QUINET
« Dieu n*a pris ni corps ni visage pour se révéler à « rhomme ; tout ce qui est dit de semblable sur cette « matière est figure, poésie. »
Dâmiron.
« Les mystères du christianisme sont une enve- (c loppe usée et comme une nuée obscure de mythes, « de symboles et de figures que le soleil de la philo- <c Sophie dissipera. »
JOUPPROY.
LES FILLES DE BABYLOiNE
Vœ vobis qui ridetis nunc!
Ih y a six ou sept ans^ je venais d'entendre à Sainte ' Sulpice la vive parole de M. Vabbé Gombalot décrivant les splendeurs, les prévarications et le châtiment de fiahylone. Bans cette éloquence nourrie de la moelle de l'Écriture, j'avais admiré particulièrement les traits empruntés au livre d^Isaîe; et comme f essayais d*en rendre la merveilleuse vigueur, je m*aperçus que je traduisais en vers. Vidée me vint de pousser cet essai à toute la prophétie sur Babylone, Ty réussis, trop aisément peut-être. Ces fortes beautés de l'Écriture portent comme les fortes eaux de la mer. B'Isaîe je passai à Jérémie, prophète aussi de la destruction de Babylone;
puis à Daniel, qui en a été le témoin^ et dont le texte plus bref laisse à Vimagination plus de liberté.
J'en étais resté là; mais, après quelque temps, la for tique de mes yeux et d'autres préoccvpations plus tristes m'éloignérent de mes travaux accoutumés. On me conseillait la promenade à l'ombre. Il n'y avait d'ombre possible pour moi que celle des rues de Paris, Le souvenir d'un exercice d^esprit où j'avais trouvé un utile et agréable délassement, me fit reprendre mon commerce avec le Prophète. Je lisais un chapitre, et, tout en cheminant, je m'appliquais au travail que j'avais en vue, tantôt serrant le texte, tantôt prenant toute carrière* La rue n'était pas un cabinet de travail si mal choisi pour semblable besogne; l'inspiration s'y soutenait assez. Je finis par tirer quelque chose de la plupart des prophéties qui menacent les crimes des peuples ; et il me parut que cela formait une sorte de poème auquel on pouvait donner le nom que l'Écriture applique aux Nations réprouvées, Filiœ Babylonis.
Le sujet méritait une main plus habile. Mais la riche mine n'est pas fermée parce qu'un obscur ouvrier, ^en^ hardissant à manier un instrument qu'il ne connait pas, n'en a su tirer que du sable. J'ai cédé à une tentation trop puissante. Jamais un écrivain n'ouwira la Bible sans la sentir inimitable et sans être tenté de fi' miter; j'ajoute que cette témérité ne le laissera jamais
sans quelque profit. Quant au fond, ce sont les oracles divins qu'il se donne à méditer; quant à la forme, aucune faiblesse ne la peut défigurer assez pour lui eïUever entièrement sa splendeur : les images sont grandes^ abondantes, simples, soudaines; elles éclairent les vérités les plus siires de tout ce que la poésie a de plus saisissant. La poésie moderne, accablée d^ oripeaux, bat des chemins oii elle ne trouve plus rien de neuf, et qui ne mènent à rien de bon; l'Écriture sainte est un monde toujours nouveau qui donnera toujours des fleurs et de Vor,
La plupart des poètes français qui se sont inspirés de l'Écriture sainte. Vont tournée à la française, c'està-dire noyée dam les élégances et les paraphrases. Tel est le tort de Radne, malgré la beauté supérieure (TAthalie, et surtout tel est le tort de Godeau, de Jean- Baptiste, dé Pompignan. Nos contemporains, dans leurs trop rares excursions sur la lisière des vastes domaines bibliques, n'y ont cherché qu'une prétendue couleur locale^ comme ^Us se proposaient seulement de lutter avec ces peintres de la matière qui prétendent nous avoir montré des patriarches lorsqi^ils ont copié des Bédouins. Tai tâché de suivre, entre ces deux écueils, la voie indiquée par Bossuet. Le lecteur peat-étre ne s'en apercevra pas et sourira de cette témérité nouvelle; mais enfin, Bossuet, libre et noble, est le vrai maitre.
Il a paru superflu de marquer les endroits jim^
plement traduits. L'abondance de cea renvois serait fatigante, — it Véclat du texte ferait trop pâlir la version.
C'est assez de donner ici quelque notes, pour aider les souvenirs du lectmr ;
IsAïE, de la famille royale de David, prophétisa dans Jérusalem environ soixante ans, de Van 759 d l'an 681 avant N.-S. Il avait atteint une trés^grande vieillesse lorsque le roi impie Manassés, irrité de ses reproches, le fit cruellement mourir.
Jérémib commença de prophétiser sous le régne de Josias, Van 029. Il vit et pleura la prise de Jérusalem, Van 606^ par les Babyloniens, dont il annonça ou dorU il avait annoncé déjà la ruine, à l'exemple d'Isaie,
Daniel, du sang royal de Juda, fut conduit en captivité à habylone, après la prise de Jérusalem, et élevé dans la science des Chaldéens, d* ailleurs tpès-inférieure à celle des Hébreux. Il exerça de grands emplois som Nabuchodonosor et sous ses successeurs: plusieurs fois aussi il fut en disgrâce. Ni la faveur ni la disgrâce ne lui firent abando'nner le vrai Dieu. Il vit la prise de habylone, en b'à^, e^miron deux siècles après la pré-
diction disaie, et il obtint de Cyrus le décret qui mit fin à la isapUoité.
Bajlthasar, dernier roi des Babylomem, était petH^ fUs de Nabuchodonosor et delà sage Nitooris, Sous lui Babylone périt, lorsqu'elle avait atteint sa plus grande splendeur.
Cyrus, roi des Perses, vainqueur de Babylone et libérateur des Hébreux, nommé par son nom, dans la prophétie d'Isaîe, un siècle et demi avant sa naissance^ vint accomplir tout à la fois les menaces de Dieu sur la ville pécheresse et les promesses de sa miséricorde envers les Juifs pardonnes. A cause de cela, il est désigné comme la figure du Bon Pasteur, Isaîe Vappelle l'Oint de Dieu : Qui dico Cyro : Pastor meus es... Haec dicit Dominus : Chrislo meo Cyro. (xliv, 28; xlv, i.)
Babylone, type des cités pécfieresses, a été décrite par Hérodote, qui Fa vu£ lorsque, déjà démantelée et en quelque sorte décapitée par Darius, elle achevait de périr sous le bâton des Mèdes. U n'en reste plus rien. Ainsi de Samarie, des villes de Moab, de Tyr. •*
Jérusalem , souvent menacée , souvent pardonnée et souvent punie, a vu s^accomplir toutes les prophéties
redoutables qui la œncemaienU Rainée, morte et immortelle, elle a commencé de ne plus vivre que dam le tombeau^ dés le moment oii Jésus^Christ, si magnifiquement annoncé par ses prophètes, a fondé la Jérusalm étemelle, c'est-à-dire l'Église catholique, oii les débris de Jérusalem infidèle prendront place àlafi,ndes temps.