‹ SatiresChapitre 14 sur 72 · VACQUERIE · texte numérisé non relu

VACQUERIE

QvEh lutin désœuvré, ce soir, sur les galets. M'a nommé Vacquerie et ses amis follets?

Normand du Havre, mais doué d*un accent kurde, Vacquerie est en France un des noms de l'absurde.

11 faisait un journal nommé VÊvénement, Avec les deux Hugo; trio frais et charmant, Jeunes gens de grand cœur et de grands paragraphes. Au sublime accrochés par deux fortes agrafes, Girardins de ce bout, Hugos de ce côté.

Ils prétendaient refaire à fond l'humanité.

Michelet en était, je crois, comme nourrice ; Ensuite on voyait Gaiffe, et Boyer, et Meurice, Et d'autres moins fameux, parmi lesquels Erdan.

Chacun du même zèle exerçait là sa dent ;

Tous insultaient à tout. La pléiade assassine

Ne laissait rien vivant, pas plus Dieu que Racine.

On ne voulait souffrir aucun prince debout,

On comptait renverser le roi-prêtre, surtout;

On jetait bas Boileau, l'Église et la police.

Bref, sans le vieux Victor, de ces fureurs complice,

Et sans le grand Emile, experts à les charmer,

On se fût demandé ce qu'ils pouvaient aimer.

Mais s'il faut parler franc, dans la bande ahurie. Pas un seul, à mon gré, n'égalait Vacquerie.

Jouvenceau de trente ans,> de quarante ans au plus, Il eût été le roi des poètes velus; L'impossible vivant grouillait dans sa cervelle : Tragadalbas n'est pas son œuvre la plus belle, J'ai lu de ses morceaux qui passaient par delà! Le dieu de l'incongru sur son berceau parla.

Et dans sa langue à lui, que personne n'a sue. Lui livra des secrets cachés à monsieur Sue.

Il était très-fécond ; il faisait prose et vers, Il traitait en un mo\3 cent sujets à l'envers, Et sur chaque propos, sans prendre aucune peine, Il touchait le fin fond de la folie humaine.

Pour ma part, je croyais fort à son avenir.

Il était démocrate, et je voyais venir

Sur son front calfeutré le sacre politique.

Homme prédestiné, fait pour la République 1 Avec quelle chaleur j'aurais donné ma voix Pour te hucher, poëte, à ce noble pavois, Pour te faire grimper sur la planche aux harangues, Pour lire tes discours traduits en plusieurs langues, Pour entendre la foule acclamer ton talent, Pour voir le vieil Hugo, d'un visage dolent, Célébrant tes suQcès dont sa gloire est ternie, Douter devant le tien de son propre génie !

Hélas I nous sommes loin de ce ravissement.

Depuis le Deux Décembre, adieu VÉvénepient!

La patrouille a fermé cette fraîche boutique ; Hugo s'est externe, Girardin est antique, Meurice s'est trouvé propre à l'art du ballet, Quelqu 'autre Charenton a reçu Michelet, Ërdan a fait un livre à renfermer au greffe, Boyer est en bureau, dit-on ; le seigneur Gaiffe Qu'on ne connut jamais n'est pas même inconnu. Où Gaiffe est-il allé? D'où Gaiffe est-il venu? Et dans cfe monde plein d'objets de moquerie, Qui me dira pourquoi je pense à Vacquerie ?

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