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Honorant leur magistrature.
Du plus loin qu'il entrevoyait D'un de ces juges la fourrure, 11 laissait libre le parquet :
S'il est un Dieu qui les conjure, C'est ce Dieu-là qu'il invoquait.
On a toujours un Dieu. L'athée
Donne amplement dans ce travers.
Il n'est qu'un dévot à l'envers,
Et sa science frelatée,
Se ment comme à tout l'univers.
11 croit, il craint, il sacrifie,
11 a des prêtres, des docteurs,
Des fétiches qu'il déifie,
Des devins qu'il sait imposteurs,
Auxquels pourtant il se confie.
Tel était ce joli garçon,
Ce rat dont je conte l'histoire.
11 répétait une leçon I
Tout son savoir et son grimoire
Lui venaient du pays teuton,
Où de ces choses on tient foire.
Un Strauss, cuistre des plus crottés,
>'ilipendé de ses confrères,
Et quelques autres pauvres hères
Moqués, conspués, réfutés,
C'étaient là ses autorités.
Évitant l'étude profonde,
Faisant fi des noms les plus grands,
Dans l'espoir d'étonner le monde
Il blasphémait sur ces garants l
Je ne dis point qu'au fond de l'âme
Son cas ne lui parût véreux ;
Mais la Gloire, dame aux beaux yeux,
Est si revéche aux vertueux,
Et si commode à ceux qu'on blâme !
Pour la gagner, d'un trait infâme
Un pauvre rat s'acquitte mieux.
Le faquin adorait la Gloire!
Voit-on faquin, en ce temps-ci.
Qui n'ait plus ou moins le souci D'entrer au temple de Mémoire?
Un bon scandale, bien notoire, y fait le chemin raccourci.
De tels chemins, le sacrilège Entre tous mène vite au but.
Et c'est Vexpress pour l'Institut.
On sait cela dès le collège.
Notre rat ne l'ignorait pas,
Mais il avait grand'peur des chats.
Son Dieu secret lui fut propice : j
Par je ne sais quel procédé, I
11 écarta chats et police ; '
Si bien qu'enfin le possédé,
N'ayant plus peur, jeta le dé.
En un clin d'œil, d'un pied agile L*insoIent grimpe sur l'autel, Et là, s'attaquant au Missel, Bellement ronge l'Évangile; Non pas tout entier, mais suivant Un plan des rats de Teutonie, A son estime très-savant, En tout cas propre à son génie.
11 ronge un mot par ci, par là.
Une lettre, au plus une phrase :
— Ne brisons pas, trouons le vase.
Disait-il, le parfum fuira.
Cet Évangile est un doux livre ; 11 faut en garder quelque peu.
Tout simplement expulsons Dieu ; C'est Dieu seul qui ne doit plus vivre.
11 ajoutait joyeusement :
— Je suis un gaillard d'importance !
J'ai la grâce d'un rat de France,
La force d'un rat allemand,
Et je m'en vais faire un tapage
Qu'on ne saurait me mal payer :
Je pourrai, las de travailler,
Me reposer dans un fromage
Plus grand que le champ du potier.
Allons, et du cœur à l'ouvrage I
Dans l'avenir il se voyait
Honoré partout en peinture.
Non sous sa mine de criquet,
Mais beaucoup plus grand que nature.
Comme un lion fier et grondant.
Tenant de Jésus la figure
Et sous sa patte et sous sa dent. *
Pauvre folle petite bête I
Jusqu'au jour il rongea, grugea Le missel et le ravagea, Et nul bruit ne troubla la fête.
Les feuillets du livre divin Ne rendirent aucun murmure ;
Il souilla l'autel, mais en vain :
L'autel muet subit l'injure.
Dans le tabernacle fermé, Muette demeura l'hostie :
— Il est mort ce Dieu renommé, Dit-il ; elle est anéantie
Cette sublime Eucharistie ; Maintenant tout est consommé !
Cependant un appel sonore Invitait la foule au lieu saint.
Le Suisse, au bâton assassin, Apparaissait sitôt l'aurore :
— Détalons une fois encore,
Dit le rongeur, l'air n'est plus sain!
Adieu donc, vieille fourberie, M j stère éventé désormais ; Chris<5 temple, messe, prêcherie, Vous tombez sous ma raillerie Pour ne vous relever jamais.
Dieu n'est plus dans le sanctuaire, On ne l'entendra plus parler ; J'ai rongé la pierre angulaire, Tout l'édifice va crouler, Et déjà je le vois par terre.
Pour des besoins plus résistants,
Nous saurons bâtir d'autres temples :
Vastes prisons, casernes amples.
Grands bazars et cafés chantants, Voilà les églises du temps 1 Beaucoup de bons sergents de ville, De bons geôliers, de bons verroux, Aidés de la Vénus servile, Remplaceront le Dieu jaloux.
Tout ne sera qu'ordre et délice Dans l'univers régénéré ; J'apporte à l'homme réparé, Le libre amour, — et la police.
Sur ces décombres entassés, Sur l'autel et Dieu fracassés , Tel est l'avenir que je fonde:
peuples, rangez-vous 1 laissez Passer le premier rat du moodel
Ce. disant, il se retira,
Roulant les yeux, enflant les cotes,
Et l'échiné et la tête hautes
De toute la hauteur d'un rat.
La vanité gonflait son feutre,
11 en craquait...— Mais, au comptant,
Ce destructeur de Dieu, pourtant.
N'avait que la mine d'un pleutre.
11 se coula dans un conduit Peu fréquenté, qui de l'église Descend jusqu'en certain réduit Où fortement l'on hébral'se ; C'est-à-dire, où le pharisien Est plus parlé que le chrétien.
Il avait là divers confrères Qui l'estimaient fort à leur goût, Trouvant en lui les caractères Mêlés de Gaïphe et d'About.
Constitués en Sanhédrin,
Ces rats pelés et mal entrain,
Grands transmetteurs d'épidémie
Et grands semeurs de mauvais grain,
Traitent l'Église d'ennemie
Et de fléau du genre humain.
Pourquoi? Dieu le sait, je l'ignore,
Et crois qu'ils l'ignorent aussi ;
A l'expliquer aucun encore
Jusqu'à ce temps n'a réussi.
Ce sont vieux rats rongeurs de livres :
Ils rongent du samaritain.
Du cophte fruste et peu certain,
Et beaucoup d'hébreu de rabbin
Et de tels autres mauvais vivres,
Dont ils font un affreux gratin,
Qu'ils recueillent dans d'affreux cuivres.
Devant ce gratin prosternés,
Pleins d'estime, pleins de croyance.
Ils jurent que c'est la science,
Et qu'ils sont savants raffinés.
— Au commencement, la matière, Disent ces rats, vaguait en l'air ; Elle était froide et sans lumière, Elle n'avait âme ni chair.
Elle était Dieu, rien n'est plus clair ; Mais Dieu privé de vie, en germe; Dieu fœtus, qui passivement Attendait son enfantement.
Cela tarda; lent fut le terme!
Tout ce chaos, pour s'outiller Manquait de mains. Le calorique, Enfin se forme, et la fabrique A désormais un ouvrier.
Il apprend longtemps son métier :
11 chauffe, vaporise, agrège ; Fait l'eau salée, à part la met ; Aux vents enseigne leur manège ; Revêt les monts à leur sommet
D'un éternel chapeau de neige; Par des règlements absolus, Dans cette matière brouillée Et tripotée et travaillée De cent et cent flux et reflux, Il maintient les germes inclus .
Et tout devient enfin le globe.
Avec ses êtres animés, Avec son ciel d'azur, sa robe Où les astres sont parsemés î Là, dans les fleurs, sous les étoiles, Composé de boue et d'amour, Sans créateur comme sans voiles.
Le genre humain s'éclôt un jour, Et le vrai Dieu vraiment commence.
Monde-Homme-Dieu serait son nom.
«Grande et belle confection!
Mais jeune encore, dans l'enfance, Et loin de sa perfection.
Plus ou moins toute pièce y cloche ; L'homme n'est qu'à peine ébauché.
Se trouvant partout empêché, Devant l'obstacle qui l'accroche, Le sot se croit fils du péché!
Effet de cette erreur maudite, Le Rédempteur fut inventé,
Puis la chrétienne éternité, Puis la morale. On sait la suite.
Dix-huit siècles en ce chemin, S'est embourbé le genre humain.
Mais nous sommes là I Nos formules Bientôt le désembourberont.
Notre gratin, pris en pilules, De l'homme élargira le front; Les yeux chrétiens, ces yeux crédules, Comme il faut voir, enfin, verront :
Us verront le délire extrême.
Le crime où se laisse égarer, L'homme assez fou pour adorer Un autre dieu que l'homme môme.
Ainsi discourent ces titans, Du Dieu Néant dévots bizarres.
Ils étaient plus fiers que contents.
Malgré cent inventions rares, La victoire à leurs éclatants.
N'accordait jamais que des arrhes.
Ce Jésus cent fois condamné. Ce mort dix-neuf fois séculaire, Serait-il enfin détrôné?
La plupart ne l'espéraient guère.
Toujours le flot de la prière Vers lui remontait obstiné; Toujours sa ctoït^ couvrait le monde.
— Ah 1 murmuraient quelques prudents, L'arbre est bien haut, et plus Ton sonde, Plus la racine en est profonde ;
Que de rats y perdront les dents !
Longtemps voici que l'on grignotte, Et quoi de fait ? Longtemps sera Avant le coup qui prévaudra ; Nous triomphons, puis on nous frotte.
Déjà Voltaire est dans la hotte, Havet peut-être y glissera.
Il faudrait un Iscariote...
A ces mots, le rongeur entra, Si gras, si doux, si laid, de mine, Ënfm, si fausse et si fouine, Qu'un même cri partout vola :
— L'Iscariote, le voilà !
Humblement le héros s'incline.
Puis, assuré de son effet :
— Messieurs, bonjour, dit-il ; — c'est fait !
On imagine l'allégresse!
Chacun s'écrie, accourt, se presse :
— Quoi? comment? Pariez donc un peu!
11 savoure ce beau tumulte ;
Puis enfin : — C'est fait! Plus de culte!
J'ai détruit Luc, Marc et Matthieu,
Et Jean surtout a vu beau jeu !
L'autel porte avec mon insulte
Le débris des témoins de Dieu.
Ce coup renverse le ciboire,
Les miracles seront honnis ;
Les anges dans le ciel bannis
Y pleurent déjà ma victoire...
Ouf! nos destins seraient finis,
rats 1 si l'on mourait de gloire.
Venez voir avec moi là-haut
Ce joli travail de lévite I
La troupe sainte est déconfite ;
Nous allons rire comme il faut!..
Il part ; chacun se précipite.
11 n'est muraille ni verrou Contre la gent qui judaïse :
Chacun savait maint et maint trou (Excepté la porte), par où
Un rat peut entrer dans Téglise; Et dérobant la eharitë.
Plus d'un en avait profité.
Us suivent donc le camarade.
L'un se glisse, Tautre escalade, Beaucoup rampent ; — ils y sont tous, Et tous ont le même spectacle :
Jésus, sortant du tabernacle, Bénissait le peuple à genoux.
Telle fut la grande campagne Du plus grand rat qu'ait vu Paris.
Il tira des juifs un bon prix.
Parut galant en Allemagne, Et n'échappa point au mépris.
Il était fils de la souris Qu'uii jour enfanta la montagne.