‹ SatiresChapitre 9 sur 72 · AUX GENS DE LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

AUX GENS DE LITTÉRATURE

1 ETiTs messieurs de la littérature, Et gros bonnets de ce joli métier, Gens de génie, auteurs malgré nature, Salut à vousl Salut au peuple entier Qui s'évertue au marais d'imposture, Perdant de Tencre et gâtant du papier 1

Êtes-vous là, gazetiers émérites.

Vous qu'écrivains on nomme par abus?

Êtes-vous là, vous qui suivez les rites De ces anciens illustres et fourbus?

débutants pleins d'ennuyeux mérites, Déjà poussifs à l'heure des débuts,

Salut aussi! — Salut enfin, poètes, Poëtereaux, poëtiUons, rimeurst N'eussiez-vous fait que des chansons secrètes Et dans Vert-Veri écoulé vos primeurs :

Du haut en has, carabins et prophètes, Salut à vous, gens de naïves mœurs I

Vous dites donc, ô grands et petits êtres, A l'Institut, es journaux et divans.

Vous dites tous, vous rapins, et vous maîtres, En prose, en vers, en volumes savants.

Vous clabaudez par toutes les fenêtres Et vous criez sans cesse à tous les vents :

Que c'en est fait et que l'heure est venue; Que le Dieu-Christ du monde disparaît ; Qu'il n'est plus rien ; qu'une troupe menue Suit seule encor son culte sans attrait 1 Ainsi Platon déclame dans la nue, Ainsi Garo disserte au cabaret.

Sous divers chefs votre foule enrôlée, Reprend le thème en cent mille façons; Tel le détaille à la femme endrôlée, Tel le commente aux moindres polissons; Toute cervelle en est au moins frôlée ; Havin sait l'artT d'en farcir les maçons.

Cela va bien ! Si FAufleur de la vie Vient butiner jusqu'en vos rangs mêlés, La bande reste épaisse et bien servie.

A faire mal elle a des gens zélés :

Vous gouvernez au gré de votre envie Les cœurs flétris et les esprits fêlés.

Mais nous vivons, la chose est positive; Nous sommes peu, mais nous sommes constants.

Quand vous voyez notre troupe inactive, Elle obéit au Dieu qui dit : « J'attends 1 n Chargez sur elle, ô force destructivel Pour la détruire, il vous faudra du temps I

Quoi! parce que vous tenez en bataille Mille journaux avec quelque autre appoint; Parce que l'or pleut et vous ravitaille, Et qu'un héros vous vient toujours à point, Vous prétendez que Jésus-Christ défaille?...

Pour aujourd'hui, messieurs, n'y comptez point!

Tout franchement, jeunes gars et vieux reîtres. Vous m'étonnez si vous pensez ainsi.

Le Christ résiste aux scélérats, aux traîtres, Aux imposteurs, aux égorgeurs ; voici Dix-huit cents ans qu'il enterre vos prêtres ; Je crois qu'il veut vous enterrer aussi.

Depuis Judas, votre aïeul au poil jaune, Jusqu'à Renan, l'athéisme en saindoux.

J'additionne et je mesure à l'aune Vos généraux ; c'est long comme Leroux !

Regardez bien... Le vieux Simon Barjone Où Dieu l'a mis reste plus fort que vous.

Plus fort que vous I En voulez-vous la preuve? Venez tantôt faire un tour sur les quais, Vous l'aurez là; sans chercher on la trouve : Vous y verrez vos livres disloqués...

— Ils ont un air suspect de fausse veuve, — D'un vieux Nicole et d'un Parny flanqués.

Ce matin même, et j'y trouvais du charme, Près d'un Dargaud neuf je me recueillais ; Seule la pluie y répand une larme, Le vent tout seul en tourne les feuillets ; Loin du trésor le marchand, sans alarme.

Faisait la cour aux vendeuses d'œillets.

A l'Institut je sais ce qu'on adore ;

Mais écoutez un point essentiel :

Pendant qu'au vent Arouet s'inodore

(Dargaud n'est pas si pestilentiel!),

Sur nos clochers qu'on hausse et qu'on redore,

La vieille croix resplendit dans le ciel.

Comptez, petits, ce qu'elle a vu d'orages Sur ce sommet si souvent insulté ; Souvenez-vous de vos cris, de vos rages :

Combien de fois avez-vous exulté 1 Combien de fois, même aux plus fiers courages, Tout parut fait! Qu en est-il résulté?

Sous Louis-Philippe, ou sous Cauchois-Lemaire, Ou sous Carrel, ou sous je ne sais qui.

Autorisés du préfet et du maire.

Des citoyens élèves de Saqui,.

Des nourrissons de l'école primaire, Des avocats forts en Burlamaqui,

De bons bourgeois que le tambour appelle.

Les uns acteurs, les autres regardants.

Grimpent aux croix que chacun interpelle.

Les jettent bas, hurlent, grincent les dents.... Et puis vingt ans : et la Sainte-Chapelle Est toute d'or et dehors et dedans.

LE JOURNAL MNDIT

Accordons un regard au troupeau sans crédit Qui, maigre et mal vivant, fait le journal bandit : Un journal que Ton voit sans cesse disparaître ; Mais, hélas 1 il ne meurt que pour toujours renaîtra. Changeant de nom, de corps, de figure» d'objet Et surtout de logis, il est toujours abject : En vain Thémis le traque, en vain la faim le tue : Il reste, et reste abject. Ce qui le constitue Et le rend immortel, c'est cette qualité; Elle Ta malgré tout cent fois ressuscité.

Et toujours ce cadavre horrible et délétère.

Par la mort revomi, souille, impudent, la terre*

Ce qui vit là dedans et de quoi Ton y vit, Beaucoup l'ont très-bien su, nul ne l'a très-bien dit.

On a deux pourvoyeurs : chantage et banqueroute. A ce fonds assuré, la réclame s'ajoute :

Pour ouvrir le public, aux sots qu'ils ont siffles Les écrivains bandits vendent de fausses clés. Ces gnomes inconnus, comme des vers difformes, Grouillent en leur puisard. Des blasphèmes énormes, Des contes idiots que l'on repousse ailleurs. Des saletés, des cris de derviches hurleurs, Des rêves de goujats dans une langue infecte. Sont les bouillonnements de la sanie abjecte. Écoutez un instant ces horreurs, vous saurez Ce que l'ulcère dit sur les corps dévorés; C'est le chant de la peste et de la pourriture. Auprès d'eux tout est sain dans la littérature ; Auprès d'eux Gaëtan est un lys de candeur.

Tout innocent, tout pur et d'une exquise odeur. Ils sont jaloux de lui. Son art, sa haute mine, Ses cols, sa montre d'or, ses bottes, sa cuisine, Ses deux éditions, tout cela leur parait Le lot d'un Dieu sur terre ; ils gardent son portrait. Et murmurent, ravis en leur âme ulcérée :

Que c'est beau, le talent et la vie honorée !

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