‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 38 sur 135 · FINASSIERS FINANCIERS. - LA ROURSE... UU LA VIE · texte numérisé non relu

FINASSIERS FINANCIERS. - LA ROURSE... UU LA VIE

L'exemple est un dangereux leurre.

(La Fontaine, II, 16.)

A solemn council, forthwith to be held

At Pandœmonium, tlie higli capital

Of Satan and his peers...

... AH access was tlirong'd : tlie gâtes

And porches wide, but chief thespacious hall...

Thicksvvarm'd.botiion the ground.and inthe air.

Brush'd with the hiss of rustling wings.

(Les hérauts ailés proclament) qu'un conseil solennel va se tenir à Pandœmonium, la grande capitale de Satan et de ses pairs.... Tous les abords étaient encombrés; les portes, les vastes portiques, et surtout la salle immense... fourmillaient de nombreux (esprits), à la fois sur la terre et dans l'air, froissé du sifflement de leurs bruyantes

(Milton, Paradis perdu, I, 755.)

Au voleur ! au voleur I aux galères, cet homme Qui clans mon coffre-fort a soustrait une somme! Limiers de la police, en avant! sus ! holà ! Flairez, suivez sa piste! Il a passé par là !

loo SATIRE vu.

Pren Ire l'argenl d'autrui! mais c'est abominable! La loi ne saurail trop frapper un tel coupable.

— Calmez-vous, je vous prie, ô banquier vertueux, Que révolte à bon droit cedélil scandaleux,

Justice sera faite, et même la potence Pourra bien quelque jour unir son existence.

Il a volé, c'est vrai; qu'il soit puni, d'accord: Mais n'est-il rien qui puisse atténuer son tort'? Plus que lui, croyez-moi. la faim fut criminelle: Ce qu'il vous a ravi n'est qu'une bagatelle... Et vous êtes si riche !... il pouvait prendre plus...

— Monsieur, tous vos discours pour lui sont superflus : Je n'ai pas de pitié pour les voleurs! — Je pense

Que vous placez aussi dans la même balance

Ceux dont l'exemple a pu les perdre? — Assurément.

— Monsieur, vous vous mettez vous-même en jugement Croyez-vous donc, messieurs les gros capitalistes.

Des dés et du hasard cruels apologistes, Édifier beaucoup le peuple en lui montranl De votre art dangereux, le secret enivrant ? Vos tours de passe-passe, adroit escamotage Qui fait glisser soudain le plus riche héritage De la poche du maître à celle du valet. Habile compérage, exploit de gobelet?

Pénétrons dans le temple, étourdissant repaire

Où rugil adoré le monstre monétaire,

Babel française au cri discordant et changeant.

Le Pandémonium de l'or et de l'argent.

Quelle confusion el quelles bousculades ?

.Mon Dieu1 mais e'est Paris un jour de barricade

LA PLAIE DE L'OR. 104

Se peut-il qu'on tolère au sein d'une cité, Une école d'émeute et de rapacité?

Il existait jadis et bravant la morale, Maintes maisons de jeux, asiles du scandale. On détruisit naguère, au milieu des bravos, Ces déplorables lieux, ces infâmes tripots. Les joueurs expulsés de leur sombre tanière Et dévorés toujours de la soif financière, Auraient-ils à la Bourse acquis l'impunité?

La Bourse maintenant, c'est une royauté ; Du chiffre et du calcul voilà l'apothéose. Dans ce dédale obscur malheur à qui s'expose! En vain l'on tient en main le fil libérateur, La Ruse qui vous suit l'embrouille avec fureur. C'est là que trop souvent le père de famille Engloutit son honneur et la dot de sa fille. Quand on hante la Bourse, il faut s'y marier. Devenir numéraire et barrême et papier; Pour elle oublier tout, ses enfants et sa femme. Et comme au cabaret s'y livrer corps et âme.

Que dis-je? Cet appât d'un lucre aventureux Qui fait tourner la tête à tant de malheureux, Arrache à son foyer, au soin de son ménage, La femme qui se mêle aussi d'agiotage ! A ces gens éblouis d'un éclair de bonheur, Allez donc conseiller un honnête labeur! ils vous riront au nez. — « Ah ! le pauvre salaire « Qu'on tire du travail! » dira l'actionnaire ;

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