L'IDOLE
Unde hctheas quœrit ytemo, secl oportel habere. D'où proviennent tes richesses, personne ne s'en informe, mais il faut être riciie.
(Ènnius, Jutenal, sat. XIV, 207.)
Nous sommes tous hommes, Sire, nous avons tous failli; nous avons tous désiré d'être considérés dans le monde; nous avons vu que sans bien on ne l'étoit pas; il nous a semblé que sans lui toutes les portes nous étoient fermées; que sans lui nous ne pouvions pas même montrer notre talent, si Dieu nous en avoit donné... (Pellisson, II' Discours pour Foucquet.)
Qui frappe? — Un malheureux sans asile et sans pain
~ Je suis trop occupé vous reviendrez demain»!
Qui frappe ? — L'or ! — Ouvrons à deux battants la porte ! L'or chez moi I Quel honneur. . . Que me veut-il ? N'importe !
Qu'il soit le bienvenu! L'or a toujours raison;
C'est l'âme du foyer, l'ami de îa maison,
Le seul roi dont la loi gaiement est acceptée;
C'est un dieu ! .. . Gloire à Dieu, je ne suis pas athée !
A l'or le plus abject les forfaits sont remis; L'or fait pardonner l'or, et nul n'est compromis. Tous les moyens sont bons pour gagner la richesse ; Point de scrupule sots... du nerf et de l'adresse! On a toujours trop peu, mais jamais trop osé; Pourvu qu'on réussisse, on est tout excusé.,.
104 SATIRE vu.
La fortune soutien! L'homme que rien n'étonne....
Mais malheur à relui qu'un jour elle abandonne! Eût-il pour triompher bien combiné ses plans, Fût-il homme d'honneur, d'esprit et de bon sens, Il a voulu sortir de la commune ornière. C'est un âne! et chacun de lui jeter la pierre.
L'or! Qu'est-ce donc que l'or? c'est le germe fatal
De l'arbre de science et du bien et du mal, Que le ciel recelait aux profondeurs des terres Pour retarder l'essor de toutes nos misères. L'or! c'est le seul pivot des choses d'ici-bas, C'est le seul talisman dont nous ne doutions pas.
C'est la langue muette à tous intelligible
C'est le glaive au plafond C'est le signe terrible
Qui vient prophétiser à plus d'un Balthazar
Qu'il ne videra pas sa coupe de nectar.
L'or nous ferme le cœur; il nous rend insensibles
Aux douceurs du foyer, à ces vertus paisibles,
Les solides trésors qu'on ne peut nous ravir,
Car la coupable main ne sait pas s'en servir.
Sans vertu par lui-même el partant inutile
Il fallut lui créer la valeur mercantile,
Valeur nulle et d'emprunt, image de ces gens
Dont le mérite est toul dans leurs titres ronflants.
L'or!... souvenl c'esl le trouble au sein d'une famille
C'est ,:i lui que le père immolera sa fille.
Au digne el tendre objel de son premier amour.
Un barbare intérêt l'arrache sans retour.
Que dis-je? il l'a rendue épouse criminelle !...
Nous dérivons toujours OÙ le cœur nous appelle.
LA PLAIE DE L'OR. 10S
L'or!... il est sans pudeur, il ne respecte rien, Bat en brèche un fripon comme un homme de bien. Pour que la place un jour ne soit pas occupée, Il faut que l'âme alors soit fortement trempée
Ah! monsieur l'avocat, vous étiez, ce matin, Défenseur de la veuve et du pauvre orphelin... De sauver le malheur la noble impaiience Aurait-elle en défaut mis votre expérience? « Quel bonheur, disiez-vous clans votre juste orgueil, « De pouvoir foudroyer le crime d'un coup d'œil ! « De rendre s l'opprimé la vie et l'innocence! » Que c'était beau, monsieur ! Mais dans votre balance L'argent de l'oppresseur a-t-il fait contre-poids, Qu'on vous trouve ce soir immobile et sans voix? Au moins avez-vous eu le bon sens de vous taire. D'autres auraient plaidé pour embrouiller l'affaire.
Le brigand à l'affût, au détour d'un chemin, La nuit, sous la feuillée, un poignard à la main, Qui tue et qui dépouille, a-t-il fait autre chose Que l'avocat vendu qui déserte sa cause d?
Puisque tels sont de For les effets sur nos cœurs. Au diable le poison et les empoisonneurs !
for, SATIRE V]