‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 3 sur 135 · LA FEMME LIBRE · texte numérisé non relu

LA FEMME LIBRE

La femme ne prendra pas le vêtement de l'homme.

(DETJTËROiNOME, XXII, 5.)

Les hommes font les lois, les femmes l'ont les mœurs.

(M. Ferd. Denis, Sagesse populaire.)

Qui donc au sérieux, chez nous, a pris jamais

La femme libre, enfant du caprice français?

Ce fut le comble alors de la folie humaine.

La femme est de nos cœurs l'aimable souveraine;

Et là se borneront son rôle et son espoir.

En sortant de sa sphère elle sort du devoir.

Elle pratiquera les vertus domesliques

Et ne descendra pas sur les places publiques.

On prévoyait si peu les femmes-orateurs,

C'est tellement contraire à nos goûts, à nos mœurs,

Qu'en formant notre langue on ne prit pas la peine

De peindre par un mot ce rare phénomène.

Hélas ! la femme libre, en ses jours les plus beaux. Serait-elle Aspasie ou Ninon de l'Enclos, La vertu se détourne à son aspect profane; Quel que soit son renom, c'est une courtisane. Quand l'âge détruira sur ce front sans pudeur, Des roses et des lis l'éclatante fraîcheur,

-ATI HE 1.

Dans un triste abandon, huée et méprisée. De sa folle jeunesse en un clin d'oeil usiSè Qui la consolera dans ses mornes loisirs?

La femme qui remplit son noble ministère Est notre bon génie, un ange tutélaire, Le charme de nos cceurs minés par les soucis. L'homme est roi du dehors, elle est reine au logis. C'est elle qui soutient d'un mot ou d'un sourire, Celui pour qui la gloire est le seul point de mire. Et le console aussi, quand, victime du sort, Il brise son esquif, dés son entrée au port; C'est elle dont la voix douce et persuasive. Au travail sait plier notre enfance rétive; Qui, soignant à la fois notre âme et notre corps. Donne au pays des fils et vertueux et forts.

Ton empire est immense el ton rôle esl sublime! Tout par toi s'embellit, el par toi tout s'anime! De l'homme né cruel tu domptas la fureur: Tu lus sa bienfaitrice et son législateur. Etre sacré, quel est ton heureux, privilège ! Toi. l'ailde. i,i vertu le grandit, le protège. Jeune, le vieillard même a pour toi du respect; Vieille, l'adolesoenl se courbe à ton aspect- Telle est ion action sur l'esprit, les manières, Le langage el les mœurs, qu'où juge des lumières Toul d'abord, chez un peuple, aux honneurs qu'il te rend Mais le prestige tombe au delà de ton rang. Ah I ne dédaigne pas une place bénie D'où la Mère du Christ, l'humble el tendre Marie,

JACQUES BONHOMME

S'est élancée un jour, emportant jusqu'aux cieux, L'idéal de la femme et ses droits glorieux !

Ainsi, pour relever la femme et sa puissance,

On décrétait déjà sa triste déchéance;

On métamorphosait l'emblème gracieux

D'amour, de modestie, en tribun factieux ;

Et l'on voulait, créant une engeance maudite,

Du chef-d'œuvre de Dieu faire une hermaphrodite !

De la femme on osait saper la dignité,

Et c'était aux noms saints d'amour, de liberté!

Pour aller de sang-froid écouter ces libelles,

Quel mal étrange attaque et trouble les cervelles?

C'est un fléau terrible, un choléra morbus...

Le monde est vieux, radote, et le bon sens n'est plus.

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