‹ SatiresChapitre 17 sur 72 · A UN POETE DE CHAMBRE · texte numérisé non relu

A UN POETE DE CHAMBRE

(j'est à faire aux gens du métier D'avoir toujours le pied aux règles :

Les oisillons , comme les aigles , Se font eux-mêmes leur sentier.

Un petit rimeur de rencontre Sera-t-il tenu de lécher Ses petits vers qu'il veut, cacher, Comme un qui met les siens en montre?

Du vieux Codex parnassien Pour observer chaque formule , 11 faut le pied sûr de la mule Ou de l'académicien.

Qu'à ses entraves non pareilles Se soumette monsieur Ponsard , Je le requiers, et c'est son art :

Il a brevet de charme-oreilles.

J'interdis à monsieur Gautier De se négliger sur la rime.

Qu'il la recherche, qu'il l'arrime :

C'est là le beau de son psautier.

Monsieur Augier suivra ce rite :

Sur la diphthongue qu'il soit franc !

Sinon je l'ôte de son rang, Et mets Bignan dans sa guérite.

Monsieur Hugo cheville en laid; Son genre passe, mais , en somme , 11 restera de ce maître homme Un supplément à Richelet.

Pour toi , petit, qui dans ta cendre Fais des vers en libre ouvrier, Sans les destiner au laurier, Sans même songer à les vendre ;

Mets du bon sens en ta chanson , N'en bannis pas la fantaisie :

Rêve et bon sens, c'est poésie!

Prends tes aises sur la façon.

Pour dire bien ce que tu penses, Si le vrai mot se trouve long , Contracte-le , par Apollon !

L'auditeur donne des dispenses.

Allonge-le s'il est trop court Ce diable de mot nécessaire !

Va ton train , équipe en corsaire Ton esprit qui chante et qui court

Us ont réglé que la diphthongue Ici vaut un et là vaut deux ; Elle est de caoutchouc; ris d'eux :

A ton gré fais-la courte ou longue.

Un joli mot dans un couplet Vaut mieux qu'une rime éclatante :

Celui qui rime sans patente Peut bien rimer comme il lui plaît.

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