LES VIERGES FOLLES
De tous les produit» parisiens, le produit le plus parisien, sans contredit, c'est la gnsette.
(M. J. JARIN, la Griselte.)
Combien en voyons-nous, hélas! de pauvres filles
Que la misère arrache au sein de leurs famillr>.
Reines, dès leurs quinze ans, étaler dans Pari.-.
Au milieu d'une cour de riches favoris,
Ce luxe désiré dont l'éclat les fascine,
Et qui, si promptement, les fatigue et les mine I
Jeunes encor, déjà leurs charmes sont flétris.
Et leurs adulateurs n'ont plus que Jes mépris.
Leurs amants, dégoûtés des folles amourettes,
Ont disparu, riant des dupes qu'ils ont faites.
De la haute union qu'approuve leur orgueil.
Quand même ils daigneraient vous jeter un coup d'oeil,
Dans vos traits avilis, sous vos tristes guenilles,
Pourraient-ils deviner ces grisettes gentilles,
Sylphides du Prado, déesses des amours,
Pour qui l'encens jadis brûla si peu de jours?
Tous vos enchantements, ô sémillantes fées.
Sont détruits pour toujoursl Ruelles étouffées,
Greniers noirs el puants remplacent à jamais
Vos brillants boulevards, vos somptueux palais.
Vous gagnez rudemenl sous le lourd èventaire
Qui vous meurtrit le corps, le pain de la misère.
Quelques collégiens, dont les traits et la voix Devront vous rappeler vos amis d'autrefois, A quatre pour deux sous achèteront vos pommes... Prenez garde!... Déjà ce sont de petits hommes... Quand sur vous le malheur appesantit ses coups, Sur vos filles veillez mieux qu'on a fait pour vous!