CONFESSION
XlÉLAs! je nie confesse et frappe nia poitrine : En mon métier longtemps, trop léger de doctrine. De l'effort et du bruit seulement faisant cas, J'ai cru voir du laleiit où j'ai vu du fracas. J'escortais Hernani le poing haut, l'œil sauvage; J'aurais à Lélia parlé de mariage ; Michelet me semblait profond, Dumas poli , Et je trouvais Delorme on ne peut plus joli. Bref, je fus romantique !
11 faut être équitable;
Le roniaïUisme avait son côté respectable :
Si j'en fus entêté quatre ans, je dois songer
Qu'au moins il me gara bientôt de Déranger.
Béranger déplaisait parmi nous. Notre n)age
Trouvait à ce génie une odeur de fromage,
El toisant d'un œil dur sa Vénus en torchon ,
Nous avait défendu dentrer à ce bouchon.
« — C'est plat, nous disait-il; à pareille ambroisie.
« Laissons se régaler la bonne bourgeoisie.
« 11 va bien au collège, aux rentiers rutilants,
« Aux juges retraités qui sont encor galants;
« Sa muse pour ce peuple, un jour, dans une ornière,
« Naquit d'un soldat ivre et d'une cuisinière;
« Elle est chauve et classique, et ses grossiers couplets
« Ne se peuvent passer du choc des gobelets. »
Depuis, notre prophète a bien changé de gamme!
A la musc de rue il a porté sa flamme ;
Ses suivants, comme lui délaissant l'ancien ton.
Célèbrent Béranger et son vieux mirliton.
Ma foi, je n'en fus point! Quoique exempt de scrupule.
J'aimais bien le péché, mais non pas la crapule,
Et j'ai tenu très-loin, en mes jours négligents,
Le prêtre assermenté du Bicu des bonnes gens.
Je reste romantique en cela. Pourquoi taire
Qu'il me tourne le cœur, ce Caton de Cythèrc?
L'art de ses rigodons, si souvent admiré.
Son sourire gaulois (à mon sens trop tiré),
Quelques couplets heureux , sa gloire colossale ,
Rien n'y (ail. .le n'ponds : Ou c'est plat, ou c'est sale!
Autre excuse; archi-sot qui s'excuse à demi!
Béranger n'était pas notre unique ennemi :
On frappait sans merci d'im égal anallième
Tous les hongres latins et grecs, les forts en thème.
Flamines enrhumés de l'autel d'Apollon,
Qui prenaient l'Institut pour le sacré vallon,
Et leur long corvza pour le sacré délire.
Les tragiques surtout nous fournissaient à rire.
Je ne sais plus leurs noms. C'était un carnaval
D'ouïr comme ils vantaient Pichat et Lancivai.
Leurs aigles derniers-nés, leursPonsards, leurs antiques.
L'implacable sifflet roula ces olymj)iques.
Les pauvres innocents, pour remède à leur cas.
Nous opposaient les Grecs, que tous n'entendaient pas ;
El quant à leur français, il ne nous gênait guère!
Oui, j'ai donné quatre ans à cette folle guerre, Soufflant comme un perdu sur des lampions éteints, Claqueur déterminé d'un tas de trissotins, La plupart sans talent, le reste sans cervelle; Nous appelions cela : Porter la foi nouvelle!
Mais, bah ! j'y peux penser après tout sans ennui : Si ce n'est à moi-même, à qui donc ai-je nui? Dans ces vieux souvenirs, un pourtant m'assassine. Je le chasse, il revient : j'ai médit de Racine. Aveu lourd! 0 Racine, ô poëte, pardon!
ï'insulter, c'était peu. Le mal est que Pradon. Membre de l'Institut, en habit à soutache, Mettait flamberge au vent pour enlever la tache. Voilà, voilà l'opprobre! et nos scurrilités Répondront des vengeurs qu'elles ont suscités...
Et toi, pardon aussi, maître de la satire,
Terrible Nicolas 1 Certe ! on t'aurait vu rire,
Si, sortant du tombeau, tes regards fiers et lents
Avaient pu contempler ces ébats insolents.
Tu n'aurais ménagé ni les tiens, ni les nôtres.
Et sur tes faux croyants comme sur nos apôtres
On aurait vu tomber ton sarcasme irrité;
Plus d'un eût trouvé là son immortalité !
Nos vaillants qu'aujourd'hui ne connaît plus personne,
Ils vivraient en ces vers où Colin toujours sonne,
Où Faret, où Linière, à des fourches d'airain.
Pendent, le cou serré du nerf alexandrin.