‹ Satires parisiennes du XIXe siècleChapitre 95 sur 135 · FAUT PAYER LES POTS CASSES · texte numérisé non relu

FAUT PAYER LES POTS CASSES

Malheur auï pasteurs qui ruinent et déchiivnl le troupeau do mon pâturage! dit le Seigneur.

[JÉRÉMIE, WIU, t.)

Meritoplèctimur.

Nous méritons notre châtiment.

(PUEDKE, [,30.J

Pour plaire à votre esprit dominateur, jaloux, Il faut, dans l'univers, n'avoir d'yeux que pour vous, Ne juger que par vous, vous croire >\iv parole, Et surtout vous vanter jusques à l'hyperbole l0.

Gare à qui contredit! il n'a trêve ni paix.

Vous qui voulez qu'on prenne en tout vos intérêts, Agissez-vous ainsi pour voir-.1 divin .Maître? 0 prêtres! êtes-vous ce que vous cle' ez Êlre?

Êtes-vous tout amour et tout humilité?

Vous a-t-on vus, toujours, pleins de fidélité, Pour la tille du Ciel, l'Église voire épouse? Elle au moins, plus que vous, a lieu d'être jalouse... Votre exemple jamais n'a-t-il scandalisé H? N'avez-vous pas du faible, étant forts, abusé, Avec les forts, souvent pliants comme des saules? Avez- vous ramené toujours, sur vos épaules, La brebis au bercail, qu'elle n'a fui parfois, Que pour mieux se soustraire à votre rude voix ? Fites-vous tout le bien que vous auriez pu faire?... Et pourtant que de fois nous criez-vous en chaire : « Tout arbre qui n'a pas de bons fruits rapporté, « Sera mis en morceaux, au feu sera jeté. » Prêtres, quand vous péchez, c'est avec connaissance; On ne peut pas, pour vous, alléguer l'ignorance; On ne peut pas, de vous, dire : « Pardonne-leur, « Car ils ne savent pas ce qu'ils font, ô Seigneur! » En suivant leur caprice, e i manquant de franchise, Ils ne savent que trop qu'ils ébranlent l'Église. Prêtre ou laïque, l'homme, en tout, n'a qu'une loi, Mais il en est esclave, et c'est... l'odieux moi î

Quittez, quittez, messieurs, votre raideur biblique,

Et prenez plus souvent l'allure évangélique.

L'une glace le cœur, l'autre l'épanouit.

Sans un peu d'abandon, l'amour s'évanouit.

Au pauvre, aigri déjà par sa dure misère,

Épargnez les éclats d'une sainte colère...

Ils ont péché sans dout ■ ; ils sont si malheureux,

Qu'en les brusquant encor vous péchez bien plus qu'eux,

2'.u s \ nui-; \Ii.

Plus que Dieu. Fénelon se montrisjlt-il sévère Pour le pauvre attendri qui l'appelait son père? Non! Il parlait toujours au foyer du malheur

Le langage de paix, le langage du cœur.

Mais aujourd'hui le pauvre, et ce fait vous condamne. De son triste grabat écarte la soutane. De votre intolérance, hélas! voilà le fruit; L'homme un jour a percé... le prestige esl détruit.

Dans ces réunions qu'on voit partout éclore, Que saint Vincent de Paul de son beau nom décore. Vous voulez qu'on vous tire à présent d'embarras, Près du pauvre entêté qui ne vous reçoit pas. « Messieurs, y dites-vous, venez-nous donc en aide; « Que sous l'humble réduit votre habit nous précède ; « Au pauvre, avec adresse, offrez un peu de pain, « Et vous nous ouvrirez jusqu'à lui le chemin. « Il craint notre soutane, un habit noir le flatte ; « Conduisez-nous, messieurs, d'une main délicate. « Auprès de lui; semez, nous irons récolter12... » Mais il ne faut jamais, sans son hôte, compter.

L'homme peut ce qu'il veut; prêtres, veuillez donc être Ce que si volontiers vous désirez paraître, Ce qu'un vœu solennel nous permet d'espérer, El le monde soudain va se régénérer.

Soyez des chevaliers sans peur el sans reproche; Qu'on dise, en vous voyant, c'est de la vieille roche! Prouvez que vos pouvoirs vous les tenez des cieux, En ayant le pouvoir de vous conduire mieux.

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