UN POETE
Ne crains rien, mon ami, de ma muse discrète ; Tu te sers gentiment d'un faible mirliton ; Seulement, tu parais trop vain pour un poète, Et tu bois trop pour un Breton.
DTN GRAND PENSEUR
Un grand penseur, d'un broc profond
Deux fois par jour voyait le fond,
Ne manquant point ses deux cuvées.
Dans i'entre-deux, la plume en main,
De ses lumières relevées
Il éclairait le genre humain :
Il prouvait que l'animal pense,
Que l'homme est Dieu , que le néant
Seul a créé l'Être créant ;
£t puis il remplissait sa panse.
Or, certain jour, s'étant pansé,
Le grand penseur, près de son livre,
Tout en pensant, tombe mort-ivre
Sur un chapitre bien pensé.
On vient, on le ramasse. Un somme
Aurait guéri 1res- bien notre homme.
Mêlant le râle et le hoquet,
11 disait lui-même : — Un baquet !
Esculape y voit le délire,
Saigne... Et le grand penseur expire.
En termes d'art, cette fin-là
^'appelle : Mors a crapula.