‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 42 sur 135 · ET LES FANATIQUES DESTRUCTEURS DE LA CREATION ET DE LA CRÉATURE · texte numérisé non relu

ET LES FANATIQUES DESTRUCTEURS DE LA CREATION ET DE LA CRÉATURE

Il semble que de tout temps l'homme ait fait moins de réflexions sur le bien que de recherches pour le mal.

i Buffon, Septième époque de la nature. )

Pour conquérir de l'or que ne ferions-nous pas ! Nous mettrions sans cloute en danger les Etats... Savons-nous si déjà notre avarice extrême N'aurait pas atteint l'homme et le globe lui-même ? Aveuglés par le gain ou plutôt par Satan, N'avons-nous pas détruit, tous d'un commun élan, Les antiques forêts, ces remparts salutaires Que le Ciel a dressés pour protéger les terres ! Cribles nettoyant l'air de toute impureté,- Elles nous renvoyaient la vie et la santé. L'Asie en vain sur nous soufflait sa mort lointaine ; Ces immenses réseaux la retenaient sans peine. Dès qu'on fit de nos bois tant de proscriptions, Le terrible fléau des inondations Frappa les destructeurs de digues si puissantes. Sur le front protecteur des forêts ondoyantes, Et la foudre et la grêle exerçant leur courroux, Respectaient clans les champs notre espoir le plus doux Et l'insecte content de son lit de feuillage Ne souillait pas nos fruits d'un cruel gaspillage.

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.Mais, qu'importe ? D'un pré l'on tire plus de gain... Aujourd'hui jouissons, sauf à mourir demain '.

— Ainsi vous trouvez mal qu'un père de famille Veuille enrichir ses fils, cherche à doter sa lille. Ose leur aplanir les sentiers d'ici-bas?

— Eh bien ! prétexte ou non. je ne conteste pas. J'admets que vos enfants furent la seule cause De ces cruels soucis que le gain nous impose. Mais vos tils, dites-moi, seraient-ils ruinés, Comme vous au travail à jamais condamnés,

Si parfois pour Lazare un peu plus charitables,

Vous daigniez lui jeter les miellés de vos Labiés,

Vous souvenant qu'on pleine au fond du noir grenier

Où le pauvre avant vousaporlé son denier?

Suivez-le; vous venez, dans la mansarde humide,

Le désespoir tramer son complo homicide...

Cetle femme, flétrie, urée avant le temps,

Rien, plus rien ne lui reste : à ses derniers instants,

Tout l'abandonne, tout, même sa foi sincère.

Car son cœur el tic lille el d'épouse el de mère

Le même choc le brise, égaie sa raison...

Seule, aux besoins de tous, dans sa froide maison,

Seule., elle doit suffire... elle en a le courage,

Elle en a le talent... où trouver de l'ouvrage :'...

Il en faut... aujourd'nui... demain... soins superflus...

Porte/. l'ou\ rage ailleurs... les morts ne souffrent plus !

Un vieux père, accablé de misère el d'années,

Achève, en ce moment, ses tristes destinées ;

Par l'excès du travail, issonné dans sa fleur,

Le mari lutte encorp. en proi • à la douleur .

LÀ PLAIE DE L'OR

Car il songe à sa femme, à ses enfants qu'il laisse Plongés dans les horreurs d'une affreuse détresse. Que vont-ils devenir ? 0 mort, vien?, sans retard, Au dénoûment hideux soustraire son regard ! En vain l'enfant au sein de sa mère chérie Cherche à puiser le lait dont la source est tarie. Par ses cris de colère il révèle sa faim... Et son frère, en pleurant, a demandé du pain ! D'un stérile baiser la mère les console; Mais le coup est porté ! C'en est fait, elle est folle ! Sa main fiévreuse embrase un réchaud criminel ; Barbare et tendre, elle a, sur son cœur maternel, Serré ses chers enfants que le poison travaille, Et son front qui pâlit s'incline sur la paille Où la mort a passé déjà deux fois. La mort ! C'est l'ancre de salut, le refuge, le port Du pauvre ballotté sur l'océan des larmes... Riches, à cet aspect, votre or perdrait ses charmes. Ainsi que les vautours, pourriez- vous, sans remords. Vous repaître les yeux de livides corps morls ? Mais d'ailleurs descendez dans votre conscience. Si par bonheur encore un reste de croyance Fait palpiter vos cœurs, ne tremblerez-vous pas En songeant à la vie au delà du trépas? Que de comptes à rendre à Dieu de ces richesses, Déplorable aliment de nos tristes faiblesses !

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