‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 43 sur 135 · QU'EST-CE QUE L'ÉCONOMIE · texte numérisé non relu

QU'EST-CE QUE L'ÉCONOMIE

Mon fils Absalon! Absalon, monflls! qui m'accordera de mourir pour toi, Absalon, mon lils, mon fils Absalon?

(Il Rois, xvm, 33.)

« Votre Majesté a quatre sortes de dépenses à l'aire... La quatrième (celle des dépenses de l'intérieur du royaume, les plaisirs et les divertissements) doit souffrir tonte la rigueur des retranchements et toute L'économie possible, par cette bello maxime : qu'il faut épargner cinq sous aux choses non n I jeter les

millions quand il est question de votre gloire. » — Colbert à Louis XIV.

M. J. Bresson, Histoire financière de la France, t. I, p. 268.)

Le pauvre, mieux que vous, connaît la charité, Riches; vous vaincrait-il en générosité ? Aimez-vous un peu moins, un peu plus vos semblables. Fondez-vous dans les cœurs des retraites durables : Inculquez à vos fils des préceptes d'amour : Si l'on vous a bénis, qu'on les bénisse un jour! Même, sur celte terre, il est des avantages Dont vous sauriez jouir si vous étiez plus sages : Point de bail avec l'or ! montrez à vos enfants, Non pas le prix de l'or, mais la valeur du temps. Aujourd'hui c'est le calme et demain la tempête ; Qu'ils puissent à l'orage, eux aussi, tenir tète I

LA PLAIE DE L'OR

Et d'une main de fer saisissant l'aviron, Sauver leur frêle esquif battu par l'aquilon. Pour leur bonheur, en vain, votre esprit s'évertue Votre barbare amour les énerve, les tue. Ces boîtes de coton, qui furent leurs berceaux, Pères dénaturés, sont aussi leurs tombeaux. Plantes de serre-chaude, ils poussent avec peine. Le vent des passions aisément les entraine... Le pauvre à votre porte est mort de faim ce soir, Et Dieu prendra demain votre plus doux espoir.

— Mon cher prédicateur, vous parlez comme un livre. Nous tâcherons qu'au moins nos enfants puissent vivre Assez pour profiter de vos sages discours. Voulez-vous qu'on vous parle en ami, sans détours? Disciple d'Heraclite ou bien de Jèrémie,

Prenez quelques leçons d'ordre et d'économie ; Vous n'en soupçonnez pas les moindres éléments, Et de tout, ici-bas, voilà les fondements.

— Qui ne sait pas, monsieur, que le plus bel empire Où ce puissant ressort cesse d'agir, expire?

C'est l'âme qui soutient, dans l'immense univers, Tous ces orbes roulants, tous ces mondes divers. Tel qui jamais ne fut ministre des finances, Va posséder à fond ces hautes connaissances Que montre en raccourci, mais pourtant en entier, La bonne ménagère au coin de son foyer. Pour moi, l'économie est la vertu chrétienne Q.ii tient à for autant qu'il faut que l'on y tienne ; Ne met pas en balance un métal sans valeur Avec l'homme, chef-d'œuvre, image du Seigneur.

Il', SATIRE Vil.

Des pénibles sueurs marchandant le salaire, La vit-on spéculer jamais sur la misère :'

Sur le rude denier qu'arrosent tant de pleurs, Prélever un plaisir enté sur 'les douleurs? La vraie économie est loin de l'avarice;

Pas plus de parenté qu'entre vertu ni vice. Entre elle et l'égoisme il n'est aucun rapport ; C'est le jour et la nuit, c'est la vie et la mort. La vraie économie est celle qui suppose Le bon sens et le cœur... et non pas autre chose.. Qui. sans rien prodiguer, généreuse à propos, Se prive d'un plaisir pour soulager des maux ; Donne du superflu pour obliger un frère ; Seule la charité prend sur le nécessaire.

Dieu lançant contre nous l'arrêt de pauvreté, Voulut développer en nous la charité ; Car lui qui nous punit bien moins qu'il ne nous aime, Fit sur le mauvais riche éclater l'analhème.

A l'LAIH ilE L'OR.

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