien n'apparaît. Dans l'air voit-on quelque merveille?

Non, les soldats de garde ont achevé leur veille

Sans alerte; on ne voit à l'horizon lointain

Qu'un ciel pur, éclairé des beaux feux du matin.

Cependant tous ont peur. Le cœur du roi s'agite ;

L'épouvante le gagne, il crie, il prend la fuite.

En désordre aussitôt, rompant leurs rangs serrés,

Ses soldats comme lui se sauvent effarés.

Plus de roi, plus de chefs; on ne connaît personne.

Les chevaux de combat que la peur éperonne,

Renversent les fuyards, sur les rocs ébréchés

Brisent les cavaliers à leurs crins accrochés,

Emportent à travers les cohortes hurlantes

Les chars armés d'airain. Le l'eu s'allume aux tentes;

11 dévore en sifflant butin, prêtres et dieux.

El les lourds éléphants devenus furieux,

Comme dans le pressoir écrasent la mêlée,

Et font jaillir le sang de la grappe foulée ;

Et c'en est fait d'Assur, le vaillant et le fort !

Et, pendant qu'au hasard il va chercher la mort,

Dieu prodigue ses dons à Sion délivrée :

Le peuple est à genoux dans l'enceinte sacrée ;

La paix remplit les cœurs, et, par delà les murs,

Le glai\e ivre de sang dort sons les («pis murs.

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