‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris; augm. de notes tirées des éditions de Du Puy de Le Duchat, et d'un commentaire historique, littéraire, et philologiqueChapitre 24 sur 61 · ET D* AUTRES CHOSES Q1]*IL A APPRISES DE L*AI7THECR · texte numérisé non relu

ET D* AUTRES CHOSES Q1]*IL A APPRISES DE L*AI7THECR

Messieurs, le profict que j ay faict à Timpressioii et au débit de ce discours ma rendu plus désireux de sçavoir qui en estoit l'authcur ; car depuis que la copie françoise m'en fut premièrement donnée à Chartres au sacre du roy ^ par le {jentil-homme duquel jay cy-devant faict mention; j'ay veu plusieurs doctes hommes, et moy mesme ay bien aysement jugé par le style et le langage du livre qu'un Italien ne peut avoir faict un ouvrage si françois et si poly, qui montre une parfeicte cognoissance de toutes les affaires, et du naturel de toutes les personnes plus signalées de France ; tellement qu^il faut par nécessité que ce soit unFran-

' Ce discours est tourné avec beaucoup d'esprit et d'originalité , et c'est peut-être la partie de la Satyre où Ton s aperçoit le mieux du perfectionnement de la langue.

* Henri IV fut sacré à Chartres par Nicolas de Tbou, évéquc de cette ville, le 27 février 1594.

çois qui Ta faict, bien entendu et rompu à la co et que le Florentin qui lemportoit en son pay auquel son valet le desroba avec la valise , ^^^ — -m^ si tourné de franc^ois en italien pour le faire en Italie; c'est pourquoy je me suis travaillé 'a un soin merveilleux pour descouvrir celuy à qg^^m^i nous estions redevables de cest ouvrage, quL a donné tant de plaisir et de contentement à t(yvM^ les gens de bien ; mais quelque perquisition qii ^ j'en aye peu faire, je nay trouvé personne quM m en ait dict de bien certaines et asseurees nou-velles, ne parlants que par indices, soubçons, et conjectures; jusques à ce qu'un de ces jours, comme j estois presque désespéré d'en rien sqavoir, se vint de fortune adresser à moy, par la rue, un grand vieil homme fort maigre et pasle, que j'ay depuis ouy nommer maistre Paul Ypragmon % qui me demanda d'abordée si c'estoit pas moy qui avoit imprimé le Catholiœn. Je fis difficulté du commencement de le luy confesser, craignant que ce fust quelqu'un qui y fiist nominé dedans , et s'en sentist offensé, comme aucuns ont faict ^ : non , non , dit il , ne me celez point ce que

' Voyez Ta vcrtis sèment.

' Un homme officieux, qui se mêle volontiers desaffoires des autres. I^a véritable oilLographe seroit Eupragmon.

^ On a vu dans le cours de la Satyre et des notes que uous y

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tout le monde sçait; j'estois à Tours quand vous

Vimprimastes premièrement *, et sçay bien le nom

de ceux qui vous en donnèrent la copie originale ,

mais peut estre que ny vous ny ceux qui vous lont

donnée ne sçavez pas qui en est lautheur; alors

voyant qu'il en sçavoit tant, je ne peus luy nier

<lua la vérité je lavois imprimé à Tours, mais que

je ne 1 avois peu achever qu'au temps qu'il fallut

plier bagage pour s'en venir en ceste ville , après

^e les Parisiens furent retournez à leur bon sens,

^ reduicts en l'obéissance du roy . Cela vous a bien

accédé, dit il, car auparavant que l'eussiez mis

^ vente, on en avoit desja veu plusieurs copies

imparfaictes , et barbouillées, qui avoyent donné

plus d'envie de veoir le reste bien limé et mis au

iiet Mais vous vous estes trompé en vostre epistre

avons attachées que plusieurs ligueurs qui étoient revenus avec mpressement à la cause royale eurent le crédit de s'en faire oster. Nous avons rétabli leurs noms dans Tintérét de rbistoirc. Des considérations contemporaines ne doivent pas influer sur le ju> gement de la postérité.

' Cette première édition, si équivoque, puisqu'il y en a cinq au moins qui portent la fausse date de i SgS , étoit donc imprimée à Tours. Entre celles que nous connoissons, nous regardons comme Foriginale de Tours celle où est représente un charlatan debout et jouant du luth. Voyez, sur cette édition en particulier, et sur rhistoire bibliographique de la Satyre Menippée en général , les détails dans lesquels nous sommes entres à ce sujet dans notre préface.

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liminaire \ d'avoir dict que ce fust un Italien qiiî le fist aux Estais de Paris; car je sçay fort bien le nom de celuy qui la faict, et qui ne se tient p^s loin d'icy. Alors je fus tout rejouy de ceste rencoi:^. tre , et le priay fort instamment de me le nommer au moins s'il m'estoit permis de le sçavoir, parc^ que j'avois beaucoup de choses d'importance ^ luy dire pour son bien et honneur. Je vous dir^-v* dit il , son nom , et vous enseigneray son logis , ^ la charge de ne les révéler à personne; car il ^^t homme qui n'ayme pas estre tant visité. Ceux cj-ui vous ont rapporté qu'il estoit d'Italie, se sont al^tj. sez d'une lettre seulement : il n'est pas dltali^^ mais d'Alethie ', qui est bien loing de l'autre , et ^^t natif d'une petite ville qu'on appelle Elcutherci \ habitée et bastie par les Parisiens, qui ont gueir^x^ continuelle contre les Argyrophiles et Timorxm.2-

* L'édition de 1699 porte luminaire , qui est absurde coTrMvne presque toutes ses leçons.

* Le pays de la vérité, (fui est bien loin de Vautre. Cette fi- pigramme est d'une grande finesse.

* C'est-à-dire libre. Elle est petite, parcequ'il y a peu de ^^sm capables de professer dans les temps difficiles les sentiments c:| «.si y donnent le droit de cité. Toutefois elle a été bâtie et habitée ipar les Parisiens , mais par une espèce particulière de Parisiens qui ^ ^nt continuellement en guerre avec les Argyrophiles et les TimomcM. ^-^es , ou si l'on veut avec les hommes avides d'or et de distinctions ^ nation foi-t puissante et populeuse. Ce genre de fiction s'est ur» ^ycu usé depuis, mais il étoit alors aussi neuf que spirituel.

, nation fort puissante et populeuse ; son nom le seigneur Agnoste', de la famille des Misoenes*, gentil-homme de bonne affaire, et point trompeur, qui ayme mieux le concile de vin^ que de Trente; vous le recognoistrez parce qu'il est tjousjours habillé d'une façon , et ne change jamais d^accoustrements 9 comme s'il avoit à penser et Ifouvemer des lyons. C'est un grand petit homme qiii a le nez entre les deux yeux, des dents en la lK>iiche , et la barbe de mesme , et se mouche volontiers à ses manches. Vous le trouverez à présent logé en la rue du Bon Temps , à l'enseigne du Riche laboureur ^, et va le plus souvent se pourmener Wx carmes , parce qu'il les ayme fort ^ ; et là dessnzme recommande, car j'ay affaire ailleurs pour kspacquets venuz de Rome, cjui asseurent que nofitre absolution ne tient plus qu'à un filet à ce bout de Tan. Comme il eut dict ces mots tout bru-

* loCODDU.

' Ennemis des nouveautés.

* De vin (de vin^t) que de Trente. C'est-à-dire homme de

plaitira et peu soucieux de débats religieux. Le reste de cette description fantastique convient très bien à un personnage qui ▼eat rester inconnu.

^ Allusion, par antiphrase, aux malheurs du tempsdclahgue.

* Le mot carmes ne doit pas s'entendre ici des rehgicux de ce nom, mais des vers (n carmiuibus); parccquc Nicolas Kapin,

l'on des auteurs du Catholicon , aimoit beaucoup les vers et en faisoit d excellents.

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tivement, il passe outre, et me laisse encore en suspens , toutesfois aucunement plus satisfaict que je nestois auparavant, puisque je sçavois le nom et le lo(];is de mon authcur, et du niesme pas m en vay par tous les quartiers de Paris m'enquerîr de la rue et de lenseiçfne qu'il m'avoit donnée ; mais point de nouvelles de trouver ny de Bon Temps, ny de Riche liaboureur; j usay les jours suyvactts trois paires de souliers , ou environ , à courir 1 ^* rues sans rien apprendre; bref, j'y fusse encor**' sinon que je rencontray j)ar hazard un honness-'"*^ homme que j'avoy ouy dire autrefois estre Par*^*** sien, auquel je fy la mesme demande que j'a desja faicte dix mille fois à autant de personm inutilement. Cestiiy-cy me dict avoir ouy dun {gentil-homme d'Eleutliere, de la famille d Misoquenes , mais ne sçavoit si c'estoit celuy qu je demandoy, parce qu'il y en avoit plusieurs d ce mesme nom en Alethie. Je le priay de me ce duire au lopis de celuy qu'il cognoissoit, ce qu fit ; et enfin après beaucoup de tournées et vi par des ruelles escartecs, il me monstra un peter huis bas, ou j entray sans frapper, et trouvay e une petite chambre haute, assez gaye, et bi meublée, un homme de belle représentation, a puyé, et lisant sur un livre, approchant au pi près de la taille et façon que ce maistre Paul

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]avoit descrit. Je liiy demanday (salut et révérence présupposez) s'il nestoit pas le sei{;neur Ji^noste Misoquene. On m appelle bien Misoqu^ne, dit il, mais je ne suis pas Afjnoste: celuy qa^ demandez est mon parent proche, et semoirs tous deux d'un pays et d'une ville ; mais il »evdL mal aysé que le puissiez trouver pour le pr^^i^t? ^^^ ^^^ logis est plus caché que le nid d'une tortue; toutesfois si voulez quelque chose de luy> je len pourray advertir d'icy à quelque temps. Monsieur, luy dy je , je croy que c'est luy nui est autheur de ce petit Discours de la tenue les Estats de Paris, et du Catliolicon d'Espagne, |U*il a intitulé Satyre Menipfjee. Je luy en ay, dit 1, ouy parler ainsy. C'est un œuvre, luy dy je, qui a esté moult bien receu, et que j'ay imprimé, (je suis typographe à vostre commandement) sans cognoistre sa valeur, parce que je n en ty du commencement à Tours que sept ou huict cents exemplaires ' ; mais sitost qu'il a esté veu à Paris , ou je Fay apporté avec mes presses et mes meubles, tout le monde la trouvé si beau et si bien faict, qu'on

' G*est sans doute beaucoup pour un livre devenu introuvable; mais que dire de cette édition des Colloques d*Érasme, imprimée par Simon de Colincs à vin^-quatrc mille exemplaires, et qui n*est pas plus commune aujourd'hui que le traité De tribus im postoribus?

2o8 SATYRE MEMPPÉE.

y a couru cominc au feu, et a fallu que je Taye imprimé en trois semaines quatre fois ', et suis prest de rimprimer pour la cinquiesnie si j avoy commuui([ué seulement demy heure avec Fautheur. .lay souvent ouy dire à mon cousin, dit alors cest honneste homme , qu il estoit bien marry que cela avoit este mis en lumière sans qu'il Teust reveu, et retranché plusieurs choses, qui peut estre se trouvoyent passables lorsqu'il le composa, mais au temps ou nous sommes pourroyent enjjendrer quelque scandale, et offenser des personnes de qualité qui y sont nommées ou désignées; car ceux qui ont recogneu et amande leurs fautes, méritent quou en supprime et ensevelisse la mémoire plustost que la rafraischir et perpétuer par des escrits piquants et facétieux ; aussy lay je ouy plaindre d un libraire, qui , par avarice ou jalousie des autres, a faict imprimer cet œuvre en ])etits caractères mal corrects et mal playsants ', et a esté si téméraire d'y oster et d y adjous-

* Comme il n'y a aucune raison de supposer ici une hypeiiiole de libraire, ces quatre éditions et celle qu il commence feroicnt, avec 1 édition originale de Tours, et celle dont il est question dans la note suivante, sept éditions que l'on confond sous le nom d'édition ori(>inale.

' Cette édition n'est pas plus facile à trouver que les autres, mais nous avons dû rejeter si's leçons particulières, puisqu'elles étoient tlésa vouées par to< auteurs.

ter ce qu'il a voulu, ce que la justice ne devroit pas endurer; toutesfois l'argument est public, ou chascun peut faire des additions qui servent à la matière; car au reste, je sc^ay fort bien que mon cousin n'en veut ny n'en espère honneur ou louange. Alors je luy demanday s'il n'y avoit point moyen que je pusse veoir ledict seigneur Agnoste ; et il me fit response que non pas pour lors, parce que son cousin se renfermoit quelquefois pour huict jours sans veoir personne ; mais que si je vouloy sçavoir quelque chose de son intention, il pensoit me pouvoir satisfaire tout autant que son cousin mesme, à cause quHls avoyent souvent devise ensemble sur le mesme sujet, et sur ce qu'on luy venoit rappor ter tous les jours des propos qu'on tenoit au palais et par la ville touchant son livre. Je prendray donc la hardiesse, luy dy je, puisque je ne puis avoir cet heur de le veoir, de vous demander quelques doutes ou je veoy beaucoup de personnes, 8*ahurter, et ne s'en pouvoir pas bien résoudre: premièrement il a affecté ce tiltre nouveau de Satyre Menippee que tout le monde n'entend pas , veu qu'aux copies à la main, y avoit C Abrégé ^ et CAme des Estais: ceste question, dit il, ne peut tomber qu'aux esprits ignorants : car tous ceux qui sontnourris aux lettres sçavent bien que le mot de a. i4

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