‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris; augm. de notes tirées des éditions de Du Puy de Le Duchat, et d'un commentaire historique, littéraire, et philologiqueChapitre 23 sur 61 · DE VITRY ET DE VILLEKOY · texte numérisé non relu

DE VITRY ET DE VILLEKOY

QUI ONT RECONKi; LE ROY.

LTInion s'en va desunie, Tesmoins Vitry et Villeroy.

A Dieu en soit gloire infinie , Louange à eux, honneur au roy.

Ce lieutenant imaginaire , Ce grand colosse enflé de vent , Qui pensoit le roy contrefaire, Sera gros Jean comme devant ' .

La ligue à se perdre commence.

Dont bien confus sont les meschants:

■ Qaciqo'accident fait-il que je rentre en moi-même , Je suis Oros-Jeaii coinine devant.

(La portai ME.)

UJ2 SATYRE MENIPPÉE.

Esteintc en sera la semence,

Par bart, ou par glaives trenchants:

(iens de sang^, de sac, et de corde, Qui vous faites nommer zelez: Criez au roy miséricorde, Ou au gibet vous en allez.

Seize, Mont-faucon vous appelle, A demain, crient les corbeaux.

Seize pilliers de sa chapelle Vous seront autant de tombeaux.

AU ROY

SUn SA TROP GRANDE CLEMENCE.

C est bien une vertu belle entre les plus belles, D'estre doux aux vaincus , et pardonner à tous ; Mais gardez-vous du trop, mesme envers les rebelles, Car César en mourut , grand prince, comme vous.

EN LATIN

Magna quideni in magno virtus clementia r^e, Hostibus est semper parccre velle suis.

Sed nimia haud tuta est clementia: curia quondam Testis Julsei cœde cru enta ducis.

SATYRE MENIPPÉE. igS

SUll LE MESME SUJET.

G estoit jadis vertu à un roy mag;nanime , Faire grâce et pardon aux plus g;rands ennemis ; Mais depuis que Cesai* à mort fut aiusy mis, De vertu que c'estoit, c'est maintenant un crime.

EN LATIN

è, fiiit ducibus magnis clementia virtus: Pèst, fuit haec virtus, extincto Caesare, crimen.

AU ROY

Prince victorieux, le meilleur des humains * , Dieu de sa main a mis deux sceptres en tes mains, Et ta au throsne assis de ti*es longue durée, Maugré tous les efforts d'Espagne conjurée:

Les vœux des bons François à la fin sont ouys: Tu régneras en paix, race de sainct Louys:

* Ces vers fureot faits pour Henri IV dans le temps ou Ton ne savoîtpas encore comment on pourroit le sacrer, la ligue occupant alors la ville de Reims, où se faisoit ordinairement le «acre de nos rois.

Nul ne te peut osier ce que le ciel te donne: Quand tu commanderois sans sceptre et sans cour Pour cela toutesfois moins roy tu ne serois, C'est la vertu qui sacre et couronne les roys.

EN LATIN

Invicte princeps, et tui decus secli, Solio in avito te ipsa collocant fata ; Manuque tradunt gemina sceptra felici , Ex hoste ibero quae recepta gestabis :

Hoc una quondàm de tribus soror nevit :

Quin si negetur capitis aureum insigne , Sacrumque olivum regibus datum gallis, Quod praepes alto candida attulit cœlo , Non id vetabit more quin patrum règnes, Regem coronat, regem inaugurât virtus '.

' Ces vers sont de Nicolas Rapin , et les précédents sont bues à Passerai.

Plus que Tasue apuleyen :

Mais quoy? la mort n espargne rien,

II n y a chose si parfaicte

Qui ue soit par elle deffaicte :

Aussy son destin n'estoit pas

Qu*il deust vivre exempt du trcspas :

Il est mort, et la Parque noire

A leau du Styx la mené boire,

Styx , des morts Teternel séjour

Qui n est plus passable au retour :

Je perds le sens et le courage

Quand je repense à ce dommage,

Et tousjoui*s depuis en secret

Mon cœur en gémit de regret :

Tousjours, en quelque part que j aille,

En lesprit me revient la taille.

Le maintien et le poil poly

De cet animal tant joly,

J ay tousjours en la souvenance

Sa façon et sa contenance :

Car il sembloit le regardant

Un vray mulet de président,

Lorsque d une gravité douce.

Couvert de sa petite housse.

Qui jusqu au bas luy devalloit ,

A Poulangis il s en ail oit

Parmy les sablons et les fanges

Poitant sa maistresse à vendanges.

Sans jamais broncher d un seul pas,

Car Martin souffert ne leust pas,

Martin qui tousjours par derrière

Avoit la main sur sa croupière.

Au surplus un asne bien faict,

Bien membru, bien gras, bien refaict,

Un asne doux et débonnaire,

Qui n avoit rien de lordinaire,

Mais qui sentoit avec raison

Son asne de bonne maison :

Un asne sans tache et sans vice,

Né pour faire aux dames service.

Et non point pour estre sommier

Comme ces porteui's de fumier,

Ces pauvres baudets de village,

Lourdauts , sans cœur et sans courage,

Qui jamais ne prennent leur ton

Qu'à la mesure d un baston.

Vostre asne fut d'autre nature, JBt couroit plus belle advanture, Car, à ce que j'en ay appris, U estoit bourgeois de Paris:

Et de faict par un long usage U retenoit du badaudage * :

£t faisoit un peu le mutin

.abclais (1. 1, ch. xvii) parle déjà des badauds de Paris, et 1, qui vivoit vers le milieu du quinzième siècle, en avoit

igS SATYRE MENIPPÉE.

Quand on le sangloit trop matin.

Toutesfois je n ay cognoissance S'il y avoit eu sa naissance :

Quoy qu'il en soit, certainement Il y demeura longuement, Et soustint la guerre civile Pendant les sièges de la ville.

Sans jamais en estre sorty, Car il estoit du bon party :

Dà, et si le fit bien paroistre, Quand le pauvret aima mieux estre Pour ninion en pièces mis, Que vif se rendre aux ennemis :

Tel Seize qui de foy se vante , Ne voudroit ainsy mettre en vente Son corps par pièces estallé, Et veut qu on Testime zélé.

Or bien, il est mort sans envie , La ligue luy cousta la vie :

Pour le moins eut il ce bonheur, .

Que de mourir au lict dlionneur.

Et de verser son sang à terre

aussi parlé. Témoin le quatrain si connu qu il composa, dil au moment de subir son jugement :

Ne suis-je badaud de Paris?

Do Paris, dy-je, eo-pres Pontoise?

Or d'une corde d'une toise Saura mon col que mon cul {)oise.

Parmy les efforts de la guerre,

Non point de vieillesse accablé,

Rogneux, galeux, au coing d'un blé,

Plus belle fin luy estoit due :

Sa mort fut assez cher vendue.

Car au boucher qui Tacheta

Trente escuz d or sol il cousta :

La chair par membres despecee

Tout soudain en fut dispersée

Au légat, et le vendit on

Pour veau peut estre, ou pour mouton.

De cette façon magnifique , En la nécessité publique, O rigueur estrange du sort!

Vostre asne, ma commère, est mo rt :

Vostre asne , qui par advanture Fut un chef-d'œuvre de nature.

Depuis ce malheur advenu Martin malade est devenu , Tant il portoit une amour forte A ceste pauvre beste morte!

Helas! qui peut veoir sans pitié Un si grand effet d'amitié?

De moi, je le dy sans reproche, Quoy que je ne fusse si proche Du deff unct conmie estoit Martin , J'ay tel ennuy de son destin.

Que depuis quatre nuicts entières

Je n ay sceu clorre les paupières:

Car lors que je cuide dormir, Je me sens forcé de gémir, De souspirer, et de me plaindre :

Mille regrets viennent attaindre Sans cesse mon cœur, et lesmoy Ne déloge point de chez moy :

Depuis cette cruelle perte Mon ame aux douleurs est ouverte, Si que pour n avoir plus d ennuy, Il faut que je meure après luy.

On le fit mourir en la fleur de son aage, le mardi 38 daoust iSqo.

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