‹ SatiresChapitre 67 sur 72 · DAMAS · texte numérisé non relu

DAMAS

Je vois des murs rompus, un désordre, un amas,

Vaste ruine encor fumante :

Cela fut une ville ; on la nommait Damas,

La très-belle et la' triomphante.

Éphrarm, — insensé! — mettait là son appui.

Avec Damas, Ëpbralm tombe.

Cherchez dans Aroer ce qui reste de lui,

^t ce qui reste dans la tombe«

Voici les blessés morts ; les fugitifs mourront.

Je Tai voulu, la mo ri domine | Le glaive a moissonné ; sur ses pas glaneront

Deuiç sœurs, la Peste et la Famine.

Les troupeaux dans la ville errent en liberté ;

Ces grands jardins sont leur domaine :

Les lieux où la débauche et Torgueil ont chanté,

N'entendront plus la voix humaine.

Certes, la plante impie est belle et de valeur;

Mais laissez un peu, qu'elle croisse 1 Voici : dès le matin elle est montée en fleur ;

Et le soir c'est un fruit d'angoisse.

• Éphralm, qu'en dis-tu? Juge par ces effets.

Juge enfin tes dieux damascènes :

Ils te laissent défaire, et tu les avais faite

Avec tant de soins et de peines 1

Peuple fou 1 mais j'ai dit qu'ils ouvriraient les yeux Et qu'ils connaîtraient leur folie.

A la vile matière ils demandent des dieux Ouvrés de leur main avilie I

Celui-ci prend du bois, cet autre ùeë métaux \ On brûle, on lime, on forge, on taille :

Et puis voilà leurs dieux^ fa^ts à coups de marteaux, Durcis au feu sous la tenaille!

Parmi vingt tronos coupés qu'il conserve en dépôt.

L'oQvrier choisit dès Taurore :

Du même arbre il se chauffe, il fait bouillir son pot, Il fabrique un dieu qu'il adore !

La moitié de ce bois devient cendre et charbon,

Consumée au plus vil usage ; L'autre va faire un dieu bénin qu furibond,

Suivant l'air que prend son visage.

L'artisan le termine, il le plaque d'or fin Et le dresse sur quelque marbre.

N'attendez pas qu'il pense et qu'il se dise enfin : Mais pourtant j'adore un tronc d'arbre!

Non, non ! pour éclairer tout ce peuple endurci, n faut que ma foudre intervienne.

Israël et Jacob, considérez ceci ;

Yoyez, et qu'il vous en souvienne :

Celui-là qui m'oublie, à mes vengeurs cachés, , ' .Quand son temps est plein, je le livre.

Seul je suis maître, seul je remets les péchés : Revenez, si vous voulez vivre!

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