LA PLUS BELLE FLEUR DU BOUQUET
L'espril, l'esprit français, si renommé, s'émousse; C'est la feuille qui tombe à la rude secousse De l'arbre des coteaux baltus par l'aquilon; C'est la corde du luth qui râle un dernier son, Sous une main grossière, et qui sourit ou pleure Quand un doigt délicat habilement l'effleure. D'ailleurs le jugement, le parfum de l'esprit, La fine fleur du goût, n'est plus sain, dépérit.
Compilateurs profonds de notre antique histoire,
Je ne conteste pas vos titres à la gloire;
Vos récits, vos tableaux sont beaux en bien des points,
Mais nos rois chevelus y semblent en pourpoints.
Je veux leurs vrais manteaux, ne fût-ce que des loques.
Respectez la couleur, le cachet des époques2 1
Nous voyons Mérovée au jour de l'opéra,
Avec votre lorgnette, et ce qu'il nous dira,
Vous l'aurez dit. Un roi de la première race,
D'une aumône d'esprit facilement se passe.
Gardez donc votre esprit pour vos propres besoins,
Nous y gagnerons plus et vous y perdrez moins.
A chaque âge laissez son lype, sa nuance;
C'est ainsi qu'on obtient l'exacte ressemblance. Souffririez-vous, messieurs, qu'un artiste niais Peignît Napoléon les cheveux blond-anglais ?