‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 9 sur 135 · LA LEÇON DES JOUJOUX. — ROSIERES · texte numérisé non relu

LA LEÇON DES JOUJOUX. — ROSIERES

Les joujoux sont l'expression de la société. (H. Rigault, Conversât, lit. , p. 10.)

A peine les enfants savent-ils le français,

Qu'ils entendent partout discuter d'intérêts,

De festins, de toilette ; ils finissent par croire

Que l'homme n'est créé que pour manger et boire,

Être chamarré d'or, nager dans les plaisirs ;

Et, comme l'argent semble offrir à nos désirs

L'aliment naturel qui doit les satisfaire,

L'argent, c'est tout pour eux, c'est la pierre angulaire,

La première vertu dont il faut se parer,

Le seul dieu que l'on peut, sans rougir, adorer.

Dans l'âge où chacun cherche enfin à se connaître, Il est bien difficile, impossible peut-être,

D'extirper des erreurs qu'on suce avec le lail : Jamais enseignement ne fut aussi complet, Puisque par les jouets même qu'on nous accorde.

On fait déjà vibrer cette funeste eu nie

Dont l'écho sympathique étouffe dans le cœur

La voix de la justice et celle de l'honneur.

A vos filles, toujours de toilette occupées. Donnez donc maintenant les modestes poupées Et les lourds chariots de carton et de bois Qui naguère enchantaient les enfants de nus rois ! De tels colifichets sont trop au-dessous d'elles... La petite maman veut des filles bien belles. Parlant distinctement, de vrais prodiges d'art : Châle en crêpe de Chine et robe de brocart, Chapeau du dernier goût, somptueuses dentelle . Môme à faire damner de grandes demoiselles, Le tout étincelant de perles, de bijoux ; Voilà comme aujourd'hui l'on offre des joujoux ! Du prix, qu'on les achète on nourrirait, sans doute. Vingt familles en pleurs... tant pis ! coûte que eoùlt Au niveau de son siècle il faut bien se placer. Mais d'un landau galant pourrait-on se ; Sans honte, quand on esl poupée aussi coquette? Non pas! aller à pied gâte trop la toilette...

Sur vos tilles déjà le grand COUp est porte: Dans leur ren e;ui se niebe un grain de vanité.

— « Tiens, ma poupée a bien une riche parure.. Quand donc aurais-je aussi belle robe el voilure -(

Enfin, s'il plaît à Dieu, vos filles grandiront, Et, pleines de talents, quelque jour sortiront De ces maisons de choix où, par malheur, l'enfance Puise des goûts de luxe au contact de l'aisance. Si Ton peut soutenir son rang, c'est demi-mal ; Mais si l'on est sans bien, c'est un écueil fatal. On n'a jamais appris, on rougirait de faire Ce que n'ignore pas la bonne ménagère.

Puis un spectre apparaît... l'affreuse pauvreté f L'étreinte est rude, on cède avant d'avoir lutté. D'une robe à crédit vite l'on fait emplette, El le quartier Bréda recrute une lorette.

Ainsi donc va le monde au siècle des progrès; Mais aussi que le luxe engendre de regrets !

L'homme qui de sang-froid assiste aux mascarades Des gueux endimanchés, à leurs vaines parades, Soupire... Il a surpris d'un regard attentif, Les angoisses du cœur sous le ris convulsif; Il se détourne, il veut, par delà les montagnes, Chercher la douce joie au milieu des campagne?. Mais tout est gangrené, tout. Ses yeux attristés Y voient en raccourci le vice des cités...

Un temps fut où le front de nos jeunes rosières, Couronné d'innocence et de fleurs printanières, De leur âme semblait le miroir enchanteur, Et des anges du ciel reflétait la candeur. Nanterre alors, au Dieu respecté des familles, En prémices offrait la vertu de ses filles.

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