‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 16 sur 135 · PANACÉE EN ES ET EN US · texte numérisé non relu

PANACÉE EN ES ET EN US

Par mon utile ministère,

Ici, sous le sceau du mystère,

On sert, on chante tour à tour,

Mercure, Théniis et l'Amour.

(Hymne à la plume, sur un très-ancien bureau d'écrivain, qui se voit encore au faubourg Saint-Denis.)

Torturer à plaisir une pauvre cervelle, L-'est une tyrannie odieuse et cruelle.

— Pourquoi, répondront-ils, vous y soumettez-vous? Personne n'est contraint de s'enrôler chez nous.

— Personne? En vérité, docteurs, je vous admire: A mon avis, voilà parler pour ne rien dire.

Mieux vaudrait, meurlrissant les ailes d'un oiseau, \ ous étonner, messieurs, après un coup si beau, Que le pauvre animal ne fuyanl passa cage. Pût à la liberté préférer l'esclavage!

Sans doute, à la rigueur, rien ne me force, enfin.

D'étudier le grec, mais c"esl ce parchemin.

Ce timbre qu'il me faut, ce diable de diplôme,

Sans lequel ici-bas je ne puis être un homme.

Rien ne se fait, chez nous, sans grec ni sans argent;

Le grec rend, comme l'or, un sot intelligent.

Il nous donne le droit de soigner nos semblables:

De bonne foi, sans grec, en serions-nous capables?

Grâce au latin, un jour, je verrai donc mes fils

Consacrer leur épée ou leur plume au pays!

Le ciel m'eût-il doué d'une rare éloquence.

Si je ne sais parler que le français en France,

Je ne puis arracher un innocent aux fers.

En vain je connaîtrais les langages divers

De vingt peuples vivants, leurs mœurs et leur science,

De la langue des morts j'ai peu l'expérience

La Sorbonne m'écarte et tend sa docte main Au cuistre barbouillant quelques mots de latin.

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