ET LES IDOLATRES
C'est affreux d'être pauvre, mais c'est pire d'être mauvais riche.
S. i.REfi. de n'azianze. 1 ambes chrétiens . ■
Si Dieu, pour châtier notre froide avarice. Ne nous laissait que l'or et sa vertu factice, Privés du er surtout, le vrai roi des métaux, Nous serions arrêtés dans nos moindres travaux. Mais l'or seul nous séduit. L'or, plus on en possède, Plus on veut en avoir; toujours il nous obsède Comme un esprit malin qui trouble le cerveau.
Toi dont un pied déjà glisse dans le tombeau. 0 vieillard chancelant, pourquoi ta main rapac< Se crispe sur cet or qui1 la fureur entasse Songe, songe plutôt, s'il en est encor temps, Songe à te convertir : de tes derniers instants Et non pas de ton or sois justemenl avare; Une minute à peine encore te sépare De l'heure où vie et biens subissenl môme loi;
Une minute encore e1 tu n'es plus à toi.
La terre désormais va coui rir ta dépouille, Ainsi qu'elle a couvert ton argenl qu'elle roinll
LÀ PLAIE DE L'OR. 107
Pourrir près d'un trésor dont on n'a pas joui, Retenir avec soi, dans la poudre enfoui, Sans profit pour autrui, sans profit pour soi-même, Le pain qui nourrirait, dans leur misère extrême, Cent familles en deuil, que dévore la faim, Est-ce tout le plaisir qu'on peut tirer du gain 2? Faut-il, pour se créer une fortune immense, Youer à tant de maux sa pénible existence, Faire tant d'actes vils, d'intrigues et de bruit, Et n'emporter qu'un suaire en l'éternelle nuit!
Il eut tort, direz-vous, d'amasser pour la terre ;
On ne doit pas laisser sa fortune en jachère;
L'or qu'on fait travailler double les capitaux.
Ah ! quel bonheur de voir se grouper les zéros
Auprès des unités transmises par nos pères,
Et de rendre ses fils des gloires monétaires !
— Vraiment! c'est une noble et juste ambition.
Mais quelle utilité pour une nation m
Qu'un troupeau de Crésus, hydres des monopoles,
Absorbent d'un seul trait nos modernes Pactoles
Qui répandraient au loin le bienfait de leurs eaux,
S'ils pouvaient librement faire rouler leurs flots?
Gens de gros appétit, gens de fâcheuse race.
Le bon Henri voyant un estomac vorace,
Un Gargantua même, engloutir, sans façon,
Le dîner de plusieurs ainsi que la boisson :
« Ventre-saint-gris! » dit-il, « quel fléau pour le chaume !
« Cent gueules comme lui mangeraient mon royaume ! »
Ce prince avait raison : il faut un terme à tout.
Très bien ! va s'écrier ce gros banquier, du coup
Je commence à comprendre enfin votre programme ; Monsieur le persillenr. wuillez l'Irm-vr de ir.iinmo; L'égalité de biens n'a pas encor, chez nous, Le droit de bourgeoisie... ainsi méfiez-vous 1...
— Qui vous dit qu'an bon sens je veux, livrer bataille Égalité d'esprit, égalité de taille,
Ne se peuvent pas plus qu'égalité de sort. La vraie égalité, la seule est dans la mort.
— Alors, expliquez-vous! — Si les sables arides Boivent tout un ruisseau par leurs pores avides,
Au moins nous rendent-ils, quelques instants après. L'emprunt qu'ont centuplé de riches intérêts : Grâce aux nombreux tributs des ondes souterraines. Un fleuve maintenant va féconder les plaines. Agissons-nous ainsi d'après les mêmes lois, Quand de simples sujets l'or nous érige en rois? Notre maxime à nous est dure et sacrilège : Que nos écus roulants fassent boules de neige! Est-ce là, j'en appelle à la saine raison Des hommes pour qui l'or ne fut pas un poison. Est-ce là, dites-moi, le vœu de la nature, Qui donne largement, qui rend avec usure?
Laissons jouir chacun du rayon de soleil
Que pour tous Dieu fail luire au moment du réveil.
LA PLAIE DE L'OR