‹ Satires (volume 2)Chapitre 53 sur 58 · DAMAS · texte numérisé non relu

DAMAS

Je vois des mur? rompus, un désordre, un amas,

Vaste ruine encor fumante :

Cela fut une ville ; on la nommait Damas,

La très-belle et la triomphante.

Éphraïm, — insensé! — mettait là son appui.

Avec Damas, Éphraïm tombe.

Cherchez dans Aroer ce qui reste de lui,

Et ce qui reste dans la tombe.

Voici les blessés morts, les fugitifs mourront.

.Te l'ai voulu, la mort domine.

Le glaive a moissonné ; sur ses pas glaneront

Deux sœurs, la Peste et la Famine.

Les troupeaux dans la ville errent en liberté ;

Ces grands jardins sont leur domaine :

Les lieux où la débauche et l'orgueil ont chanté

N'entendront plus la voix humaine.

Certes, la plante impie est belle et de \aieiir;

Mais laissez un peu, qu'elle croisse !

Voici ; dès le matin elle est montée en fleur ;

Et le soir c'est un fruit d'angoisse.

Éphraïm, qu'en dis-tu? Juge par ces effets. Juge enfin tes dieux darnascènes :

Ils te laissent défaire, et tu les avais faits Avec tant de soins et de peines!

Peuple fou ! mais j'ai dit qu'ils ouvriraient les yeux Et qu'ils connaîtraient leur folie.

A la vile matière ils demandent des dieux Ouvrés de leur main avilie!

Celui-ci prend du bois, cet autre des métaux , On brûle, on lime, on forge, on taille :

Et puis voilà leurs dieux, faits à coups de marteaux, Durcis au feu sous la tenaille!

Parmi \ ingt troncs coupés qu'il conser\e en dépôt,

L'(iii\ lioi' choisil (l('s l'atiroro :

Du même arbre il so chaiitTo, il fait bouillir son pot. Il fabrique un dieu qu'il adore!

La moitié de ce bois devient cendre et charbon,

Consumée au plus vil usage ; L'autre va faire un dieu bénin ou furibond,

Suivant l'air que prend son visage.

L'artisan le termine, il le plaque d'or fin Et le dresse sur quelque marbre.

N'attendez pas qu'il pense et qu'il se dise enfin : Mais pourtant j'adore un tronc d'arbre!

Non, non ! pour éclairer tout ce peuple endurci, H faut que ma foudre interAienne.

Israël et Jacob, considérez ceci ;

Voyez, et qu'il vous en souvienne :

Celui-là qui m'oublie, à mes vengeurs cachés, Quand son temps est plein, je le livre.

Seul je suis maître, seul je remets les péchés : Revenez, si vous voulez vivre!

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