JÉRUSALEM
LliEux et terre, écoutez! C'est le Seigneur. -^Lui^néme Par ma bouche a prophétisé :
J*ai nourri des enfants, mon amour fut extrême,
Et mes enfants m*ont méprisé.
Ifalheur à Tendurci qui de moi se sépare^
Au fils ingrat qui m'a quitté, A la race perverse, au peuple qui s'égare
Dans les chemins d'iniquité 1 Le vice infecte tout; les cœurs sont misérables ;
Plus de sève, plus de ressort î Gb n'est que plaie, ulcère et tumeurs incurabléSj
Et rien ne combat i^lus la mort;
La mort, vous la verrez! Elle accourt, foules viles l
Voici les glaives étrangers, Voici la faim, voici la torche dans les villes.
Et la hache dans les vergers!...
peuple de Gomorrhe ! ô princes de Sodomel
Écoutez la voix du Seigneur :
Parce que votre foi n*est que forme et fantôme.
Vos offrandes me font horreur.
Otez de mes regards vos abjectes pensées,
Sans dégoût je ne les puis voir; Dans Tor et dans Targent, richesses insensées.
Ne mettez plus un lâche espoir ; Purifiez vos mains et surtout vos justices ;
Que vos cœurs, enfin assainis, S'ouvrent aux malheureux : voilà les sacrifices
Que j'accepte et que je bénis.
Après cela, venez. Gomme devant un juge
Nous viderons notre procès.
Si je réclame encor, mon cœur est un refuge
Où le repentir donne accès.
Israël, que de biens, si tu savais, plus sage,
Écouter le Seigneur ton Dieu I...
Mais, s*il te parle en vain, sa haine est ton partage ;
Il t'épurera par le feu, Et le glaive viendra te dévorer, rebelle!
vierge de SionI comment, Toi qu'on vit autrefois, dans ta vertu, si belle,
As-tu souillé ton vêtement I Qui t'a faite parjure et t'a prostituée?
L'honneur n'est plus dans tes contrats ; De cent négoces vils la fange remuée
A sali ta main et ton bras.
Tes grands sont durs au pauvre ; ils sont ivres ; l'ivresse
De l'orgueil et des voluptés...
Mais Moi j'appliquerai la flamme vengeresse
Sur ces ulcères infectés.
C'est Moi, dit le Seigneur, qui venge mes lois saintes;
Ils périront, ces fils ingrats t Et j'irai, dans les bois et sous les térébintbes,
Briser leurs autels scélérats.
Ainsi vous pourrez voir, cœurs gâtés, tètes folles,
En qui vous avez espéré ; Ainsi je vous ferai rougir de vos idoles.
Ainsi je vous ramènerai.
Parole du Seigneur :
— Moi, le Dieu des Armées^ J*affaiblirai les mains que j'ai jadis armées. J'ôterai de Jacob, ingrat et vil troupeau, Et la force du pain et la force de Teau ; Ils seront sans courage et sans vigueur aucune. J'ôterai de chez eux la sagesse importune, Les sages, les vieillards, les hommes avisés, Et les prophètes saints, qu'ils ont tant méprisés. A ses vœux ignorants je livre ce vulgaire.
J'ôterai de chez eux tous les hommes de guerre. Tous les gens de grand cœur ; leurs conseils turbulents N'auront plus à lutter contre les cheveux blancs ; Ils ne combattront plus ceux qui, sous mes portiques, Prudents ont médité les paroles mystiques; Us n'auront plus de chefs puisqu'ils n'en veulent plus.
Leurs eonducteurg seront des hommes dissolue, Des discoureurs sans foi, des larrons, des infâmes, Et leurs rois, des enfants gouvernés par les femmes. Et tout sera tumulte en^e peuple défait.
Et guerre, et trahison, et révolte, et forfait. Chacun contre chacun se déclarera maître« L'enfant méprisera l'homme qui l'a vu naître; Dans la ville sans lois les derniers plébéiens De Tordre et du respect briseront les liens ; Et l'on verra partout de sauvages colères Alimenter le feu des haines populaires ; Et l'on dira partout, poussé du même effroi : (( Faisons une couronne et cherchons-nous un roi I « Qui veut régner? Qui veut être roi? » Mais personne Ne veut ouvrir la main et prendre la couronne. En ces jours de terreur, quel bras est assez fort Pour guérir cette plaie et vaincre cette mort?
Car Jérusalem tombe et Juda se ruine!
Et Moi je vous dirai le fléau qui les mine :
Leurs œuvres sont le mal où tous deux périront. Leur péché, qui m'irrite, est écrit sur leur front. Juda contre lui-même a rendu témoignage.
Regardez, et voyez cet impudent visage, Et comme l'arrogant se targue en son péché I Malheur, malheur à toi, pervers! Tu m'as cherché,
Tu me verras 1 Je viens! J*ai compté les victimes; J'accablerai tes mains du fardeau de tes crimes.
Mon peuple 1 des voleurs aux femmes attachés, Des chercheurs d*aventure experts en faux marchés» Des hâbleurs insolents caressant ta folie, De ton vin dérobé te revendent la lie; Lorsque tu perds le sens, ils te disent heureux De voir enfin leurs jours, d*être guidé par eux ; Et, pour te faire choir vivant en leurs repaires. Ils t*ont montré TËden hors des lois de tes pères.
Or le Seigneur a dit : Je suis prêt à juger ; '
Je jugerai Juda comme un peuple étranger.
Venez au jugement, vous. Anciens, et vous. Princes ; Venez, loups affamés qui mangez des provinces ; Venez, sages trompeurs qui voulez mMgnorerl Vous avais-je donné ce peuple à dévorer ?
Est-ce un bétail à vous et que vous pouvez tondre, Accabler, dépecer ? Vous aurez à répondre !
Vous répondrez de tout 1 J*irai dans vos maisons Délivrer les brebis, reprendre les toisons ; J'irai venger mon peuple et perdre vos usures. Venez au jugement, rendez compte, parjures 1 La dépouille du pauvre a rempli vos palais ;
Mais son âme, mon bien, le temple où je me plais,
Son âme, mon trésor, qu'est-elle devenue?
Dans l'âme de mes fils ma gloire est inconnue,
Et mon Nom trois fois saint lui-môme est oublié!
Gomme un lourd animal vers la terre plié,
Le front bas, le cœur sourd, sans amour, sans prière,
Tout ce peuple abêti méprise la lumière.
Pour le réduire au joug vous l'avez corrompu ;
S'il me craignait encor, le joug serait rompu.
Vos conseils, 6 pervers, souillent mon noble ouvrage I
Vous avez dit : « Faisons ce peuple à notre image ;
Enivrons-le d'orgueil, de vin, de volupté ;
Éloignons du Seigneur son esprit hébété ;
Qu'en son cœur révolté jusqu'à la moindre fibre.
Esclave de Satan, il se prétende libre,
Et qu'il haïsse enfin le Dieu qu'il aura fui.
Lorsqu'il en sera là, nous régnerons sur lui... »
Mais j'en jure par Moi, vous rendrez compte, infâmes !
Je redemanderai mes enfants à vos âmes I
Le Seigneur dit encor :
Les filles de Sion Excitent ma colère et mon aversion; Elles me font rougir. Sachez-le, je déteste La femme aux yeux hardis, au maintien immodeste,
Qui, par ses pas, son air, ses gestes affectés,
Par ses cheveux luisants aveo art ajtistési
Par toute son étude et toute sa parure,
Allume dans le peuple un foyer de luxure.
Vous voulez qu'on vous voie, etj'ai les yeux sur vous!
Vos longs cheveux, objets de tant de soins jaloux ,
Je les ferai tomber et je vous rendrai chauves :
Et l'or, et les rubans, les nœuds aux reflets fauves,
Les diamants taillés qui pendent sur le front.
Avec les longs cheveux pour jamais tomberont*
Et je vous ôterai vos bracelets, vos bagues.
Les voiles complaisants, menteurs en leurs plis vagues,
Les écharpes de soie aux dessins élégants i
Le fard et les cojliers, les habits arrogants.
Je vous ôterai tout. J'ôte les broderies.
Les talismans secrets ornés de pierreries,
Les boites de parfums; ces parfums séducteurs,
Versés sur vous, seront changés en puanteurs.
Vous marcherez pieds nus, humbles. Des cordes dures
Se noueront sur vos reins où luit Tor des ceintures ;
Et le cilice étroit, de vos robes de fleurs
Remplacera le faste et les vives couleurs.
Assise sur la terre et de larmes trempée,
Sion pleure ses forts dévorés par Tépée,
Et le Temple où trop tard ses regrets ont gémii
Et ses portes en deuil qu'insulte rennemi.
En ce temps-là, bientôt, surmontant toute honte,
Sept femmes à la fois, de celles que l'on compte,
Iront trouver un homme, et lui diront : « Prends-nous I
« Nous ne voulons de toi que d'être notre époux.
« Nous saurons travailler et devenir utiles ;
« Mais ôte-nous l'affront des entrailles stériles,
a Afin qu'en Israël notre sein insulté
« Ne se flétrisse pas sans avoir allaité I »
Ëphralm, Éphralm I soixante-cinq années Pleines de deuil sanglant te sont encor données, Et tu ne seras plus un peuple I
En ce jour-là, Ceux que Timpie Achaz follement appela, Et la mouche d'Egypte et l'abeille aguerrie, L'abeille qui bourdonne aux terres d'Assyrie, Viendront. On les verra, bataillons dévorants. Dans les creux des rochers, sur les bords des torrents. Sur tous les arbrisseaux, dans toutes les vallées... villes d'Ëphralm ! 6 terres désolées I Car ces jours seront tels qu'Ëphralm ni Juda N'en ont point vu depuis que Jacob se scinda. Tout fils est orphelin et toute femme est veuve. Ils viennent! le Seigneur fait déborder le fleuve ; .
L'eau monte le matin, l'eau monte encor le soir y La Judée en aura jusqu'au cou. Nu( espoir I Le Seigneur a juré d'épuiser sa colère.
Comme on tond la brebis il tondra cette terre; Elle sera fauchée, il n'y restera rien.
L'Egypte est son soldat; le fer assyrien Servira dans sa main comme un rasoir qu'on loue, Pour raser tout le corps, et la tête, et la joue.
Or, écoute, Jacob I le Seigneur a dicté :
« Parce que méchamment ce peuple a rejeté « Les eaus de Siloé qui coulent en silence ; « Parce qu'il a, pervers, envié l'alliance « Du pillard de Damas , ma main le laissera a Dans ce torrent d'Assur qui le submergera. »
Seigneur, que dites-vous? A la verge étrangère Avez-vous pour toujours délaissé votre terre? David est-il éteint? Jacob va-tr-il périr?
Les eaux de Siloé, les verrons-nous tarir?
Voici I les temps sont plems I Voici que le prodige De Jessé disparu fait refleurir la tige :
Et la Vierge conçoit, et l'Enfant nous est né, Et le salut du ciel enfin nous est donné.
Et du jour éternel enfin je vois l'aurore I
Peuples, assemblez^vous I assemblez-vous encore, Et vous serez vaincus! Venez, peuples lointains! Hâtez- vous, venez tous avec vos rois hautains, Et vous êtes vaincus I Chacun a son armure ; De la plaine et des monts, de la mer qui murmtifd, Du sable o\x les lions parmi vous ont vécu, Chacun de vous accourt, et chacun est vaincu!
Sur mon Dieu je m'appuie; Il sera mon courage. A Jacob infidèle II cache son visage, Mais moi je l'attendrai, je n'attendrai que Lui, Ferme dans mon espoir et fort de son appui.
Je connais les talents de nos fiers politiques t Ils useront de ruse et d'infâmes pratiques ; Ils iront aux devins, aux abjects nécromans Qui sifflent à voix basse en leurs enchantements. Ils me diront : Venez, consultons la magie !
Je leur dirai : La mort n'enseigne point la vie ; C'est la loi du Seigneur qui sauve de la mort! Et je verrai leur chute après ce vain effort.
Empruntant à la mort une vie inféconde, Haïs et vagabonds ils iront par le monde, Enflammés de colère et dévorés d'effroi,
Maudissants et maudits, n'ayant ni Dieu ni roi. Dans le ciel plus d'espoir, sur terce point d'asile I Partout où vont leurs pas, partout Dieu les exile ; En tous lieux étrangers, partout objets d'horreur. Ils apportent la haine et trouvent la terreur.
Gloire à mon Dieu vainqueur I
Sorti de ses ruines
Après des signes éclatants, L'autel du Dieu très-saint, au-dessus des collines
Brille pour le reste des temps ; Et des lointains déserts et de la mer profonde,
Formant partout le même vœu, L*ardente foule accourt. Cette foule est le monde,
Qui vient chercher la loi de Dieu.
Et toi, veux-tu tarder et venir la dernière,
Lorsque ta place est en avant?
Allons, Jérusalem ! marchons à la lumière
Que nous donne le Dieu vivant!
Seigneur, Dieu trois fois saint, les fils de la promesse
Dans la nuit se sont égarés ; Ils ont souillé le sol dont tu leur fis largesse,
Les faux dieux .y sont adorés.
De tes dons paternels tout leur pays regorge.
Ta main a béni leurs travaux; Leurs champs donnent le blé, le vin, et Thuile, et Forge ;
Us se vantent de leurs chevaux; Par le commerce ils font plier la mer altière
Sous leurs navires chargés d'or ; Et tous, se prosternant devant cette matière,
Us ont dit : — « Voilà le Dieu fort I Le Dieu fort, et pourtant à nos œuvres docile,
Que nous transformons sous nos doigts 1 Il nous sert, celui-là 1 de son culte focile,
Nou&-mèmes nous faisons les lois.
Et quand nous t'adorons, 6 matière conquise^
Et fûte esclave en notre main, La louange est pour nous plus fine et plus exquise :
Le vrai Dieu, c'est le genre humain! »
Blasphémateurs! fuyez, pénétrez dans la pierre. Cachez-vous dans les rochers creux,
Désertez vos palais, souhaitez que la terre Vous ouvre des antres affreux :
C'est l'orage de Dieu qui sur vous se déchaîne!
Il vient abaisser les hauteurs^ Et la beauté du cèdre, et la force du chêne,
Et l'orgueil des dominateurs.
Sa main dans les palais éteint le son des lyres
Que font chanter les voluptés ; Son souille au sein du port fait sombrer les navires
Dans les flots que Tart a domptés.
Malheur à qui se hausse et s'admire et se vante,
A qui se gonfle au premier rangl Dieu nivellera tout en ce jour d'épouvante,
Et c'est Lui seul qui sera grand.
Ah 1 l'on verra tomber les fiers regards de l'hotnnu! !
Hâtant ses pas appesantis, Le superbe fuira; le riche qu'on renomme
Enviera le sort des petits; Et celui qui chantait et faisait bonne chère,
Tout parfumé d'ambre et de nard, S'estimera content s'il trouve une tanière
Pour s*y blottir comme un renard!
En ce temps-là, pourtant, que Sion se console! Le germe du Seigneur sur terre grandira; Sion purifiée entendra sa parole, Le monde Tentendra»
Alors seront comblés d'une allégresse pure Ceux jqui fidèlement, pleins d'espérance en Moi, Durant ces jours mauvais supportés sans murmure. Auront gardé la foi.
J'ai frappé le méchant sans aimer son supplice, Dit le Seigneur; Sion ne devait pas périr :
Dans un esprit d'amour mesurant ma justice, J'ai frappé pour guérir.
Sur la montagne, aux lieux où chante la prière, Le tabernacle saint sous ses voiles épais
Nous ombrage le jour, et la nuit nous éclaire, Nous y goûtons la paix.
misère I Juda, sorti de ces abîmes,
A des maux plus affreux court par de plus grands criines
Peuple atteint de folie, écoute maintenant
Le chant que sur sa vigne a dicté mon parent :
« Sur la plus grasse des collines, En un terrain favorisé.
J'avais ma vigne; j'y creusai Un fossé couronné d'épines.
a J'ôtai les cailloux ; plein d'espoir, J'arrachai l'herbe et la broussaille ; Je bâtis en pierres de taille Une tour; je fis un pressoir.
« *Dans ma vigne ainsi préparée.
Dans mon enclos si bien conquis, Je vins planter un plant exquis, Et le plus beau de la contrée.
« Mais je n'obtins des ceps ingrats Que des fruits aigres et sauvages; Tel fut le prix de mes ouvrages , La récompense de mes bras.
a Dans mon cœur monta la colère, La haine à Tamour succéda.
Jugez ma vigne et moi, Juda :
Ai-je fait ce qu'il fallait faire ?
« Après que j'ai tant travaillé, Après tant de soins, tant de peines.
Ces grappes sauvages et vaines.
Ces fruits amers m'ont-ils payé ?
« Voici l'arrôt que je prononce Sur ma vigne qui m'a trahi :
Que son enclos soit envahi I Que l'herbe y croisse avec la ronce !
« Ma fureur sur elle fondra ; Comme l'on m'a payé je paie :
De ma main j'arrache la haie; Entre et la pille qui voudra !
« Qu'à mon appel viennent en foule Ses ennemis et ses jaloux ; Qu'on l'écrase sous les cailloux, Et que sous les pieds on la foule I
a Je rejette d'ingrats élus, Je maudis ma vigne abhorrée :
Gieux 1 sur cette terre altérée, Je le défends, ne pleuvez plusl •
maison d'Israël, la vigne est ton emblème !
Le plant choisi du Maître, 6 Juda, c'est toi-même I Dieu voulait de bons fruits : quels fruits as-tu donnés? Je regarde : partout je ne vois que le vice, £t la fraude partout, et partout l'injustice; Les pauvres sont abandonnés.
Le Seigneur attentif connaît les yeux qui pleurent, Il entend les soupirs ; il compte ceux qui meurent : L'usure a bu leur sang, la foim les a tués.
Vous qui voyez ce mal froidement, qui le faites. Qui, sourds à la pitié, vous plongez dans les féteâ. Chantant vos dieux prostituéâ ;
Vous, prînced, vous, puissants, vous chez qui tout abonde; Vous qui, peu satisfaits de dominer le monde^ Vdulefe tout envahir; qui, datls vos pldns jaloux^
Da seuil de vos palais convoitez les chaumières; Avares affamés de la chair de vos frères, Dieu vous connaît : malheur à vous t
Soif de Tor, soif du vin, soif des plaisirs 1 L'usure Pille les indigents pour orner la luxure I A la voix des sanglots, vous répondez : Rions I Vous ne rougissez plus de vos mœurs énervées; En vos foyers, salis d'images dépravées, Vous appelez des histrions.
pères d'Israël I dans vos chastes vallées, Rachel et Rebecca n'ont paru que voilées ; Les anges de Sara seuls ont vu la beauté; Mais vos filles n'ont plus cette coutume austère, Et leur cœur se repaît du regard adultère Qu'un baladin leur a jeté I
Malheur à vous encor qui ne songez qu'à boire, Stupides débauchés qui faites votre gloire D'une coupe plus large et d'un plus long festin !... Ils tombent orgueilleux sous la* table rougie Lorsqu^ls ont insulté par les feux de l'orgie Aux clartés chastes du matin!
Menteurs, malheur à vous! Par des discours cyniques
Chacun va se targuant de ses œuvres iniques, Et vante sans pudeur son péché plus hideux :
Ceux qui devraient pleurer et qui se glorifient, Ceux-là, dit le Seigneur, sont ceux qui me défient; Je les entends, je suis près d'eux I
^oëtes effrontés, puits d'obscènes paroles, Mimes impertinents, lâches sculpteurs d'idoles, Artistes sans pudeur inspirés des enfers.
Troupe esclave livrée aux services infâmes, Malheur à vous I malheur, vils corrupteurs des âmes, Féconds en ouvrages pervers I
Blasphémateurs enflés des venins de Tabime, Fous méchants qui, rêvant la gloire pour le crime. Traitez de Bien le Mal, traitez de Mal le Bien ; Négateurs obstinés des célestes lumières, Rebelles devant Dieu, Caïns parmi vos frères. Nés de Satan, votre soutien ;
Malheur 1 car c'est par vous qu'un peuple se déprave : Par vous plus criminel, son péché qu'il aggrave Plus loin du repentir l'emporte chaque jour.
Vous bravez le Seigneur; vous dites : Qu'il se hâte 1 Attendez I le levain fermente dans la pâte Et le bois sec est dans le four.
Les menaces de Dieu tonnent à mes oreilles :
Malheur, gens de péché, malheur à vos merveilles I Malheur aux grands palais que l'orgueil a meublés I Le glaive nettoiera ces hautaines demeures, Et le long désespoir viendra compter les heures
Sous les portiques écroulés.
>3 Frustré dans le travail où son espoir se fonde, L'homme en vain répandra sa sueur inféconde : Tout sera dévoré par un souille enflammé ; La vigne apparaîtra languissante et tarie, Le blé ne produira qu'une paille amaigrie.
Et rendra moins qu'on n'a semé.
Malheur, peuple insensé qui pèches et qui railles I Malheur à toi 1 L'enfer dilate ses entrailles. Il ouvre devant toi ses abîmes de feu :
Là seront sans vigueur tes plus mâles courages ; Là tu verras tomber tes vaillants et tes sages. Qui t*enseignaient à braver Dieu.
lEn ce jour les savants connaîtront leur science, Les prudents apprendront ce que vaut leur prudence. Les vendeurs de justice enfin seront jugés.
Le Seigneur s'est lassé. C'était trop de scandales^ Trop de blasphémateurs et trop d'âmes vénales, Trop d'honneurs aux dieux étrangers !
C'est pourquoi, 4»mme un feu qui dévore le ehaumo, Le courroux du Seigneur dévore ce royaume, Et les champs et la ville, et le germe et la fleur. Point d'abri contre lui 1 Les races pécheresses, Quand leur jour est venu n'ont plus de forteresses, Leurs vaillants n'ont plus de valeur.
Et les monts les plus fiers s'inclinent sous la honte, Et partout la terreur avec l'eihnemi monte ; Sans enterrer les morts on fuit, mais pour mourir. Les morts sont entassés dans les places publiques, Le9 champs en sont couverts ; j'ai vu sous les portiques Le corps de Torgueilleux pourrir.
Après ces coups sanglants, 6 profondeur du crime! Dieu n'a pas satisfait sa fureur légitime.
Et son courroux s'enflamme, et son bras est levé : Et ce peuple endurci, se souillant dans la poudre, Jadis sourd à l'amour, reste sourd à la foudre Et ne veut pas être sauvé !
Dieu donne le signal. Aux confins de la terre
Se dresse un peuple altier qu'il a fait pour la guen^;
Les chariots sont préts$ les chevaux soht sellés i
Venez ! Gomme au sifflet accourent les abeilles, Ils viennent. Nous verrons leurs cohortes, pareilles Aux moissonneurs parmi les blës.
Celui qui les commande est fort et sans alarmes ; Il brave le sommeil, et du poids de ses armes Il ne s*allége pas dans ses rudes travaux ; Rien n'entrave sa marche audacieuse et sûre ; Pas un de ses soldats n'a perdu sa chaussure ; Il veille aux pieds de ses chevaux'.
Il a muni ses traits de pointes menaçantes, Ses glaives éclatants sont en des mains puissantes. Ses arcs toujours bandés frappent le but lointain ; A sa voix qui rugit tout se meut et se règle; Son étendard joyeux bat les airs, comme un aigle Déjà maître de son butin.
Fantassins et chevaux, et chars que rien n'arrête, Prompts comme l'ouragan, forts comme la. tempête, Fondent sur nous avec le grand bruit de la mer... Au lion rugissant qui reprendra sa proie?
Il la tient et la garde, et sous ses dents la broie. Captive en ses ongles de fer.
Et nous, terrifiés, pantelants, en silence,
Jetant partout les yeux dans ce désastre immense,
Nous ne voyons partout que nuit et que terreur ; Et le feu nous dévore, et le sang nous inonde ; Et nul rayon du ciel de cette nuit profonde N*éclaire la profonde horreur.
ÂSSUR
UiEU ne t'a pas donne la terre, Homme d'iniquité qui fais subir ta loil Dieu te voit tourmenter son peuple héréditaire i Sa justice souffre par toi :
Tu connaîtras sa main sévère I
Malheur à vous, juges méchants.
Qui du côté du fort inclinez la balance !
Et malheur à vous^ rois aux avares penchants, Qui, par astuce et violence, Dimèz jusqu'à l'herbe des champs 1
Tout ce que le Seigneur lui donne,
Vous le vendez au pauvre, et vous le vendez cher.
Le pauvre est donc à vous? Dieu donc vous l'abandonne? Vous vous partagez cette chair, Et vous croirez que Dieu pardonne !
Ses regards se sont irrites.
Il a vu dans Juda cet insolent contraste :
La misère des champs, le luxe des cites,
Et par les vices et le faste
Tous les délires excités.
Je vous dirai votre folie :
Ce peuple, en le pillant, vous l'avez corrompu, Et ce n'est plus qu'un vase oii fermente la lie.
Avec le Ciel il a rompu;
Retrouvez un frein qui le liel
II nourrit d'effrayants désirs, Il ourdit contre vous des vengeances sauvages ; Il veut âe l'or, des jeux, des festins, des loisirs.
Consultez-vous, riches et sages ;
Faites au peuple des plaisirs!
N'espérez plus qu'il sache attendre 1 11 a pesé le joug, il le voudra briser.
Le feu de la révolte a couvé sous la cendre :
Qui saura Tart de l'apaiser Quand Dieu le laissera répandre?
Ce n'est pas tout de me trahir, De transgresser mes lois, d'insulter mes prophètes, D'opprimer devant moi pour me faire haïr :
Tout cela, princes, vous le faites ;
Mais je suis là ! je viens punir.
Ma patience enfin se lasse; Je ne répare plus ce que vous détruises* Vous voilà satisfaits, et cette populace /
Pense comme vous l'instruisez ;
Dans vos filets je vous enlace I
Les prières sont des vertus ; Les autels respectés font un peuple prospère Ma main ressuscitait vos pères abattus
Parce qu'ils gardaient la prière...
Vos prêtres mêmes se sont tusl
N'avez-vous pas vu Samarie, Et sa force détruite et ses hauts murs pillés? L'autel est le rempart qui sauve la patrie.
Quand les autels sont oubliéSi
La nation tombe, Ûétrie.
Race qui m'as déshonore, Apprends ce que tu vaux lorsque je te délaisse. Je sais ce qu'autrefois mon amour a Juré ;
Mais, pour accomplir ma promesse,
Jacob, je te purifierai 1
J'envoie Assur. Assur portera ma colère ; Je l'envoie au peuple adultère :
— Va, roi d' Assur, et sois dans mes mains Tinstrument, Sois le bâton du châtiment.
Tombe sur ces pervers : que ton bras les dépouille, Et que ton pied pesant les souille ;
Qu'ils reçoivent par toi ce qu'ils ont tant cherché. Je te les livre, ils ont péché. —
Mais Assur ne sait pas que c'est Moi qui l'envoie; Ce stupide s'enfle de joie.
Il se dit en son cœur qu'il est un conquérant; Parce qu'il tue, il se croit grand.
a Les royaumes, dit-il, deviennent mes provinces : <c J'ai fait rois mes ducs et mes princes.
a N*ai-je pas pris Galane et soumis de mon bras . « Charcamis , Arphad et Damas ?
a Tout succombe, tout cède au grand roi d'Assyrie; « J'ai pris la forte Samarie.
« Jusqu'à Jérusalem j'irai. Qui défendra « Jérusalem? Et qui m'arrêtera?
« Et comme j'ai pillé les dieux de tous les autres, « Jacob, je pillerai les vôtres.
a Je prendrai l'or du temple et Tautel précieux a Où siégeait le Seigneur des cieux.
« Car je suis le puissant, le vaillant et le sage; « Toute ma gloire est mon ouvrage.
a J'ai vaincu les plus fiers et les plus redoutés, «>Et mes mains les ont emportés.
« Comme on emporte un nid délaissé dans les chaumes, «Ainsi j'emporte les royaumes ;
ff Et pas un n'a, devant Toiseleur aguerri, a Remué Taile ou fait un cril »
Ainsi parle ce fou. -— Moi, le Dieu des Années, Dit le Seigneur, j'attends et ris de ses fumées. . Quand j'aurai sur Sion accompli mes desseins, Et dans Jérusalem vengé mes autels saints, Alors de ce grand coeur je verrai la vaillance ; Alors de ses regards j'abattrai l'insolence.
Il se targue bien fort, mais cela tombera.
Jusqu'à l'endroit marqué, non plus loin, il ira. Quoi donc? l'instrument vil devant le bras s'élève! Le bâton croit qu'il frappe, et l'on entend le glaive Annoncer qu'il tuera I ^ Tu tueras, si je veuxl Sous la gloire d'Assur j'allumerai des feux Qui le feront sécher ; et ce fort qui se vante, En un jour abimé, seul et plein d'épouvante.
S'enfuira pantelant. Je le ferais périr Si je voyais en lui moins d'orgueil à punir. Ses princes arrogants engraissés de rapine, Ses féroces soldats, et le cèdre et l'épine, Je lui prends tout; le feu dévore sa forôt.
Ce qui reste, un enfant des yéux le compterait. Gomme on compte les mâts d'un navire qui sombre.
Et vos restes, à vous, vos restes, faible nombre,
Israël ot Jacob, vos restes préserves
Se tourneront vers Dieu qui les aura sauves.
Ma promesse subsiste, elle est impérissable.
Mais, fussiez-vous nombreux comme l'herbe et le sable.
Je ferai parmi vous un tel retranchement
Qu'un indigent troupeau survivra seulement.
Et ceux-là, s'éloignant des idoles du vice,
Fermes et purs, seront inondés de justice.
Mon peuple, c*est pourquoi je t'ouvre un abri sûr. Demeure dans Sion et ne crains pas Assur.
Coupable, je l'emploie à punir des coupables ; Par lui j'écraserai des pécheurs incurables.
Ainsi l'Égyptien fut autrefois mon bras.
Cet Assur n'a qu'un jour, et tu me connaîtras. Je tiens l'Assyrien dans ma main souveraine ; Soudain fut son triomphe, et sa chute est soudaine*
Dans Arath il arrive; il passe par Magron; "^
Il s'allège à Machmas. Plus terrible et plus prompt^
Il fait halte à Gaba. Rama, dans l'épouvante,
Le voit marcher encor sans déplier sa tente.
Oabaath a pu fuir. fille de Gallim I
Tes cris ont retenti jusque sur Garizim.
Tu l'entends, Lalsa^ garde bien ta muraille!
D' Anathot faible et pauvre en passant il se raille j
Et ne Tattaque point. Mëdéména s'enfuit.
Gabim, pour se défendre, a travaillé la nuit. Il se hâte, il poursuit. Le bruit de sa fanfare Éclate vers le soir dans Nobé qui s'effare; Mais, profitant du jour, par un conseil savant, Sans attendre la nuit il pousse plus avant.
Il voit Jérusalem : c'est le cœur et la tète. C'est là qu'il veut frapper, et, content, il s'arrête. I regarde sa proie, il la tiendra demain :
Vers la ville et le temple il agite la main...
Les justes, cependant, le front dans la poussière, A l'écart de la foule effrayée et sans voix.
De David pénitent redisent la prière; Et Dieu brise la lance et vide le carquois.
« Du profond abime Vers toi j'ai crié, Moi, Seigneur, l'infime, Le pécheur souillé :
Entends ma prière} Et du ver de terre, Seigneur, prends pitié !
• Si tu tiens le compte De tous mes forfaits, L'éternelle honte Me couvre à jamais I Père, sois propice ! Devant ta justice Tout homme est mauvais.
« La miséricorde Règne dans ton cœur; Ta bonté déborde Sur l'humble pécheur :
Elle t'a fait père :
En elle j'espère, Dieu libérateur !
« Mon âme frivole Put se détourner; Mais j'ai ta parole, Tu veux pardonner :
Je prends confiance; De ma délivrance L'heure va sonner l
« Du soir à l'aurore, De l'aurore au soir,
Mon âme t,'implore, Ferme en son espoir.
Couronné d'étoiles, Dans tes cieux sans voiles, Je pourrai te voir.
(( Ta grâce délivre, Dieu de bonté!
Jacob va revivre Par ta charité.
Montre-nous ta face :
Sa splendeur efface Notre iniquité ! »
Assur déjà suppute, en rêvant le carnage.
Les trésors de la ville et du temple au pillage; Il ignore qu'on prie et s'en soucierait peu.*. Bientôt, bientôt, Assur I et tu connaîtras Dieu.
Roi, goûte ta victoire et savoure ce leurre ; Hâte-toi, je te donne une heure.
A travers ta fanfare et tes cris triomphants^ J'entends les pleurs de mes enfants.
Mes JQStos ont prié dang cette foule vile :
Leur prière a garde la ville.
Et maintenant, Assur, que par toi j'ai puni, Roi des rois, ton règne a fini.
Ya-^t'en. Vois tes soldats : la terreur les eulève. Us ont cru quHls voyaient mon glaive.
Tes satrapes soùt morts dans la boue. Aux bergers Tes butins seront partagés.
Les pâtres d'Israël à leurs brebis bêlantes Ont fait un abri de tes tentes.
Ton se^tre les amuse ; ils ont donné poui lu« A leurs chiens» tes drapeaux salis.
Et toi, suant là peur, à travers tes royaumes, Tu cherches un nid dans les chauip^ ;
Tu crains le moindre jour, tu crains le moindre bruit; Tu crains les spectre» de la nMit*
Une feuille qui tombe^ un roseau qm s'incline Gla09iit ton cœur dans ta poitrine ;
Tu crains ce que tu vois, tu crains ce qui n'est pas ; Tu trembles au bruit de tes pas.
De tes États d*hier, dans ta fuite éperdue, Va, parcours ainsi retendue*
Va! ta fosse est creusée, et quelque ignoble main, . Sans bruit t'y poussera demain.
droite du Seigneur! Voici qu'Assur s'étonne.
Au milieu de son camp la terreur l'environne !
Sur ces remparts muets, désarmés devant lui,
Quelle épée est tirée et quelle armure a lui ?
Rien n'apparaît. Dans l'air voit-on quelque merveille?
Non, les soldats de garde ont achevé leur veille
Sans alerte ; on ne voit à l'horizon lointain
Qu'un ciel pur, éclairé des beaux feux du malin.
Cependant tous ont peur. Le cœur du roi s'agite ;
L'épouvante le gagne, il crie, il prend la fuite.
En désordre aussitôt, rompant leurs rangs serrés, . ;
Ses soldats comme lui se sauvent effarés.
Plus de roi, plus de chefs; on ne connaît personne.
Les chevaux de combat, que la peur éperonne.
Renversent les fuyards, sur les rocs ébréchés
Brisent les cavaliers à leurs crins accrochés,
Emportent à travers les cohortes hurlantes
Les chars armes d'airain. Le feu s'allume aux tentes ;
Il dévore en sifflant butin, prêtres et ^ieux.
Et les lourds éléphants devenus furieux,
Gomme dans le pressoir écrasent la mêlée,
Et font jaillir le sang de la grappe foulée ;
Et c'en ^t fait d'Assur le vaillant et le fort !
Et, pendant qu'au hasard il va chercher la mort,
Dieu prodigue ses dons à Sion délivrée :
Le peuple est à genoux dans l'enceinte sacrée ;
La paix remplit les cœurs, et, par delà les murs,
Le glaive ivre de sang dort sous les épis mûrs.