VU
CAMELIA DRAMATIQUE.
Pour les mœurs, le bon goût, modestement i Et sans danger la mère y conduira sa fille.
(Devise du théâtre Comte.)
Aujourd'hui, c'est la mode, on craint peu le scandale,
On heurte le bon goût, on choque la morale ;
C'est du nouveau qu'il faut, à tout prix; par malheur,
Sans nous orner l'esprit, on nous gâte le cœur.
On nous a découvert des fractions de mondes,
Non clans l'autre hémisphère et par de là les oncles ;
Aux cloaques impurs des bas-fonds des cités,
Nos Christophes Colombs se sont précipités,
Et, tombant lourdement dans la plus noire ordure,
Nous ont éclaboussés de leur littérature.
Criez donc gare, au moins (prenez garde aux passants.
Va-t-on s'imaginer que des hommes de sens,
Laissent des prés fleuris les housses printanières
Pour courir au hasard dans les sales ornières?
Ingénieux moyen de corriger les mœurs,
De former au bon ton les jeunes spectateurs,
Que d'exposer ainsi la parodie obscène
De vos sociétés au grand jour de la scène !
Pour aller écouter vos étranges propos,
En termes bien polis, nous sommes bien badauds.
-Vous nous empoisonnez de vus fleurs libertin* s, De vos camélias <-i de vos héroïnes.
Renvoyez vos beautés, je n'ose trop dire où. Mais délivrez-nous-en, de grâce, d'un seul coup!
L'homme qui des liqueurs fait un fréquent usage.
Sur son palais qu'il brûle exerce un tel ravage,
Qu'il ne savoure plus un vin vieux, velouté.
Les drames ont détruit la sensibilité,
Faussé le goût exquis de l'antique parterre.
Le génie est pour lui chose fort secondaire ;
Ce qu'il veut, c'est un cirque et des gladiateurs,
C'est du sang. Pour lui plaire, assommez-vous, auteurs:
Car si de meurtres feints jamais il ne se blase.
De vrais meurtres, messieurs, le mettront en extase;
Et si vous luttez bien, ce César exigeant
Fera tomber sur vous quelques pièces d'argent.