LE BON VIEUX TEMPS. — DON QUICHOTTES PATRIOTES
Il dolce far niente.
Ne rien faire, douce chose.
{Proverbe italien.)
Le char de l'État navigue sur un volcan et s'engage dans l'ornière de ^impossible. (Grandeur et décadence de M. Prudhomme.)
Vive le bon vieux temps! disons-nous tous les jours; On n'avait à songer qu'aux plaisirs, aux amours, Libre des noirs soucis, des disgrâces cruelles Qui pèsent lourdement sur les races nouvelles. Vive le bon vieux temps ! Alors point de pervers : Seule la bonne foi régnait dans l'univers, Et les hommes, exempts de toutes nos misères, Étaient unis entr'eux comme un essaim de frères, D'un bonheur qui n'est plus quel suave tableau I Le Paradis terrestre était-il aussi beau?
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Ce n'est qu'un rêve, hélas! ces aimables sornettes N'existèrent jamais qn'au cerveau des poètes. D'ailleurs ce bon vieux temps, parmi nous si vanté,
Fut-il bien l'âge d'or de la simplicité :' Le manteau de vertu sous lequel il s'abrite Ne protègea-t-il pas maint et mainl hypocrite? Esl dévot aujourd'hui qui veut l'être, et la foi, Plus libre en son essor, est de meilleur aloi. Non! plus d'inquisiteurs pour nous suivre à confesse Fer et flamme à la main; d'accord: mais si la messe Fui le trait d'union entre l'homme et l'argent. L'intrigue et la faveur font-ils moins à présent'? Les modes ont changé, l'homme est resté le même: Tout n'est que froid calcul, perfide stratagème.
— Halte-là I direz-vous; pourquoi calomnier? Tout se fait en plein jour, on ne peut le nier.
— Oui, j'ai vu, j'en conviens, le plus vil êgoïsme Afficher les dehors du pur libéralisme;
J'ai vu nos beaux penseurs, philanthropes hardis. Chacun au pauvre peuple offrir un paradis, Et leurrant son espoir d'un bien imaginaire, Mettre encore en défaut son bon sens ordinaire. Mais qu'il a ri le jour qu'un grand logicien, A l'honnête ouvrier, au noble citoyen Qui , munit IhmI enfants, ses vieux parents, sa femui Vint nier la famille, cl. dans un livre infâme, Faisant du genre humain un troupeau de bâtards, De sauvages poilu- nés de mille hasards, Soutenir, sans pudeur pour uns tendres oreilles, Que [e pénible fruit de quarante ans de veilles, Est mi Mil! C'est ainsi que l'on parle chez dous! On ne rêve pas mieux chez les .Toupinamluuis.
JACQUES BONHOMME
S'ils étaient conséquents dans leurs sombres systèmes, On pourrait, à la fin, résoudre leurs problèmes. Mais quoi! vous déclarez, dans un pompeux édit, Que le fruit du travail, du travail, ai-je dit, Est un vol, et voilà que, changeant de langage, Vous décrétez le droit au travail : est-ce sage ? Mieux valait proclamer : « Soyons tous des bandits!... Et transformer en bagne aussitôt le pays.
Pour bien mettre en son jour cette affreuse morale
Qu'ils prêchent à l'envi d'une voix doctorale,
Je veux vous esquisser, en deux coups de pinceau,
Pour un tableau de genre un sujet tout nouveau.
Ne croyez pas, au moins, que j'outre la nature :
Je peins ce que j'ai vu; j'abhorre l'imposture !
Vous pourrez, s'il vous plaît, composer à loisir
Le fond clu paysage et l'ornera plaisir.
Mon héros est un homme à l'aspect morbifique.
Que le peuple malin, dans sa langue énergique,
Appelle un croque-mort. Peu content de son lot.
Il évangélisait alors un pauvre sot
En style relevé de plus d'un mot sonore,
Que dans Boiste ou Wailly l'on n'admet pas encore.
L'adepte, entre deux vins, mais parfait auditeur,
Comme un autre Messie écoutait l'orateur.
— « Frère, lui disait-il, frère, à chaque lanterne,
« Suspendons les ventrus et tout ce qui gouverne ! »
Il parlait, et déjà la peste asiatique
Sur l'Europe exerçait sa rage épidémique.
L'infâme!... Chômait-il de ses tristes profits.
De son droit au travail, quand râlait tout Paris?
Pauvre Jacques Bonhomme ! on use et l'on abuse De ta simplicité; bien plus, on s'en amuse. Le peuple est bon enfant, dit-on. et par le nez Peut le mener qui veut... Quoi! vous vous étonnez Que d'adroits histrions, d'habiles saltimbanques, De leur vil artifice alimentent leurs banques, En trafiquant du peuple et de sa bonne foi ? Eh ! qui ne juge un peu des autres d'après soi ? Le peuple, sans détours, sans arrière-pensées, Profite rarement de ses fautes passées.
Morbleu ! mes beaux Catons, vous qui parlez si haut, Qui raisonnez si juste et du froid et du chaud. Vos actions souvent démentent vos paroles. Et vous aussi, parfois, vous faites des écoles. Vous ressemblez assez à ce mauvais plaisant Qui, voyant un badaud qu'un filou complaisant Déchargeait de sa montre et de quelques emplettes, Riait, quand de son nez s'envolaient ses lunettes. Ainsi, Messieurs, quittez votre ton goguenard. Car vous avez déjà croqué plus d'un canard. Ils sont plus fins que vous.. . De quel côté qu'on ciof Ils retirent du jeu fort à point leur épingle. Mais on ne peut toujours en imposer aux gens: De leurs ruses, enfin, perceront les fils blancs. Allez, non plus que vous, un jour de mascarades. Le peuple n'est pas dupe, à toutes leurs parades. Vous êtes, comme a dit le curé de Meudon, In nnnerele. Messieurs, bien digne du chaudron \
■ Rabelais, Prologue, p. xlvii, t. I. édit. Le Duchat.
JACQUES BONHOMME