‹ Satyre Menippée de la vertu du catholicon d'Espagne et de la tenue des Estats de Paris; augm. de notes tirées des éditions de Du Puy de Le Duchat, et d'un commentaire historique, littéraire, et philologiqueChapitre 3 sur 61 · I02 SATYRE MENIPPÉE · texte numérisé non relu

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passionnez, abboyants après nous y et altérez de nostre sang et de nostre substance : je n y veoîs que des femmes ambitieuses , et vindicatives ' , que des prestres corrompuz, et desbauchez, et pleins de folles espérances : je ny veois noblesse qui vaille, que trois ou quatre qui nous eschappent , qui s en vont nous abandonner. Tout le reste n'est que racaille nécessiteuse % qui ayme la guerre et le trouble, parcequlls vivent du bien du bon homme ^, et ne sçauroyent vivre du leur, ny entretenir leur train en temps de paix , tous les gentils-hommes de noble race et de valeur, sont de l'autre part*, auprès de leur roy, et pour leur pays. J aurais honte de porter la parole pour ce qui est icy du tiers Estât , si je n'estoy bien ad voué d'autres gens de bien qui ne se veulent mesler avec ceste canaille, venue pièce à pièce des provinces, comme cordeliers à un chapitre provincial. Que faict icy mon-

* Les duchesses de Nemours, de Mayenne, de Guise, et de Montpcnsier, la duchesse d*Âumale et un grand nombre d'autres dames de qualité.

* D'Aubigné trouvoit que Lucain les avoit tout-à-fait bien dépeints en ces termes : « Gens desquels la maison estoit pollue, « qui craignoyent les lois en la paix, et qui avec le fer se dcffen- « doyentdela faim. »» (D*Aub., t. III, 1. m, c. a.)

^ Locution proverbiale : f^ivre sur le commun.

* A Tépoquedont il s'agit ici , la presque totalité de la noblesse frunçoisc avoit passé sous les drapeaux de Henri IV.

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sieur le légat , sinon pour empescher la liberté des suffrages, et encourager ceux qui luy ont promis de faire merveilles, pour les affaires de Rome, et d'Espagne? Luy qui est Italien, et vassal dun prince estranger, ne doit avoir icy ny rang, ny séance : ce sont icy les affaires des François qui les touchent de près , et non celles d'Italie, et d'Espagne. D'où luy viendroit ceste curiosité, sinon pour profiter ànostredommagePEtvous monsieur dePelvé, vous faict il pas bon veoir en ceste compagnie, plaider la cause du roy d'Espagne, et les droits de Lorraine : vous dy je, qui estes Fran- (fA$j et que nous connoissons estre né en France, avoir neantmoins renoncé à vostre chresmc , et vostre nation, pour servir à vos idoles de Lorraine, et aux démons méridionaux *? Vous deviez encore amener, et faire seoir icy sur les fleurs de lys % le duc de Feria, et Mendoze, et Dom Diego,

' Voyez tome I , page 68.

' « D*Aabray dit en ce lieu que le duc de Feria et les agents 'd'Espagne n*eurent pas d'entrée dans les Estais, ce qu'il faut •entendre d'une entrée ordinaire comme les députez des pro- •vinces; car le procez verbal des Estats porte, ce qui est veri- ■ table, que le duc de Feiia, Dom Diego d'ibarra, et Mendoze, y * furent reçeuz le a avril 1693, y firent les propositions de la " part du roy d'Espagne , présenteront aux Estats les lettres 'dadict roy. Feria harangua eu latin , le cardinal de Pelvc luy •• respondit de la part des Estats en latin ^ prié et conjuré dainsy

pour prendre leurs advis comment la France se doit gouverner : car ils y ont interest, et avez tort, monsieur le lieutenant, que ne les y avez receuz, conmie impudemment ils lont demandé. Mais leur présence seroit inutile, puis qu'ils ont icy leurs agents , et avocats , qui ont si dignement parlé pour eux: et puis vous n oublierez rien à leur communiquer du résultat de nos délibérations. Mais je vous demanderay volontiers, monsieur le lieutenant , à quelle fin vous avez assemblé ces gens de bien icy : sont ce icy ces Estats généraux ou vous nous promettiez donner si bon ordre à nos affaires, et nous faire tous heureux? Je ne m esbahy pas , si avez tant reculé à vous y trouver, et tant dilayé ' : et tant faict troter de pauvres hères ' de députez après vous : car vous

« le faire par Feria ; aussy le procez verbal porte qu'il avoit der- « riere luy un qui luy servoit de protocole, pour subvenir à sa « mémoire. Jean Baptiste Taxis et don Inigo de Mendoze furent « encore introduicts dans les Estats le ag may. »

* Nous avons conservé le substantif délai , et perdu le verbe.

* C'est-à-dire pauvres sires. Hère est un vieux terme de mépris, qui se trouve souvent dans Rabelais et dans La Fontaine. Il vient de rallcmand herr, signifiant sieur ou sire^ et il est pris au sens opposé dans notre langue, par une de ces métathèses de sens qui y sont si communes. C est ainsi que de deux autres mots allemands qui signifient cheval et livre , dans leur acception la plus noble, nous avons fait rosse et bouquin.

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vous doubliez bien qu'il s'y trouvcroit quelque estourdy qui vous diroit vos veritez, et qui vous grateroit ou il ne vous démange pas : vous voulez tousjours filer vostre lieutenance*, et continuer ceste puissance souveraine qu'avez usurpée , pour continuer la guerre, sans laquelle vous ne seriez pas si bien traitté ny si bien suyv}% et obey que vous estes ': mais nous y voulons mettre fin, et en ce faisant mettre fin à nos misères. On ne vous avoit conféré ceste belle et bien controuvee qualité de lieutenant de l'Estat , qui sent plus à la vérité le style d'un clerc de palais , ou d'un pédant], que la gravité de la charge, sinon ad tempus , et jusques à ce qu'autrement par les Estats généraux y eut esté pourveu. Tellement qu'il est temps qu'en soyez demis et dépossédé, et qu advisions à prendre un autre gouvernement, et un autre gouverneur.

Cest assez vescu en anarchie, et desordre: voulez vous que , pour vostre plaisir, et pour aggrandir vous et les vostres , contre droit et raison , nous delueurions à jamais misérables? voulez vous achever de perdre ce peu qui reste? jusques à quand ^^ï^ vous substanté de nostre sang , et de nos

I**r allusion à filer une corde. Filer une lieutenance^ filer un ^^» est nne expression bien hardie et bien originale.

Voyez dans le tome précédent la harangue du lieutenant, P^c 74, et celle du recteur Rozc, page i65.

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entrailles * ? quand serez vous saoul de nous manger, et de nous veoir entretuer, pour vous faire vivre à vostre ayse? ne songez vous point quavez affaire aux François ' ? c'est à dire à une nation belliqueuse , qui est quelquefois facile à séduire, mais qui bien tost retourne à son devoir, et sur tout ayme ses roys naturels , et ne s*en peut passer? vous serez tout estonné , que vous vous trouverez abandonné de toutes les bonnes villes , qui feront leur appointement sans vous ^, vous verrez tantost l'un, tantost l'autre, de ceux que pensez vos plus familiers qui traiteront sans vous , et se retireront au port de sauveté*; parcequ'ils vous ont cogneu mauvais pilote, qui n'avez sceu gouverner la navire dont aviez pris la charge, et l'avez eschouee bien loin du port : avez vous donc tant en horreur le nom de paix , que n'y vueillez point du tout entendre? Ceux qui peuvent vaincre, encore la demandent-ils. Qu'ont donc servy tant de voyages, d'allées et devenues, qu'avez fiiict faire à monsieur de Villeroy, et à d'autres , soubs prétexte

' Cette phrase ne se trouve pas dans Fédition de 1699.

' Le caractère des François est tout entier dans ces lignes vrair ment françoises.

^ Qui régleront leurs affaires sans vous.

* Sauveté. Vieille expression, synonyme de sûreté, assurance, salut.

de parler d accord, et d'acheminer les choses à quelque tranquillité? Vous estes donc unpipeur', et abuseur, qui trompez vos amis , et vos ennemis : et contre le naturel de vostre nation, vous n usez plus que d'artifice et de ruses pour nous tenir tousjours soubs vos pattes à vostre mercy : vous n'avez jamais voulu faire traitter des affaires publiques, par personnes publiques; mais à catimini ^ par petites {][ens façonnez de vostre main, et dépendants de vous, à qui vous disiez le mot en laureille, tout résolu de ne rien faire de ce qui seroit accordé. Par ce moyen vous avez perdu la créance^, et bienveillance du peuple, qui estoit le principal appuy de vostre authorité: et avez làict calomnier les procédures d'aucuns notables personnages qu'y avez employez par forme d'acquit, et pour octroyer quelque chose à ceux qui vous en supplioyent. Vous avez eu crainte d'offenser les estrangers qui vous assistent , lesquels toutesfbis vous en savent peu de gré : car si vous sçaviez les langages qu'ils tiennent de vous^ et en (][uels termes le roy d'Espagne escrit de vos façons

' Vieox syDonymc de trompeur. Il ne se dit plus aujourd'hui c|U*CD parlant de celui qui trompe au jeu.

* Comme les chattes-mittes de La Fontaine, ou le chat minet cies conteurs; avec Fadresse et la finesse d'un chat.

^ Mot employé ici dans le sens de confiance.

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de faire , je ne pense pas qu'eussiez le cœur si serf, et abject, pour le caresser et rechercher comme vous faictes. On a veu de leurs lettres surprises *, et dechifrees, par lesquelles ils vous nommentpi/enco, et quelquefois bufalo: et en d'autres lochoporfiado *: et généralement leur roy se mocque de vous, et mande à ses agents de vous entretenir de bayes ^ et belles paroles sans effect , et prendre garde que ne preniez trop de pied, et d'authorité. Les royaux vos adversaires croyent que vous ne demandez la trêve que pour attendre vos forces, et mieux dresser vostre partie à Rome et en Espagne: et nous disons que c'est pour faire durer la guerre "^j et mieux faire vos affaires particulières:

* Il s*en trouve quelques unes dans les Mémoires de la ligue (tome I, page 44 ^^ suiv.).

' Puerco, en espagnol, veut dire un porc, bufalo un baffle, ^ocho un sot et un lourdaud ^ et porfiado un opiniâtre qui conteste sur tout. Les Espagnols appeloient le duc de Mayenne puerco^ à cause de son penchant naturel pour la bonne cbère; bufalo y à cause de sa grosse tête; et lochoy parcequ*il vooloit ruser avec eux qui se croyoient beaucoup plus fins que lui. Quant à porfiado^ ils vouloient faire allusion par là aux démêlés qui survenoient fréquemment entre le duc de Mayenne et celai de Parme.

' Paroles trompeuses.

* On intercepta des lettres du duc de Mayenne par lesquelles il assuroit au roi d'Espagne que les propositions de paix ou de trêve qu il avoit fait faire à Henri IV n'avoient eu pour but

cela estant, comment espérez vous, foible comme vous estes, faire croire que vous nous voulez et pouvez sauver? Cela ne se peut, sinon par une negotiation publique et authentique, qui justifie etauthorise une droite intention : c'est chose que pourriez faire soubs le bon plaisir du pape , afin de rendre à sa saincteté le respect que luy devez : pourroit elle trouver mauvais que voulussiez entendre à la paix avec vos voisins , avec vostre roy ? car quand ne le voudriez recognoistre pour tel , encore ne sçauriez vous nier qu*il ne soit prince dusaog de France , et roy de Navarre, qui a tousjours tenu plus grand rang que vous, et tousjours marché par dessuz vous, et tous vos aisnez. Au contraire nous voulons croire que le sainct père imitant l'exemple de ses prédécesseurs, vous inviteroit* à ce bon œuvre, s'il vous y voyoit enclin , pour esteindre le feu de la guerre civile qui con- *<>nune un si beau fleuron de la chrestienté , et 'oyne la plus forte colonne qui appuyé l'Eglise «irestienne, et l'authorité du sainct siège. Et ne •^rrestera point sur ce mot d'heretique : car le

î'*^ d*ama8er ce prince, et de donner à sa majesté catholique le "CtUps d'envoyer en France les secours dont les ligueurs avoicnt ^*<Mn pour se remetlre^en campagne.

' Dans Tédition de 1699 on lit imiteroit, qui est une des leçons ^^^^ieuses dont cette édition fourmiUc.

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