LA CHARITÉ DES LAÏQUES ET LES OEUVRES PIES
Supporter patiemment le prochain, l'édifier constamment, le corriger prudemment, le soulager généreusement, tels sont les devoiis que cette divine et tout aimable vertu nous piescrit.
(Bryday^e, Sur la Charité. La Pratique, t. VI, édit. Séguin.)
Les riches n'ont pas tous cette brûlante fièvre Que l'or allume en nous, et plus d'un Penthièvre Prélève sur son bien la dîme du malheur; Mais va-t-elle souvent où l'adresse leur cœur? Voilà la question; je pose le problème, On peut facilement le résoudre soi-même. D'ailleurs je veux aussi chercher à vous aider, Amis lecteurs. Or donc, messieurs, sans plus tarder, Je vais vous résumer, en quelques coups de plume, Un entretien qui seul eût fait un gros volume.
Sur ce point délicat, mine de beaux projets, Qu'on exploite toujours, qu'on n'épuise jamais, Dans un cercle choisi, deux hommes de mérite Discutaient, hésitaient où tout le monde hésite.
Arétin, juste elbon, trop austère de mœurs, Paraissail prêl à dire à chacun : i Crois ou meurs! Il semblail oublieux de ses erreurs passées; Il ne comprenait pas que les saintes pensées Qui l'avaient embrasé le soir, vers son déclin, N'illuminassent point les autres, le malin. Loin d'attendrir son cœur, sa jeunesse orageuse Avait rendu son âme inflexible, ombrageuse; Un mot l'effarouchait ; en fait de charité, C'était le parvenu dans sa rugosité.
S'il émit pour autrui d'une rigueur extrême. Du moins le voyait-on sans pitié pour lui-même.
Ariste, dès l'enfance, humain et vertueux, Avait pour l'infortune un zèle affectueux, Et tout en condamnant le vice détestable, Sur lui laissait tomber un voile charitable. Lui parlait-on d'un pauvre au travers adonné? Il est bien plus à plaindre encor, l'infortuné ! Répondait-il d'abord. Qui de nous pourrrait dire, Qu'en celte rude épreuve il n'eût pas été pire*? Ne traitons point le pauvre avec trop de raideur, Avec lui, montions-nous affables, sans hauteur, Ayons, pour ses défauts, une sage indulgence, Nous qui péchons aussi, mais non par ignorance: Ne froissons pas dr^ cœurs en proie au désespoir. El donnons-leur plutôl L'exemple du devoir. Car le prêcheur qui pèche est doublement coupabh Mais cet homme si doux se montrait implacable Et prenait sans merci pour le lui; de ses traits, Ceux qui du faible osaient heurter les intérêts.
Que d'or mis en dépôt chez des âmes vénales,
Fut l'aliment hideux d'affreuses saturnales,
Ou le principe obscur d'un opulent orgueil,
Quand il aurait soustrait tant d'hommes au cercueil I
Il est bien malaisé, je l'avoue, en ce monde,
De rencontrer un cœur pur, noble, qui réponde
Aux inspirations de ces cœurs bienfaisants
Pour qui les malheureux deviennent des enfants ;
Qui puisse, quelque jour, être le légataire
Du bien qu'ils avaient fait, qu'il leur restait à faire ;
Choisir ses héritiers et transmettre, à son tour,
Comme un dernier bienfait, son testament d'amour.
En vain Paris se saigne ; il donne et toujours donne...
La misère est la même... à bon droit il s'étonne
Que ses efforts constants demeurent superflus...
C'est que la plaie est grande... et la fraude encor plus.
Tel qui tient dans sa main la clef de la cassette,
Croit trop. naïvement que charité bien faite
Doit commencer par lui ; pour le pauvre... tant pis!
Le champ est moissonné, quil glane les épis...
Si ton cœur en laissait, cruel, tomber à terre,
Comme au temps de Booz, Ruth nourrirait sa mère!...
Ne pouvant prendre tout, ou bien ne l'osant pas,
N'as-tu point des parents, des amis ici-bas?
Au pauvre sans crédit les cadeaux sont stériles;
Mieux vaut Le ménager des complices utiles.
D'autres, hommes d'honneur, de foi, de probité, Mais étroits de cerveau, étroits de charité,
ion SATIRE XI.
Sont les dupes toujours des pieuses grimaces Que font, à leur aspect, les plus ignobles faces. Aussi l'argent pleut-il sur de pareils chrétiens Qui, du respect humain, brisent les sots liens!
ARÉTI.N.
Il faut de la vertu détourner le calice ;
A ses mauvais instincts abandonner le vice :
Le secourir serait presque l'autoriser...
Le fecourir, monsieur, ce serait l'écraser! Peut-être qu'au bercail, une aumône éclairée Ramènerait enfin la brebis égarée.
Dieu ne veut pas la mort du pécheur endurci. C'est sa conversion qu'il veut et nous aussi. Irez-vous contre Dieu lancer une épigramme -1 Lui qui frappe le corps moins qu'il ne punit l'âme, A l'impie accorda, comme à l'homme pieux. Et les fruits de la (erre et la clarté des cieux : El, sur son fils ingrat, au jour de sa colère, S'il fait peser sa main, c'est une main de père. Dieu doit-il s'éclairer de vos leçons? Pourquoi Vouloir mieux que Dieu même interpréter sa loi ?
nui. trop souvent chacun l'interprète à sa guise; Chacun veut, ici bas, s'ériger en .Moïse. Faut-il vous parler nel :' Suivanl le temps, le lieu, Sou intérêt surtout, l'homme l'ail parler Dieu,
Ah ! c'est pousser trop loin l'orgueil et l'impudence Que d'outrager ainsi la sainte Providence, Et de prêter toujours un esprit limité Au Dieu qui d'un coup d'œil saisit l'éternité ! Étendre à l'infini sa trop grande indulgence, N'est-ce pas émousser les traits de sa vengeance, Méconnaître du Ciel l'infaillible équité? J'admire tant d'audace ou de naïveté, D'exiger qu'un mortel montre du caractère Alors qu'on en refuse au maître de la terre ! Ce n'est pas ainsi, moi, que j'entends Dieu! Pour moi, Dieu, le suprême arbitre, est la suprême loi ! Et loi de fer ou non, pour la faible nature, Plions-nous-y soudain, humblement, sans murmure. Car c'est la loi, monsieur! Quand le ciel, aux méchants, Réserve, après leur mort, d'horribles châtiments, N'est-ce pas, dans un homme, une folie extrême, De vouloir se montrer plus clément que Dieu même? Ah! monsieur, lorsqu'à peine on peut suffire aux bons, Il serait criminel de songer aux fripons.
Bien, je vousprcndsaumot,monsieur,daigneznf entendre: Si notre main ne doii, à votre avis, se tendre Qu'à la seule vertu qui ne faillit jamais Pourquoi, dans les prisons, repaire de forfaits, Portez-vous, sans remords, sans le moindre scrupule De lancer contre Dieu quelque trait ridicule, Le travail qu'on arrache à tant de pauvres gens Dont le seul tort, hélas, fui de naître indigents?
Nous sommes donc, au fond, bien d'accord, cl1 me semble: D'ailleurs qui se ressemble, avouez-le, s'assemble : La forme est peu de chose, à mon sens, quand le cœur
Est toujours accessible à la voix du malheur.